CHAPITRE VIII
Les parents d'Augustin approuvèrent beaucoup le régent et promirent de faire leur possible pour amener leur fils à de meilleurs sentiments.
— Mais voilà, dit le père, c'est le plus obstiné têtu que je connaisse. A tort ou à raison, quand il a une idée, on ne peut la lui ôter.
— Si vous me permettez de vous le dire, monsieur et madame Rock, je crois que vous ferez bien, dès que l'instruction religieuse de votre fils sera terminée, de le placer pendant une année dans une pension un peu nombreuse, où il apprenne à faire plier sa volonté et à devenir complaisant envers les autres. Chez vous, il n'a pas de frottements avec des garçons de son âge, et il ne vous craint pas assez non plus, du moins pas de la bonne manière.
— Nous avons bien l'intention de l'envoyer dans la Suisse allemande, aussitôt qu'il aura communié, dit la mère. Il faut aussi qu'il apprenne l'allemand. Dans notre village, il y a un bon instituteur qui reçoit des pensionnaires, et Augustin sera très bien chez lui.
— Allons, tant mieux. — Si vous lui rendez son couteau, tâchez au moins qu'il reconnaisse ses torts envers moi. Je les lui pardonne très volontiers, et si j'insiste, c'est dans son intérêt moral avant tout.
M"^^ Rock prit le couteau et le rendit, le même jour, à Augustin, en lui recommandant d'être plus sage et plus obéissant à l'avenir. Le père, qui était présent, dit à son fils qu'il était un drôle d'avoir appelé le régent un voleur, quand il savait bien qu'il lui rendrait son couteau. Mais ces parents, faibles ou aveuglés,
n'exigèrent pas les excuses indispensables, si bien qu'Augustin n'en fit point. Il continua, comme du passé, à fréquenter l'école, à écouter la leçon de religion, mais, pour tout le reste, il demeura exactement le même.
A Pâques, il fut admis à la sainte cène avec ses condisciples, sans avoir fait aucune bonne réflexion, ni sur sa conduite, ni sur son caractère irascible et entêté. Il entrait ainsi dans la vie de jeune homme avec des dispositions qui, tôt ou tard, quand les grandes passions seraient venues, pouvaient le rendre très malheureux et faire beaucoup souffrir les siens. Lorsqu'on lui parla d'aller passer une année à Bruckseilergut, chez le régent, il déclara que certainement il n'irait pas; qu'il se moquait de l'allemand comme de la mule du pape, et qu'il était inutile d'essayer même de l'envoyer là-bas.
Sans autorité véritable sur Augustin, n'ayant que cet enfant, sur la tête duquel reposait tout l'espoir de la famille, les Rock cédèrent encore une fois devant une volonté qu'il aurait fallu briser, et tout continua dans la maison comme précédemment.
Dans quelques années, nous les retrouverons les uns et les autres, et nous verrons alors ce qu'ils seront devenus.
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