‹ Un fils uniqueChapitre 152 sur 185 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

contrée, demanda s'il y avait beaucoup de notables dans les villages voisins, — des campagnes particulières en vente, etc. Bref, au bout d'un quart d'heure de conversation avec Lacroix, le jeune négociant eût été à même de renseigner un client sur un coin de pays où il n'avait jamais mis le pied. Il se leva et prit son chapeau.

— Voici l'heure de rentrer au bureau, dit-il. Adieu, monsieur Lacroix; — charmé d'avoir fait votre connaissance.

— Fernand, vous dînez avec nous demain chez les Marinier? dit M™^ Deverne.

— Oui.

— A demain donc.

Mademoiselle Elisabeth accompagna son fiancé jusqu'à la porte du corridor, afin qu'ils pussent au moins échanger quelques mots un peu plus intimes. M. Kabell lui passa-t-il un bras à la taille; lui prit-il un baiser ou deux avant de la quitter? En vérité, je n'en sais rien. Je pense pourtant qu'oui, puisque c'est l'usage et chose permise; mais, dans ce cas, ce fut sans bruit, presque sans chuchottements. Un sonore honjour de la fiancée mit fin au colloque secret, et bientôt M. Kabell descendit gravement l'escaher, en homme qui sait bien ce qu'il doit faire, et se rendit de là à son bureau, sans allumer le moindre bout de cigare. Pour la future M"^^ Kabell-Deverne, adieu les trompettes de courge !

— Comment le trouvez-vous? demanda la mère à Etienne Lacroix, pendant que sa fille n'était pas là.

— Très bien, madame. On voit que M. Kabell a des moyens, un bon jugement, de la solidité dans les idées.

— Oh oui, il est très brave, et il possède surtout une qualité excellente, celle d'avoir l'esprit présent. J'espère que cela ira très bien. Du reste, dans la maison, ses avis ont déjà du poids; on ne fait rien sans le consulter. C'est lui qui gère ma fortune et celle de ma fille. Il fera son chemin, pourvu que Dieu lui conserve la santé.

Lacroix, lui aussi, voulait retourner, non à son bureau, mais vers son cheval, et repartir. Il salua donc les deux dames.

— Vous n'oublierez pas mes bonnes amitiés à Barthélémy, dit Elisabeth. Si vous voulez bien aussi saluer Bsebeli aux tresses blondes? J'embrasse Evodie et M™^ Lacroix. Bonjour!

Etienne vint à la cuisine :

— Sophie, dit-il, c'est donc entendu avec M"'^ Deverne pour la veille du jour de l'an. On ira vous attendre à Coppet avec le char; et n'oubliez pas votre manteau.

— Eh bien? dit-il en arrivant chez lui, et comme Barthélémy dételait : vous avez eu ce matin la nouvelle?

— Oui; elle a fini de me guérir. Maintenant, c'est comme si je n'avais jamais été le jouet de mon imagination. Je me sens redevenu moi-même et, je t'assure, très heureux.

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