CHAPITRE XXXI
Le pli cacheté contenait les deux lettres suivantes : « Ma chère Evodie,
» Quand tu liras cette lettre et celle que j'adresse à mes parents, je serai là où toute larme est essuyée des yeux du racheté de Christ, et où il n'y a plus ni cri ni douleur. Toi, tu seras encore ici-bas, et, j'en suis sûr, tu penseras encore souvent à ton ami Augustin. Tu as été pour moi une bonne et fidèle amie, depuis que nous revenions ensemble de l'école et que déjà tu me rappelais à mon devoir, jusqu'à aujourd'hui. Je t'en exprime ma vive reconnaissance.
» Jusqu'à ce que Dieu m'ait affligé par la maladie qui m'emmène, j'ai été mauvais. Ma jeunesse n'a été qu'une suite de désobéissances à l'ordre saint et éternel. Il me fallait un châtiment; il m'a été envoyé, et
dès lors j'ai reconnu mon état de misère et de rébellion devant le Seigneur. Cette maladie mortelle a donc été pour moi une bénédiction. — Tu m'as soutenu, encouragé, consolé par ton amitié, Evodie; si j'avais pu guérir, revivre tout de bon, je t'aurais proposé de partager mon sort. Si tu l'avais accepté, nous aurions ensemble entouré mes parents d'une respectueuse et chrétienne affection. Je ne t'en ai rien dit, parce que je ne me sentais pas assez de vie pour cela.
» Tu remettras à mon père la lettre ci-jointe, après l'avoir lue, comme je te le dis en commençant. Si, de bon cœur, tu peux te considérer comme ayant été ma fiancée, achète-toi un anneau et fais-y graver mon nom. Prends de mon argent pour le payer, et dis-toi que c'est moi qui te le donne. Tu pourras même continuer à le porter, si plus tard tu te maries. — Quant au reste de l'argent, distribue-le aux pauvres selon ton jugement, après avoir donné de ma part à notre ami Peter une Bible, aussi belle que tu pourras la trouver. Et maintenant, adieu, Evodie, jusqu'à ce qu'on se retrouve dans le ciel. Ton ami dévoué,
Augustin Rock. »
« Mon père et ma mère,
)) Cette lettre vous sera remise par Evodie Lacroix, quand vous aurez déposé ma dépouille mortelle dans la tombe. Piedoutant les émotions, pour vous comme pour moi, je préfère vous écrire plutôt que de vous parler.
» Je vous demande pardon pour toute la peine que