‹ Un fils uniqueChapitre 154 sur 185 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

fond de l'homme naturel existait toujours, la créature nouvelle était là cependant, faible encore si l'on veut, mais viable et se développant de jour en jour. Précisément parce que le tisserand n'était ni un savant, ni un pasteur, Augustin rechercha les enseignements bibliques de ce simple chrétien, homme de foi, retiré de l'incrédulité et amené aux pieds de Jésus- Christ. Les sceptiques ont beau sourire quand on leur parle de gens qui se convertissent, il n'en est pas moins vrai qu'un grand nombre de pécheurs, honnêtes ou non, passent des ténèbres à la lumière, et quittent Satan pour obéir au Dieu juste et saint. Un seul eûtil trouvé le salut et la paix, que ce fait unique suffirait pour prouver la divinité de l'Evangile. Mais, grâces à Dieu, c'est par millions de millions que les hommes ont été rachetés de la condamnation. La croix du Sauveur a été élevée assez haut pour que tous les bouts de la terre pussent y contempler le Rédempteur du monde, celui qui s'est appelé lui-même le chemin, la vérité et la vie.

Depuis que le tisserand Peter avait parlé si franchement à Augustin, celui-ci était revenu plusieurs fois causer avec lui. Peu à peu, il finit par lui ouvrir son âme. A cette école de fraternité chrétienne, dont le véritable maître enseignant était le Saint-Esprit, Augustin trouva la paix. La vie présente lui parut de peu de valeur en comparaison de la félicité éternelle; d'ailleurs, cette vie, il en sentait la source mortellement atteinte, et il avait accepté sans regret qu'elle tarit, avant même que l'été fût venu pour elle. Augustin

avait à peine vingt-quatre ans. Son père et sa mère le voyaient rapidement déchoir; mais, préoccupés avant tout des intérêts matériels et de la conservation de la famille, ils se désolaient à la pensée que leur fils ne laisserait pas d'héritier. Ils lui reparlèrent de Bsebeli, qui, malgré l'état de santé si grave d'Augustin, aurait peut-être consenti à l'épouser. Mais il rejeta avec horreur l'idée d'une union qui lui faisait l'effet du mariage entre la vie et la mort; et il n'avait jamais pu s'accoutumer au peu de moyens de Baebeli, quelque bonne fille qu'elle fût. — Evodie Lacroix, malgré son corps chétif, lui plaisait par son esprit naturel et la profonfondeur de ses pensées. Elle était vraiment pour lui une amie qui, tout autant peut-être que le tisserand, avait contribué au grand changement qui s'était opéré dans ses sentiments reliç^ieux. Aussi voulut -il le reconnaître en lui donnant à son tour une marque de confiance et d'affection. Il entra chez les Lacroix pour lui faire une visite. C'était vraiment bien remarquable de sa part, si l'on se souvient de son ancienne aversion pour une démarche pareille. Donc, le lendemain du jour où Etienne Lacroix était allé à Genève, Augustin vint timidement ouvrir la porte et demander s'il pouvait entrer. Sa présence si parfaitement inattendue, donna une sorte d'émotion aux quatre membres de la famille, qui tous étaient là et venaient de dîner. Ils causaient des événements de la veille, si heureux pour Barthélémy, et avant tout pour les fiancés de Genève. Augustin fut reçu avec affection et sympathie. Lui-même parut jouir beaucoup de cette visite et re-

Page 1