‹ Un fils uniqueChapitre 51 sur 185 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

avec dédain. Il n'y a pas de récits de guerres par làhaut.

— Tu te trompes, reprit Evodie : il y a une guerre bien plus intéressante que celles des Romains dont tu parles souvent; c'est la guerre de l'homme avec la nature. Le capitaine Ross et son équipage ont passé quatre hivers dans les glaces, sans pouvoir dégager leur vaisseau. Tu verras leurs aventures. Je vais vite chercher le volume : attends-moi un instant.

Et déjà elle courait vers leur maison, avant qu'Augustin eût pu répondre.

— Voilà, dit-elle au retour. Tu vois qu'il y a bien à lire. Je te confie ce volume pour quinze jours. Lisen un peu à ton père et à ta mère. Adieu.

Evodie pensait qu'il serait d'un bon exemple pour leurs voisins de vivre en la compagnie d'un officier de grand mérite, qui sut maintenir son équipage dans une sage discipline pendant quatre ans, au milieu de mille privations, et qui, chaque jour, fit lui-même le culte sur son navire.

Augustin, en effet, prit plaisir à cette lecture et rendit le livre au jour fixé. Il ne vint pas le rapporter chez les Lacroix, mais il profita d'un moment où il vit Evodie vers la fontaine pour le lui remettre, et même il la remercia.

— Tu vois bien, lui dit-elle, que les aventures de ces braves gens t'ont intéressé.

— Oui, c'est la vérité; mais ce sont des Anglais, des hommes qui ne veulent par démordre de leur idée.

— Et puis, ce capitaine est aussi un homme pieux, un brave chrétien. Veux-tu que je te prête un autre livre?

— Non, pas pour le moment. Merci.

Craignant que quelque membre de la famille ne le vît causer avec Evodie et ne l'engageât à entrer ( chose qu'il ne s'était jamais permise ), Augustin repartit promptement d'un endroit si dangereux.

D'après ces légers détails, on voit que des parents plus intelligents, et surtout animés d'une vraie piété, auraient pu exercer une bonne influence sur leur enfant. Mais ceux d'Augustin n'avaient visé qu'à une chose dans l'éducation de leur fils : lui donner le goût du travail en lui faisant entrevoir qu'un jour il serait en possession d'une fortune à l'accroissement de laquelle il devait contribuer avec eux.

A quelque temps de l'incident du livre prêté par Evodie, le père Antoine dit un jour à Augustin que cela lui ferait plaisir s'il voulait l'accompagner à la Ferme-au-bois, pour y choisir deux jeunes porcs dont ils avaient besoin. C'était un dimanche matin. Le père ajouta qu'il fallait pourtant commencer à prendre un peu en main les affaires de la maison, parce qu'il se faisait déjà vieux et se sentait fatigué. Augustin consentit à ce qu'on lui demandait. Il se rasa, s'habilla convenablement et ne tarda pas trop à être prêt. Avant de partir, ils mangèrent quelque chose et burent un verre de vin, afin de ne pas risquer d'avoir faim en route. La Ferme-au-bois est à quarante-cinq minutes des Ballandes, à gauche en descendant. Le

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