‹ Un fils uniqueChapitre 69 sur 185 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Peter. Celui-ci travaillait fort et ferme ; son ouvrage était encore supérieur à celui que faisait autrefois Nicolas, en sorte que les pratiques étaient parfaitement satisfaites de l'association des deux Bernois.

Lorsque Peter porta sa première pièce de toile, Nicolas voulut l'accompagner pour lui montrer le chemin. C'était à la Rippe, comme le certain dimanche dont nous avons parlé au commencement de cette histoire. Mais au lieu d'employer à cela le jour du repos, Peter alla le samedi après-midi, la pièce de toile étant prête et roulée depuis le matin.

— Je ne vais jamais porter l'ouvrage le dimanche, dit-il à Nicolas; tu as eu tort de faire cela autrefois. Tu donnais un mauvais exemple et tu désobéissais à Dieu.

— Tu dis bien, Peter; mais, par ici, on a l'habitude de faire les affaires le dimanche.

— C'est précisément une mauvaise habitude, Nicolas.

La mère de famille chez laquelle nos deux compagnons se rendaient avec un beau rouleau de toile les reçut très bien, malgré le moment peu favorable choisi pour cela. En effet, dans une maison de village, l'après-midi du dernier jour de la semaine est employée en écurages et lavages pour lesquels on met un peu tout sens dessus dessous dans l'appartement, ^me Parisod ne montra aucun mécontentement; elle reconnut sa toile, reçut ce qui était resté du fil de trame, et, satisfaite du travail de Peter autant que de sa consciencieuse délicatesse, elle fit asseoir les deux

hommes pour les restaurer. Les gens de la Rippe ont eu, de tout temps, la réputation d'exercer une large hospitalité, comme c'est au reste l'usage dans tout le pays. M""® Parisod avait de la viande froide; elle offrit de faire vite une omelette, que Peter refusa énergiquement, malgré les gros yeux de Nicolas qui avait la passion des œufs cuits de cette manière. Versant ellemême le vin dans de grands verres tout unis, elle engagea les tisserands à boire, et ne tarda pas à remplir de nouveau le verre de Nicolas. Peter leva le sien quand il fut à moitié plein, et dit qu'il n'en prendrait pas davantage. De nouveau, elle revint à la charge pour Nicolas, qui n'aurait pas dit non, car le vin était bon, vieux, et ne le faisait pas encore tousser; mais Peter ne le perdait pas de vue. Prenant le verre de Nicolas au moment où M"*® Parisod penchait la bouteille, il le réunit au sien, et les poussa tous deux du même côté.

— Assez, madame, assez comme cela pour Nicolas, dit-il. Deux grands verres de vin, c'est déjà beaucoup pour lui; un troisième lui ferait du mal.

— Oh! mais, crovez-vous? Nicolas en aurait bien pris encore un; pourquoi l'en priver?

— Pour lui rendre un service d'ami.

— Voï, madame Parisod, dit Nicolas d'un ton de quasi-regret; voï, ça vaut mieux, fectivement.

— Eh bien, je ne veux pas vous presser davantage; — mais pour vous qui avez fait la toile et ne toussez pas, un verre ne peut se refuser : lequel est le vôtre?

— Merci. Votre vin est très bon; mais je n'en veux

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