‹ Un fils uniqueChapitre 161 sur 185 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

— A Genève, reprit Sophie, on aime les gens sérieux, qui entendent bien les affaires, et l'on a sans doute raison. M™^ Deverne m'a dit plus d'une fois que son futur gendre a conduit avec beaucoup d'habileté et de sagesse la fortune de la famille. — Comment va Augustin?

— Ah ! notre pauvre voisin nous parait bien malade. Lui-même se juge sans espoir. Vous le trouverez bien changé. Il est arrivé complètement à la foi chrétienne, et s'est lié avec ma sœur et le tisserand Peter. De temps en temps, il nous fait une visite.

— C'est merveilleux. Quel bonheur pour lui qu'un tel changement ! Et si Dieu permettait qu'il guérît !

Ils arrivaient. Evodie vint recevoir son amie, et bientôt l'orpheline se réchauffait le cœur au milieu de cette famille qu'elle aimait tant.

Dans la soirée, Barthélémy se montra gai, causant volontiers avec tous et ne quittant pas Sophie des yeux. Décidément le feu avait pris dans son cœur, et d'une tout autre manière que lorsqu'il avait essayé de s'allumer pour M"^ Deverne. Celle-ci n'était plus qu'une ombre fugitive dans son esprit, tandis que Sophie en était maintenant l'astre radieux. N'est-il pas écrit du cœur de l'homme : « Qui le connaîtra ? » Il renferme les éléments les plus contraires, et sera toujours le siège des passions.

On se quitta vers dix heures en se disant : à demain ! et non sans que le père de famille eût appelé la bénédiction du ciel sur tous les siens et sur tous les hommes.

A demain ! Que de choses ces deux petits mots renferment! A demain : pour le fiancé qui reverra sa bien-aimée. A demain : pour l'heureux garçon qui vient passer huit jours de vacances avec ses parents. A demain : pour le riche, qui compte s'enrichir encore davantage. A demain : pour le pauvre, souffrant du froid et de la faim. A demain, pour le mourant, que Jésus introduira dans le ciel !

Sophie ne s'attendait guère à ce que ce demain serait pour elle, bien que, depuis très longtemps, elle n'eût passé un jour aussi heureux.

Au déjeuner, avant de se mettre à table, Etienne Lacroix lut un beau chapitre de l'Evangile, puis il prononça une courte prière, pleine de gratitude envers le Seigneur, et demandant pour sa famille

L'Esprit de grâce et de sagesse, Qui règle l'œuvre de nos raains,

comme dit un vieux cantique.

Sophie avait apporté quelques johs petits présents. Barthélémy reçut pour sa part un encrier d'un genre commode et tout nouveau. Lui, hélas ! n'avait rien à offrir à Sophie, du moins pas en objets visibles. — Le déjeuner étant terminé, comme le soleil arrivait déjà sur la galerie, grâce au peu d'élévation où il se trouve pour nous en cette saison, Barthélémy pria Sophie d'y venir un moment. Il lui montrerait, dit-il, quelques fleurs abritées sous des vitrages. Sophie le suivit. Là haut, quand ils eurent vu les géraniums roses de Mf"e Lacroix, Barthélémy, prenant son courage à deux

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