‹ Un fils uniqueChapitre 143 sur 185 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

— Oui, je pourrais te le dire, bien que ce soit assez difficile à expliquer. Mais cela ne changerait rien à ce qui existe.

— Peut-être que si. Deux voient mieux qu'un; et quand un père et son fils sont d'accord, ils ont plus de chances de réussir que s'ils devaient agir isolément.

Barthélémy ne répondant pas, son père reprit :

— Si tu préfères que je te dise moi-même ce qui te fait soupirer, je suis prêt à essayer.

— Je veux bien, répondit timidement le jeune homme.

— Eh bien, n'est-ce pas que tu t'es laissé prendre le cœur, une partie de ton cœur, par les agréments extérieurs et la gentillesse de j\r^« Deverne? et cela est resté depuis son départ. Me suis-je trompé dans ma supposition?

— Non, c'est bien cela.

— Alors, mon cher ami, pourquoi tant de mystère avec nous, avec moi surtout, qui ferai toujours mon possible pour ton bonheur?

— Merci, mon père. Je sais bien que tu m'aimes, et je te prie de me pardonner mon silence jusqu'à aujourd'hui. Si j'avais vu le moindre espoir dans la situation, il y a longtemps que je t'en aurais parlé.

— M"e Deverne ne t'en a donc donné aucun?

— Elle ignore même ce que je pense. Jamais je ne lui ai dit un mot qui pût lui en donner l'idée.

— Dieu soit béni ! dit le père. En ce cas, il y en a, de l'espoir.

— Comment donc? je ne comprends pas.

— Il y a, mon cher enfant, l'espoir que ton cœur se dégagera de son imprudence, et qu'il retrouvera sa liberté. J'espère, Barthélémy, que tu sauras te montrer un homme et non un enfant sans force de caractère et sans jugement. Je ne suis point étonné que, simple et sans connaissance du monde, tu n'aies pas vu le danger qu'il y avait à donner asile dans ton cœur au sentiment en question. Charmé par la figure et le ton familier de W^^ Deverne, tu n'as pas compris qu'un piège était tendu sous tes pas. Si elle s'était doutée de l'attrait qu'elle exerçait, elle mériterait un blâme sévère, car elle se fût montrée une coquette, ce qu'elle n'est pas, je l'espère bien.

— Non, certainement, elle ne l'est pas, dit Barthélémy.

— Donc, de son côté, il n'y a pas de mal, à moins que...

— Explique-toi, père.

— Oui, à moins que M^^^ Deverne, elle aussi, n'ait trouvé trop de plaisir à te voir et à causer avec toi.

— Je ne le crois pas.

— Moi non plus, reprit le père; mais si cela était, ce serait un grand malheur, pour elle et pour toi.

— Pourquoi un malheur?

— Ecoute-moi, Barthélémy. Peux-tu supposer que jamais M"^<^ Deverne te donnât de bon cœur sa fille? Ne va pas te fcdre une pareille illusion. Et quand même elle consentirait, — chose impossible, — à une telle mésalliance, je n'en suis pas moins persuadé que ce serait un grand malheur pour mademoiselle Elisa-

Page 1