‹ Un fils uniqueChapitre 44 sur 185 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

il déclara que, habitude ou non, il n'irait pas. Et on finit par le laisser tranquille. On ne pouvait forcer le jeune homme à quitter la maison, dit son père; et sa mère, bien qu'à son grand regret, n'insista plus. Il semblait que ce garçon, fils unique d'un des plus riches paysans de la contrée, voulût aussi être unique^ dans son genre. Barthélémy et quelques autres garçons des Ballandes, l'engagèrent en vain à les accompagner aux danses à la R.ippe, Crassier et lieux circonvoisins ; même les filles, les deux Grince entre autres, qui lui firent des avances à cet égard, échouèrent.

— Dansez tant que vous voudrez, leur dit-il ; amusezvous à votre manière; moi, j'entends faire aussi ce qui me convient.

— Mais viens au moins avec nous, continua Lise ; tu ne danseras pas, si tu le préfères; tu t'amuseras autrement. Veux-tu suivre l'exemple de Sophie Arnaut et d'Evodie, qui seront mômières avant qu'il soit longtemps?

— Je veux faire ce qui me plaît, et il ne me plaît pas de courir avec vous dans les villages.

— Eh bien, reste où tu es, vilain grognon. Tu ne mérites pas qu'on se donne de la peine pour toi. Ah ! oui, tu vas passer une belle après-midi, là, tout seul! Avec nous, tu verrais au moins une jolie fête, de jolies toilettes et aussi de jolies filles. Adieu, ourson que tu es ! lui cria-t-elle encore à quelques pas de distance.

Le moment vint où Augustin fut incorporé dans les

milices. Cela se faisait alors à dix-huit ans, sur une place d'armes désignée à cet effet, en présence du commandant d'arrondissement et des capitaines des compagnies. Antoine P\.ock avait été artilleur et désirait que son fils entrât aussi dans cette arme, plus • distinguée que l'infanterie. Lorsque Augustin fut appelé au bureau de recrutement, le capitaine d'artillerie l'examina et dit qu'il le prendrait volontiers pour canonnier.

— Cela vous fait-il plaisir? demanda-t-il à Augustin.

— Non, monsieur, répondit notre recrue des Ballandes: je préfère porter le fusil.

— En ce cas, dit l'officier au commandant, comme je ne prends aucun homme contre son gré dans ma compagnie, je renonce à celui-ci.

Et ainsi Augustin fut inscrit dans les mousquetaires.

La même année, pendant l'hiver, il dut entrer en caserne à Lausanne, pour une école de six semaines. Là, force fut d'obéir à ses chefs; et il faut lui rendre cette justice qu'il remplit exactement ses devoirs de soldat, ne s'enivrant jamais et ne se faisant point punir pour insubordination. Sa conduite morale fut exempte aussi de reproches, chose bien remarquable chez un jeune homme riche, entouré de camarades aux propos légers et souvent eux-mêmes très immoraux. Comme cela était d'usage, Augustin dut s'entendre avec un compagnon pour faire ménage ensemble. Pour peu qu'il y eût tenu, il aurait pu s'associer avec des jeunes gens de bonne famille qui, dès les premiers jours, s'étaient bien vite reconnus et triés; mais cela ne con-

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