‹ Un fils uniqueChapitre 5 sur 185 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

raient formé les deux bras d'une équerre, les deux lignes d'un angle droit. Heureusement elles ne se touchaient pas. A la campagne, il vaut toujours mieux n'avoir pas de mur mitoyen, mais au contraire un espace libre autour de son habitation.

Au lieu d'une longue galerie étroite suspendue sous l'avant-toit, comme celle de son voisin Rock, Lacroix en avait une large, reposant sur des colonnes en bois vernis. Un auvent supérieur la mettait à l'abri de la pluie et préservait aussi le mur de toute humidité. De cet agréable appentis, on voyait très bien la Rippe, les campagnes du Pays de Gex et Genève à l'extrémité du lac. Ayant du goût pour l'horticulture et les fleurs, Etienne Lacroix avait fait monter des plantes grimpantes autour des colonnes, et sa femme entretenait une rangée de vases placés sur le rebord intérieur de la galerie. En été, ces fleurs embaumaient, et les plantes sarmenteuses se suspendaient en festons le long du toit. La bignone grandiflora s'y cramponnait avec ses griffes, tandis que la capréolata entortillait ses vrilles à tout ce qu'elles pouvaient embrasser. En avant des colonnes, au grand soleil, était le jardin potager, entremêlé d'arbres et de rosiers greffés par le maître de céans.

Chez les Rock, rien de pareil. Entouré d'une haute muraille grise, le jardin se bornait à produire des légumes pour la cuisine. On y voyait pourtant d'anciens poiriers autrefois en espalier, maintenant déformés, couverts de mousse et dont les fruits pierreux ne parvenaient plus qu'à mi-grosseur. Dans les divers

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arrangements extérieurs de ces deux maisons, on sentait comme deux principes opposés, deux tendances contraires. Chez les uns, tout paraissait subordonné au produit matériel, sans rien de gracieux ni de poétique ; chez les autres, il semblait que les choses visibles aspiraient aussi , dans une part sans doute minime, à se joindre aux harmonies de la nature et de l'idéal.

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