‹ Un fils uniqueChapitre 158 sur 185 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

par un sentiment qui était beaucoup plus dans l'imagination que dans le cœur, que penserais-tu du genre de souffrance éprouvée par une femme, quand elle aime sans qu'on s'en doute, sans même qu'on l'ait jamais supposé?

— Ce doit être une position atroce.

— Le mot est trop fort; mais oui, ce doit être un état bien douloureux. Une femme qui aime sans être aimée, est plus malheureuse qu'un homme, parce que le besoin d'affection est encore plus fort chez elle que chez lui. Et si je te disais que, sans avoir rien fait pour cela, tu as peut-être éveillé un tel sentiment dans le cœur d'une jeune fille, que penserais-tu de toi-même?

— Mais, cher père, c'est impossible. De qui veux-tu parler?

— Je ne nomme personne; mais tu vas aller demain à Coppet, chercher Sophie Arnaut. Si tu m'en crois, tu seras avec elle plus attentif que tu ne l'as été jusqu'à présent; peut-être alors auras-tu des yeux pour voir et des oreilles pour entendre.

— Ah! mon Dieu! fit le jeune homme en joignant les mains : et moi qui ne lui ai jamais dit un mot très amical ! D'où peux-tu savoir cela, père? Mais ce n'est qu'une supposition de ta part. En as-tu parlé?

— Avec ta mère, plus d'une fois. Avec Evodie, jamais. Sophie non plus n'a pas entendu un mot de moi sur ce sujet. Examine, informe-toi discrètement, si toutefois cela te convient. Quant à ta mère et à moi, nous considérerions comme un grand bonheur, pour toi et pour nous, que tu te sentisses incliné du côté

de cette charmante et excellente fille. Je pense que tu seras prudent; et Dieu te conduise dans tout ce que tu décideras !

— Merci, père. Je n'en reviens pas d'étonnement, et cela me donne une vive émotion.

— Tant mieux. Va voir un peu ce qu'il y a à faire à la grange.

Le garçon s'y rendit tout pensif.

N'a\Tons-nous pas raison de dire^ il y a longtemps déjà : Ah ! Barthélémy ! Barthélémy !

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