CHAPITRE XXIX
on agit beaucoup, il s'use vite. — Sophie, faites-vous quelque chose à manger, pendant que nous causerons un moment avec votre fiancé. Aujourd'hui, par extraordinaire, nous dînons à deux heures chez M"^^ Caze-le-Bourgasse avec M. Kabell. Prenez du vin pour votre ami.
Sophie se dépêcha d'allumer son feu et sut bien trouver de quoi faire dîner Barthélémy. Celui-ci causait gaiement avec les deux dames. De temps en temps, il se demandait comment, mais comment il avait pu se laisser envahir l'imagination par cette vieille affaire qui l'avait tant tourmenté. Evidemment, Sophie était bien plus belle et d'une expression plus remarquable que la gentille joueuse de cornemuse. Il n'en revenait pas d'avoir été aussi simple et aussi bête, pensait-il, que ça. Mais il est vrai qu'en ce temps-là, il n'avait pas des yeux de fiancé pour Sophie, et que leurs deux regards ne se rencontraient pas comme aujourd'hui.
A trois heures, il faisait atteler; puis, disant adieu à Sophie qui l'avait accompagné jusqu'à l'hôtel où était le cheval, il grimpa seul sur son char.
— Je t'ai donné des plumes pour m'écrire; tu t'en souviendras, lui dit-elle.
— Ah ! tu m'as donné bien mieux que des plumes.
— Quoi donc?
— Des ailes, pour revenir.
En ce moment, M'"^ Deverne et sa fille s'entretenaient de ce subit événement.
— Voilà, disait la mère, c'est dommage que Sophie
me quitte. Je la remplacerai difficilement. Mais elle est en âge de se marier, et elle rencontre un bon parti. On ne peut que l'approuver de s'être vite décidée. Il faudra lui faire un présent, c'est évident, et je ne puis guère y mettre moins de cinquante francs.
— J'en donnerai bien aussi cinquante^ dit Elisabeth, et Fernand vingt. Avec cela, nous pourrons lui offrir son châle de noces.
— Oui, c'est une bonne idée. Mais on doit avoir pour cent francs, même pour quatre-vingts, un châletapis très suffisant.
— Comme tu voudras, maman.
Excellente et pratique M"'^ Deverne !