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CHAPITRE xrv

que, pour chaque homme, il vient un moment où il sent le besoin de s'appuyer sur quelque chose de ferme et de solide, quand tout manque ici-bas. Le chrétien s'appuie sur le Sauveur.

A ces derniers mots, Augustin haussa légèrement les épaules. Peter reprit avec douceur :

— Oui, le chrétien s'appuie sur Celui qui a vaincu la mort et nous a délivrés de la malédiction du péché. Voulez- vous, monsieur Augustin, me permettre une seule question?

— Parbleu, pourquoi pas? deux si vous voulez. Peter réfléchit un instant, comme s'il se recueillait

devant Dieu, puis il dit :

— Autant que je connais votre position temporelle, monsieur Rock, je trouve que vous avez tout ce qu'un homme peut désirer ici-bas. Santé, jeunesse, fortune, père et mère encore vivants et bien portants, rien ne vous manque extérieurement pour jouir de la vie. Eh bien, malgré tout cela, je ne pense pas que vous soyez heureux, vraiment heureux. Dites-moi si je me trompe? voilà ma question.

Augustin ne répondit pas. Trop véridique pour affirmer un oui menteur, trop orgueilleux pour convenir du contraire, il se borna, au bout d'un moment de silence, à dire que cela le regardait seul.

— Pardon, si j'ajoute encore un mot, reprit Peter. Sans la connaissance vraie de Dieu, sans son amour dans notre cœur, il n'y a pas de bonheur possible en ce monde. Relativement, oui, vous êtes beaucoup plus heureux qu'un grand nombre de vos semblables, qui

sont loin d'avoir votre position de fortune et tout le reste; mais tant qu'un homme vit loin de Dieu, il ne peut être vraiment heureux. La source du bonheur est en lui, non en nous, qui sommes sujets à tant de misères, et voués finalement à la mort. Et puis, monsieur E.ock, peut-être n'avez-vous pas souffert et ne connaissez-vous pas encore les angoisses du cœur et de l'âme. Gela viendra une fois, comptez-y bien. Moi aussi, j'ai été jeune comme vous; j'ai eu ma volonté, à laquelle je tenais autant que vous pouvez tenir à la vôtre. Dieu l'a brisée, cette volonté; et si je n'avais pas eu la certitude que tout ce qu'il fait est pour notre plus grand bien, je me serais horriblement révolté contre lui. Voulez-vous entendre ce qui m'est arrivé?

— Oui, ça me ferait plaisir.

Les trois membres de la famille devinrent tout attention. Peter leur fit le récit suivant :

— J'ai quitté la maison paternelle pour me perfectionner dans mon état, mais aussi pour vivre mieux à ma guise et selon les désirs de la jeunesse. Ce que je gagnais par mon travail était dépensé bien vite, soit dans les auberges, — soit dans les divertissements que je m'accordais. A la fin de l'année, je n'avais que quelques francs en réserve, pour ne pas mourir de faim si l'ouvrage manquait. J'ai visité une partie de l'Allemagne et ses capitales; j'ai parcouru la France, ayant la passion de voir des contrées nouvelles. Plusieurs fois, je me suis trouvé dans une grande détresse, et sans autre ressource que celle de l'hôpital. — Un jour, comme je cheminais sur une route, le sac sur le dos

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