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CHAPITRE XII

— Il n'est pas beau, en effet, surtout quand l'eau rase le gazon tout autour, répondit le père Antoine.

— Ma chère dame Rock, reprit Chevroud, vous êtes bien honnête de nous offrir le goûter à trois heures ; mais cela nous mettrait trop tard pour ce que nous voulons faire encore aujourd'hui. J'ai promis à ces filles de les conduire à Divonne et de leur montrer la source de la Versoie. Or, les après-midi sont si courtes dans cette saison, qu'il nous faut vite profiter du temps. — Voulez-vous venir avec nous, monsieur Augustin ? dit-il à ce dernier. Il y a place sur le char. J'ai une banquette qui s'adapte en arrière du banc. Vous vous y placerez avec une de mes filles.

— Bien obhgé; mais je ne peux pas aujourd'hui.

— Tu devrais profiter de l'offre de l'ami Chevroud, lui dit son père ; c'est une bonne occasion, qui ne se représentera pas de longtemps.

— N'en faites pas façon, ajouta l'hôte complaisant; c'est sans conséquence. Seulement, je ne pourrai pas vous ramener en char jusqu'ici; je vous laisserai à Crassier en revenant de Divonne.

— Oui, va, dit le père, cela te fera plaisir.

— Non; je connais assez Divonne et la source, et j'ai quelque chose à faire aujourd'hui. Je vous en ai la même obligation.

Les porcs étant payés, le cheval attelé, Louis Chevroud et ses filles quittèrent les Ballandes sans s'y arrêter plus longtemps. Au fait, à quoi auraient-ils employé l'après-midi chez les Rock? Augustin se serait fort peu soucié de promener les deux sœurs autour

du hameau, et moins encore de rester avec elles dans la maison. Chevroud \it bien que le jeune homme battait froid, malgré les insinuations du père, et luimême, d'ailleurs, ne tenait pas à jeter sa fille au nez du garçon, quelque riche que fût Augustin.

A la première montée, comme le cheval allait au pas, il dit en badinant :

— Je suppose que le cavalier vous plairait mieux' que le fils Rock; qu'en dites-vous?

— Oh! pour ça oui, répondirent-elles toutes deux en même temps.

Bientôt le char traversa Crassier sur Suisse, puis, ayant passé le pont qui fait limite avec la France, le cheval fut lancé au trot dans la direction de Divonne. De ce grand village tout plat, nos promeneurs montèrent à pied jusqu'à la source, fort belle en toute saison et très abondante en ce moment-là. Alors, elle

jaillissait encore

en filets argentés,

Courant parmi la mousse à flots précipités,

comme l'a dit un jeune poète de cette époque. Aujourd'hui, réunie dans une vasque artificielle, elle se verse en large nappe, et forme immédiatement un courant dont les ondes rapides traversent Divonne et descendent ensuite dans les prairies qu'elles inondent parfois et transforment en marais.

Divonne, je ne sais pourquoi, donne une impression de tristesse en y entrant. Sa rivière n'est pas gracieuse comme l'Orbe ; elle coule sans poésie. Les premiers abords du village ont quelque chose de froid, qui

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