‹ Un fils uniqueChapitre 26 sur 185 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

moi. Dites à Sophie que je l'attends pour le goûter. — Regardez quelle jolie vue on a d'ici sur la montagne. Ces côtes de Bonmont sont magnifiques. Mais il me semble qu'on y coupe terriblement de bois. Le creux du Folliet déborde ces jours-ci. Il faut qu'il ait bien plu dans la montagne. Comprenez-vous qu'on laisse un si horrible creux sans barrière? Moi, si j'étais la commune, j'y ferais une claire-voie tout autour, avec une porte, pour ceux qui veulent s'en approcher davantage. Et encore : une porte? non. Je n'en ferais point. Cela empêcherait au moins les suicides. — Tenez, voilà justement nos filles qui vont passer près de ce gouffre béant. Il vous faut attendre Evodie. Dans cinq minutes elles seront ici.

On voyait, en effet, à quelque distance, les quatre filles dans le sentier tracé au milieu des prairies. Elles s'arrêtèrent un moment vers l'étang naturel et s'avancèrent même tout près. A ce moment, le charpentier mit deux doigts dans sa bouche et en tira un coup de sifflet qui fit tressaillir Sophie.

— C'est mon père qui nous voit de la maison, ditelle. Il m'attend sans doute. Retournons-nous-en un peu vite.

— Le voilà là-haut avec mon père, dit Evodie, qui avait la vue très longue. Mais ce creux est horrible, ne trouvez-vous pas?

— Et puis, ajouta Emma, c'est que les roseaux sont pleins de serpents. Mon frère en a vu un l'autre jour, aussi gros qu'un manche de râteau et long d'une aune, avec un collier jaune au cou.

— C'est une couleuvre inoffensive, dit Sophie. Seulement, il ne faudrait pas marcher dessus, car elle s'entortillerait autour de la jambe, et il ne serait pas agréable de se sentir une telle jarretière.

— Fi ! quelle horreur ! dit Lise Grince en regardant où elle mettait le pied.

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