‹ Un fils uniqueChapitre 40 sur 185 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

sa direction. Pas question de dessin, cela va sans dire, ni de physique, de chimie, etc.

En outre, M. Ebroz ( c'était un cousin de la mère d'Evodie ) tenait beaucoup à ce que ses élèves fussent respectueux envers les personnes âgées, et polis avec tout le monde; que les garçons s'abstinssent de jurements, et les filles de mauvaises manières. En général, les parents faisaient grand cas de ce maître d'école. Dans sa classe, il exigeait une attention soutenue, et proscrivait les conversations particulières, même à voix basse.

Un jour, comme il préparait une dictée pendant que les écoliers ouvraient leurs cahiers et prenaient leur plume, il entendit chuchoter dans un banc de garçons. Venant par derrière, il vit Augustin causant avec un voisin et lui montrant son couteau. Mettant la main sur l'objet de contrebande, il le prit pour le confisquer provisoirement. Alors Augustin, croyant son couteau perdu, entra dans un furieux accès de colère, et le réclama à grands cris.

— Mon couteau! je veux mon couteau!

— Non, tu ne l'auras pas maintenant.

— Eh bien, vous êtes un voleur.

A ce mot de voleur, qui fit trembler toute l'assistance, M. Ebroz appliqua un vigoureux soufflet à Augustin, le sortit de sa place en un clin d'œil et le fit tenir debout dans un coin, pendant la dictée du thème. Là, en proie à une rage concentrée, le malheureux garçon ne dit pas un mot, ne versa pas une larme et ne bougea non plus qu'une statue. L'école étant finie,

le maître s'approcha d'Augustin, avec le couteau dans sa main.

— Tu vas me faire des excuses en présence de tes camarades, lui dit-il, après cela je te rendrai ton couteau. Regrettes-tu de m'avoir appelé voleur?

Pas de réponse.

Le régent répéta sa question.

Augustin ne répondit pas davantage.

— Eh bien, ton couteau attendra sur mon pupitre, jusqu'à ce que tu aies simplement répondu oui à ce que je te demande. — Vous pouvez tous vous retirer. Augustin, j'espère que tu seras mieux disposé demain matin.

Les enfants partirent. Ceux qui allaient aux Ballandes avec Augustin, lui dirent qu'il était un nigaud de s'être cotté pour si peu de chose ; qu'il devait bien penser que le régent ne voulait pas lui prendre son couteau pour le garder; et puisqu'il suffisait de dire oui, pour le ravoir, le mieux était de reconnaître son tort tout de suite. Toujours plus enfoncé dans son orgueil, Augustin se borna à leur répondre :

— Nous verrons tout ça.

Lorsqu'ils arrivèrent aux Ballandes, Evodie attendit un instant avant d'entrer dans la maison; puis, quand elle vit Augustin seul et se dirigeant du côté de la porte, elle l'appela, faisant aussi la moitié du chemin pour le rejoindre.

— Ecoute, lui dit-elle avec bonté et tristesse : tu m'as fait de la peine. Promets-moi que tu diras oui à M. Ebroz demain matin. Pars d'ici un peu avant nous

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