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CHAPITRE II

Vers la fin d'octobre, les soirées sont parfois bien belles à la campagne. Si le ciel est pur, les étoiles brillantes, la lune en son plein, s'élevant avec majesté à l'orient, tout semble s'animer dans la nature et prendre comme une seconde vie, après celle qui s'est éteinte au coucher du soleil. Les arbres ont encore une bonne partie de leur feuillage coloré, et, dans les jardins qui touchent aux maisons, les touffes de chrysanthèmes s'épanouissent dans le voisinage de quelques roses tardives. On distingue à peine ces dernières, tandis que des corbeilles de pétunias brillent au milieu du sable qui les entoure. Dans la montagne, les pentes boisées du Jura sont couvertes d'une vapeur violette, voile diaphane, qui permet de distinguer un à un les grands sapins couronnant les dentelures de

la crête. Un ruisseau murmure à quelque distance, au fond d'un ravin solitaire, ou bien le long de prairies sur lesquelles le bétail a pâturé jusqu'à la nuit. Les lièvres et les renards quittent leurs retraites pour s'aventurer, les premiers, dans les champs de blé vert, — les seconds, à la recherche du raisin oublié dans les vignes, ou de quelque proie vivante. Tout à coup, dans le silence qui vous entoure, un grand éclat de voix vient vous sortir d'une contemplation paisible : c'est l'appel sonore de la hulotte des bois : Hoh! hohoh! Elle est tout près de vous, peut-être, dans le branchage d'un grand noyer; et vous la voyez plonger de son vol rapide, sans que le moindre frôlement d'aile ait signalé son départ. Oiseau méprisé du peuple, redouté des gens superstitieux qui le considèrent comme un messager de malheur, la chouette hulotte se borne à faire la guerre aux souris, aux rats, aux gros insectes nuisibles à l'agriculture.

Au village, bien que les lampes soient partout allumées dans les maisons, les gens vont et viennent encore d'un quartier à l'autre. On les entend causer, soit lorsqu'ils reprennent le chemin de leur demeure, soit près des fontaines, soit pendant qu'ils entrent à la cave les pommes de terre amenées du champ depuis peu d'instants. La vendange est terminée. Le vin rouge fermente dans les cuves, en attendant d'être pressuré. Toute l'activité du cultivateur se porte sur les champs qu'il faut débarrasser de leur dernière récolte , fumer et ensemencer, avant les gelées. Les nuits, déjà, sont fraîches, grâce à une petite

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