‹ Un fils uniqueChapitre 162 sur 185 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

mains et l'une de celles de Sophie dans les siennes, il lui dit avec émotion :

— Sophie, je n'avais aucun présent à vous offrir vers mes parents et ma sœur. Mais ici où nous sommes seuls, je viens humblement vous demander si vous accepteriez ce que je puis librement vous donner, ce que je n'ai encore donné à aucune fille, c'est-à-dire mon cœur, avec toute l'affection, tout l'amour dont il est capable.

A l'ouïe de cette déclaration si parfaitement inattendue, Sophie devint rouge comme de la braise, et se demanda d'abord si elle rêvait. Mais bientôt sa dignité de femme lui permit de répondre avec assurance et cependant d'une voix que l'émotion rendait tremblante :

— Barthélémy, ai- je bien entendu?

— Oui, reprit-il avec feu cette fois, oui, je me donne à vous entièrement et je puis le faire. Je sens qu'il y va de mon bonheur. Mais je vous dois une confession : vous avez pu croire l'été dernier que je pensais à une autre personne. Aujourd'hui, je vous affirme que l'imagination seule avait été surprise; le cœur, le cœur véritable, celui que je vous supplie d'accepter, est resté intact; et la preuve, c'est que la nouvelle du mariage de M^^^ Deverne m'a laissé aussi froid que la glace.

— Dieu en soit béni, reprit Sophie de sa voix la plus douce. Et moi aussi, Barthélémy, j'ai un tort à reconnaître, si c'en est vraiment un à vos yeux. — Tirant de son sein un petit médaillon attaché à un imperceptible cordon : — Connaissez-vous ceci? ditelle en pesant sur le ressort qui laissa voir, collée sur

le fond de la boîte, une fleur dont les pétales conservaient encore leurs vives couleurs. — C'est vous qui me l'avez donnée sur la Dole, cette fleur, — de bon cœur, me dites-vous alors, — et elle ne m'a plus quittée. Faut-il me le pardonner? Dites-le-moi.

Cette question était accompagnée d'un regard si doux, si plein de joie et de bonheur, que l'âme de Barthélémy en fut comme traversée de part en part. Maintenant, il savait ce que c'est que d'aimer et d'être aimé.

Ils s'assirent l'un à côté de l'autre, et causèrent à cœur ouvert, lui, de tout ce qu'il avait à avouer; elle, disant comment et depuis quand elle s'était attachée si profondément à lui. Bientôt ils descendirent, se donnant la main.

— Voici votre fille, dit Barthélémy à son père et à sa mère; Evodie, voici ta sœur. Félicitez-moi.

Sophie fut tendrement embrassée par sa nouvelle famille, après quoi, Barthélémy regardant sa fiancée :

— Et moi, dit-il, n'est-ce pas iPion tour aussi ? L'heureuse fille se jeta dans ses bras sans aucune

crainte. Ne savait-elle pas qu'il lui appartenait?

L'émotion étant passée, Etienne Lacroix sortit un moment pour se promener seul, à l'air de la rue, malgré le froid. Que pensez-vous qu'il allait faire, cher lecteur? Oui, c'est bien cela : le père allait tout de suite rendre grâce à Dieu, et demander pour ses enfants la bénédiction qui seule donne la vie. Lacroix était un homme de prière habituelle, nous le savons depuis longtemps.

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