‹ Un fils uniqueChapitre 76 sur 185 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

et fort peu d'argent dans ma poche , je fus rejoint par un jeune homme d'environ vingt- quatre ans, qui portait aussi un sac. Il me parla le premier, et m'apprit qu'il était colporteur de livres religieux, envoyé en France par la Société évangélique de Genève. Il est inutile de vous dire son nom de famille, mais son prénom était Ferdinand. Il est mort missionnaire , en pays lointain. Ce jeune homme avait été autrefois sans convictions chrétiennes, mais il était devenu un véritable disciple de Jésus-Christ. Il s'intéressa à moi, me procura de l'ouvrage dans une petite ville du département de la Drôme, chez un brave tisserand. Là, vivant avec des gens d'une piété vraie, je pus faire la différence entre leurs convictions et les miennes. Dieu toucha mon cœur aussi, et je trouvai la paix de mon âme dans l'acceptation du salut par Jésus-Christ. Dès lors, je fus vraiment heureux. M'étant plus tard attaché à la fille de mon patron par une affection très vive, elle répondit à mes sentiments. Nous fûmes mariés. Peu de mois après, mon beau-père mourut, emporté par le choléra qui sévit dans la contrée. Ma belle-mère étant morte aussi depuis quelques années, je restai seul avec ma femme. Elle était enceinte. Quand son terme arriva, elle mit au monde un enfant mort, et trois jours après elle expira, me donnant rendez- vous dans le ciel.

J'avais tout perdu. De nouveau seul au monde, en pays étranger, sans fortune, que serais-je devenu si Dieu ne m'avait soutenu? Au bout d'un an, je liquidai

mes petites affaires, et, ne voulant pas me remarier, je repris encore une fois le bâton du pèlerin. C'est alors que Dieu m'a conduit chez Nicolas, où je vois bien que ma place est marquée pour le moment. — Monsieur Augustin, croyez- vous maintenant que ma position m'autorise à vous adresser la question que je vous ai faite? Et si vous voulez pouvoir accepter les épreuves quand elles viendront, donnez d'avance votre cœur à Dieu.

— Il est sûr, dit Antoine Rock, voyant que le tisserand ne parlait plus, — il est sûr que vous avez eu de bien grands malheurs. Mais pourquoi n'ètes-vous pas resté dans la maison de votre beau-père?

— Elle ne lui appartenait pas. Nous étions en loyer. Généralement, les tisserands sont pauvres. Quand j'eus tout réglé, il me resta une petite somme que j'ai mise en dépôt pour les temps fâcheux. — Vous connaissez maintenant mon histoire. Si je vous l'ai racontée, c'est uniquement pour montrer à monsieur votre fils que j'ai de bonnes raisons pour croire à une providence particulière et personnelle de Dieu à mon égard. J'ai la conviction qu'il s'occupe de nous et connaît exactement ce que nous sommes. — Bonsoir. Je vous souhaite à tous la continuation de votre prospérité temporelle, avec la bénédiction de Dieu.

— Bonsoir, lui dit Augustin. Je vois que vous êtes un homme franc, et je vous respecte. Si Nicolas se trouvait dans le besoin et qu'on pût lui prêter secours, dites-le-moi.

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