CHAPITRE III
bonjour à M™® Rock, tendit la main à Augustin qui était encore là et l'engagea à venir passer un dimanche avec ses garçons, quand on danserait au village.
— Augustin n'a pas encore fait sa première communion, répondit le père, par conséquent il ne danse pas. Merci toutefois de l'invitation.
— Quand doit-il communier?
— A Pâques, dit la mère.
— Eh bien, nos garçons auront un mois demai^ au printemps. Il faudra venir faire connaissance avec eux. Vous verrez qu'ils sont gentils. — Je crois, continua-t-il en s'adressant au père, qu'on ne danse jamais aux Ballandes ?
— Non; il n'y a pas assez de jeunes gens dans notre hameau, et il n'y a pas non plus de local convenable.
— C'est dommage, parce que, voyez-vous, il faut que les jeunes gens s'amusent. Les garçons et les filles ne sont pas faits pour ne pas se voir. De temps en temps, une bonne secouée, avec la musique, fait du bien. Ça chasse la mélancolie; et puis, on fait des connaissances pour plus tard, quand on veut s'établir. Il faut me promettre de venir au printemps, mon brave jeune homme. J'ai ma seconde, la Clémence, qui est jolie comme un cœur. Je vous la donnerai dans quelques années, si vous voulez, fit-il en riant aux éclats.
— Merci, répondit Augustin en riant aussi, mais de son rire retenu ; on pourra voir.
* Fête de jeunesse.
— Badinage, badinage ! dit la mère. A l'âge d'Augustin, on ne pense pas à ces choses-là.
— Madame Rock, reprit le causeur imprudent, je vous assure qu'à seize ans mon choix était fait, et bien fait, ajouta-t-il d'un ton de haute satisfaction.
— C'est heureux pour vous, dit Antoine; mais je ne conseillerais à personne, et surtout pas à mon fils, de suivre un tel exemple. Il présente trop de dangers.
Sur ce dernier mot, les deux hommes échangèrent une poignée de main et se quittèrent.
A cinquante pas de la maison, Frezillat se retourna pour examiner encore une fois la demeure du riche paysan et dit presque à haute voix :
— Ah ! le vilain coco que cet Antoine Rock. Il est tenace comme un diable. Je suis sûr que ce pauvre garçon n'ose pas seulement aller boire à la fontaine sans permission. Faut-il être crâpin pour ne m'avoir offert que deux verres de son vin qui avait un goût de moisi ! Non, malgré toute leur fortune, ces gens-là ne savent pas vivre, et ils ne jouissent de rien, si ce n'est de la vue de leurs écus.
Les Antoine Rock étaient, en effet, d'un caractère peu attrayant. Quant à Frezillat, il se pourrait bien qu'il prît la vie par un bout encore plus mauvais que son créancier, malgré son air gracieux et ses belles paroles.
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