‹ Un fils uniqueChapitre 172 sur 185 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

j'ai pu vous causer depuis le jour de ma naissance jusqu'à celui de ma mort. Mon enfance a été volontaire, ma jeunesse mauvaise aussi, sans que je sois tombé dans les chutes et les écarts d'un grand nombre de mes condisciples. Je n'ai pas toujours écouté vos conseils, lorsque vous m'en avez donné de bons. Mais on ne m'a pas montré de bonne heure non plus le chemin de la vraie sagesse. Ayant voulu agir à ma guise, j'ai rencontré Dieu sur mon chemin. Il m'a éprouvé, mais il m'a béni en m'ouvrant les yeux sur mon état de révolte contre lui. Je sais et je sens maintenant qu'il m'a racheté de toute condamnation , comme dit l'Ecriture sainte. Mon ardent désir est que vous appreniez aussi à croire en lui, à l'aimer, à le glorifier. Vous avez beaucoup de biens périssables; faites-en un bon usage et ne leur donnez plus votre cœur. C'est en présence de l'Eternité que votre fils mourant vous donne ce conseil. Si j'avais dû vivre une vie d'homme, j'aurais tâché d'être pour vous un bon fils. Dieu a décidé autrement de mon sort. Crovons que tout est bien, et soumettons-nous sans murmures.

» Voici maintenant quelques idées que je me permets de vous présenter. Vous garderez sans doute Baebeli et vous l'adopterez. Si elle épouse son cousin Jacobeli, celui-ci vous sera utile pour vos affaires de campagne et de bétail. Je lui en ai parlé, à Baebeli. — Je la remercie aussi de sa bonne amitié, que j'ai plus d'une fois appréciée.

» Je recommande à Evodie Lacroix de vous visiter. Elle m'a fait beaucoup de bien, et c'est ma meilleure

amie; j'aurais voulu être pour elle encore mieux que cela.

» Maintenant, je n'ai plus rien à dire, si ce n'est que je meurs dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et s'est donné lui-même pour moi. Souvenezvous des pauvres. Votre fils respectueux,

Augustin R.ock. »

Trois semaines après le fatal événement, Sophie reçut de Barthélémy la lettre que nous transcrivons ici :

(( Bien chère amie,

y> Dans mes deux précédentes lettres, je t'ai raconté à peu près tout ce qui s'est passé aux Ballandes et chez nous depuis la mort de notre cher Augustin. Son père et sa mère sont toujours en proie à la plus sombre tristesse. Privés de leur soutien naturel, de celui sur lequel ils avaient concentré tout leur espoir, les voilà maintenant comme deux arbres secs, sans rameau sortant de leurs troncs durs et noueux. Leur vue, hélas ! ne va pas au delà du cimetière où dort la dépouille mortelle de leur fils unique. Bonne et aimable comme tu la connais, Bsebeli n'est pas non plus, à bien des égards, la personne qui pourrait les amener à des pensées plus élevées et plus consolantes. Evodie est allée pleurer avec la mère d'Augustin, et lui parler de vie éternelle; mais la pauvre femme et surtout son mari se défient de ma sœur, plutôt qu'ils ne l'aiment, depuis qu'ils connaissent la pensée secrète d'Augustin à son sujet. Peter aussi est allé voir les Bock et leur a

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