‹ Un fils uniqueChapitre 43 sur 185 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Augustin Rock, le plus jeune des garçons et des filles de sa volée, a aujourd'hui vingt ans. Il n'est pas aussi grand que son père, mais d'une bonne taille néanmoins, et d'une assez forte carrure. Ses cheveux, toujours épais et rudes, tiennent -le milieu, pour la couleur, entre le blond et le roux. Bien que ses camarades miliciens portent volontiers une moustache, il n'a jamais laissé croître la sienne plus de huit jours. Régulièrement il se rase le dimanche matin, et c'est fait pour toute la semaine. A l'égard de l'activité au travail, Augustin est le digne fils de son père : comme lui, il veut que l'ouvrage soit bien fait, dût-on y employer deux fois le temps ordinaire, ou risquer de se trouver pris par la mauvaise saison avant qu'il soit achevé.

Pour mettre le lecteur suffisamment au courant d'un tel caractère, nous allons raconter en quelques mots les quatre années qui se sont écoulées depuis le jour où Augustin fit sa première communion et quitta l'école.

Il fut donc impossible de le décider à un séjour dans le village d'origine de sa mère, en vue d'apprendre l'allemand. Augustin avait le pressentiment que, une fois là-bas, il ne pourrait plus se conduire à sa tête, comme il le faisait chez son père, mais qu'il faudrait obéir au directeur et accepter un genre de vie tout nouveau. Il savait aussi c[ue la nourriture, dans le canton de Berne, était fort différente de celle qu'il avait aux Ballandes, où, par le fait, il ne mangeait que ce qu'il voulait. Par les récits de sa mère, il se représentait le café clair, mélangé de beaucoup de chicorée, qu'on prenait le matin, avec d'immenses portions de pommes de terre d'abord bouilUes, puis coupées en minces tranches et passées à la graisse dans une poêle brûlante. Lui, Augustin, n'aurait rien voulu de cela. Le matin, il lui fallait une assiette de soupe au légume, et après, du pain et du fromage. A midi, du salé de porc, et non de la viande de vache bouillie. A chaque repas, du vin. Or, on sait bien qu'on n'a pas une cuisine pareille chez les campagnards de la Suisse allemande. Augustin abhorrait le lait, sous quelque forme qu'on le lui présentât. Quand il acceptait du café, il le lui fallait noir. Le cidre, prétendaitil, lui faisait mal au ventre. — Sa mère eut beau lui dire qu'il s'habituerait vite à une autre nourriture,

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