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CHAPITRE IV

la conduisait ; et Lise, qui suivait encore le catéchisme avec Evodie et Augustin, promettait de s'émanciper aussi, dès qu'il ne serait plus question pour elle ni d'écoles, ni de leçons de religion. Leur mère était faible, manquant de rectitude et noyée dans les intérêts matériels.

Le dimanche dont nous parlions à la fin du chapitre précédent, et comme le débiteur Frezillat venait de quitter la maison d'Antoine R.ock, Sophie Arnaut arriva chez Evodie pour lui faire une visite. Etienne voyait avec plaisir la relation des deux jeunes filles. Sophie aussi éprouvait une sincère affection pour le père de son amie. Sous les dehors d'un homme de la campagne, Etienne Lacroix avait l'âme distinguée, les sentiments délicats. Il se jugeait lui-même sévèrement, et tâchait de voir dans son prochain les bonnes qualités plutôt que les défauts. Chrétien bien convaincu de la nécessité absolue d'un salut gratuit et l'acceptant pour lui-même, il ne condamnait personne, espérant toujours en la bonté inépuisable du Dieu tout-puissant, et dans une sagesse et un amour sans bornes. Un peu mystique dans sa foi, il croyait la Bible sans scruter les textes difficiles qui font le tourment de tant de savants et de thélogiens. Il n'aspirait point à vouloir tout comprendre, tout sonder, en ces (( choses que l'œil n'a point vues, que l'oreille n'a point entendues et qui ne sont point montées au cœur de l'homme, mais que Dieu a préparées pour ceux qui l'aiment. »

Les Lacroix, ayaat dîné, étaient les uns ici, les autres

là : le père, au jardin avec sa fille; la mère, à ses géraniums dont elle ôtait les premières feuilles jaunies. Barthélémy lisait le journal, assis au soleil sur la galerie. — Entendant la voix de ses amis, Sophie entra au jardin.

— Bonjour ! leur dit-elle, allant à eux les mains tendues. Bonjour, monsieur Lacroix. Adieu^ Evodie. Est-ce que je peux rester un moment avec toi?

— Mais, je crois bien! comme tu es gentille d'être venue ! Mon père me proposait justement de l'accompagner chez vous, et nous allions nous y rendre, si tu n'étais pas arrivée.

— Je regrette bien votre visite pour mon père, qui est resté seul. Il vous faut venir également; je retournerai avec vous.

— Non, ma chère enfant, dit Etienne; restez avec Evodie. J'irai, moi, causer un moment avec votre père, si je ne le dérange pas.

— Comme vous êtes bon, monsieur Lacroix! mon père sera heureux de vous voir. Il vous aime, et moi aussi je vous aime beaucoup.

De nouveau elle lui tendit la main, avec un regard dans lequel brillait une confiance enfantine.

— Je vais donc, dit-il. — Eh! là-haut, garçon?

— Quoi? fit Barthélémy se levant, et se montrant^ son journal à la main.

— Tu sais que la pâture n'est pas faite?

— Oui, j'irai la préparer dans un moment. — Bonjour, Sophie. Vous allez bien?

— Très bien, merci. Et vous?

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