CHAPITRE V
point : lie-les à ton cou et écris-les sur la table de ton cœur.
» Et tu trouveras la grâce et le bon sens aux yeux de Dieu et des hommes.
)) Confie-toi de tout ton cœur en l'Eternel, et il dirigera tes sentiers.
» Ne sois point sage à tes yeux. Crains FEtemel et détourne-toi du mal. »
Le lecteur s'étant arrêté à ces derniers mots, Etienne s'approcha et le salua :
— Bonjour, Ulysse. J'ai profité de votre lecture; excusez-moi. Mais je trouvais dommage de l'interrompre. Si je ne vous dérange pas, je vous ferai une visite, pendant que votre fille est chez nous.
— C'est bien aimable à vous. Entrez, je vous prie, dit-il en venant ouvrir la porte. Dans ce petit semblant de village, on dirait vraiment qu'il est défendu d'aller les uns chez les autres. Excepté vous, personne n'aborde chez moi, et cela ne m'engage pas non plus à visiter beaucoup mes voisins. — Voilà le fauteuil, prenez-le, s'il vous plaît.
— Non, restez à votre place. Je serai très bien sur cette chaise. Et votre santé est bonne, j'espère?
— Ça ne va pas trop mal. Cependant, je trouve que c'est fatigant d'arracher les pommes de terre. Il faut se baisser, tirer la plante avec le fossoir, porter la hotte pleine, car je n'entends pas que ma fille fasse cela. Pendant l'hiver, je ferai un petit tombereau pour les amener une autre année; ce sera plus commode. — Je suis usé, mon pauvre monsieur Lacroix; j'ai porté
de trop grosses charges dans ma jeunesse, quand je travaillais chez M. Radier à Neuchâtel ; j'ai fait plus tard des chutes, comme vous savez; j'ai éprouvé des accidents graves : tout ça se fait sentir aujourd'hui. Mais c'est égal; je remercie Dieu. Il ne m'a jamais abandonné et m'accorde encore bien des jouissances. Vous aussi, vous êtes un homme heureux. Jolie famille, une femme comme il y en a peu sur la terre : bonne santé, bonne maison bien entretenue et garnie de tout ce qu'il faut, dedans et dehors : rien ne vous manque.
Ulysse Ârnaut avait la période un peu longue, ainsi qu'on le voit par le premier échantillon. Assez grand, les cheveux gris, les jambes arquées, il portait toute la barbe, chose assez rare en ce temps-là : barbe épaisse, large et assez longue, une vraie barbe de sapeur.
— Comme vous, répondit Etienne Lacroix, je sens que j'ai bien des grâces à rendre à Dieu. Il m'a béni de bien des manières. Mais ce qu'il fera pour nous après cette vie est encore infiniment plus admirable. Vous lisiez de belles paroles du roi Salomon, lorsque je suis arrivé.
— Oui, c'est ainsi que parle la vraie sagesse. Et pourtant, ce même Salomon, si favorisé de Dieu, chargé de lui bâtir un temple, ce sage des sages, ne va-t-il pas, sur la fin de sa vie, faire une chose horrible, commettre le plus grand des péchés, celui de l'idolâtrie ! J'avoue que ça me révolte quand j'y pense. Que diantre avait-il besoin d'écouter des gredines de