CHAPITRE Yl
Au village, pour la plupart des habitants, le dimanche est un jour ennuyeux, où l'on ne sait que faire, lorsque le bétail est soigné et les objets laissés en désordre la veille, mis à leur place le matin. On a bien, — et ce n'est pas le cas pour tous, — donné un coup de balai devant la maison; puis les hommes se sont rasés, au moins ceux qui savent le faire eux-mêmes, sinon un barbier quelconque vient leur savonner le menton et les joues, peut-être même leur couper les cheveux à la rue, sous quelque hangar où cocoteyit déjà les poules ayant pondu l'œuf de bonne heure. — La cloche du sermon sonne ; les enfants partent pour le culte ; mais le père n'est pas prêt et ne peut les accompagner; la mère prépare le diner; une grande fille balaie les chambres, et de cette manière la famille ne prend pas
à cœur et à joie le jour du repos. Au retour de l'église, les enfants ont faim; c'est beaucoup s'ils peuvent attendre le moment où tous se mettront à table. Le père, dans ses vêtements des champs ou de l'écurie, examine, dans la grange, un char qui a besoin de réparations; ou bien, hélas ! une bêche à la main, il fossoie un carreau de jardin, sur la demande de sa femme, et cela au vu de tous les passants. — Après dîner, si c'est en été, les grandes personnes dorment, pendant que les enfants se réunissent sur les places publiques ou courent dans les campagnes, sans la moindre surveillance des parents. Ensuite, ne sachant que faire et n'aimant guère à lire quand il fait chaud, les hommes s'en vont, en bras de chemise et les mains derrière le dos, causer sur un banc public, ou jouer aux boules. Ils sont désœuvrés, n'ayant goût à rien, et soupirant déjà peut-être après les travaux du lendemain. Ceux qui sont plus actifs, plus intéressés et plus réguliers dans leurs affaires, écrivent un bout de lettre, ou vont avec leur femme examiner l'état des récoltes et décider l'ouvrage du lundi. Le soir vient peu à peu, et les soins à donner au bétail recommencent. Puis, la nuit est là; on se couche, ou l'on va boire bouteille au cabaret.
Voilà, pour un très grand nombre de cultivateurs chrétiens, ce qu'est le dimanche chrétien. Que penseraient de cela les nègres convertis, les anciens cannibales des îles Fidji, les Papous devenus de vrais disciples de l'Evangile? Et si, dès le grand matin, ils entendaient le tambour et la grosse caisse résonner