CHAPITRE XVII
C'est l'été. Comme dit le psalmiste : « Les cieux racontent la gloire du Dieu fort.... Il a posé en eux un pavillon pour le soleil.... Son départ est de l'un des bouts des cieux, et son tour se fait sur l'un et l'autre bout, et il n'y a rien qui puisse se mettre à couvert de sa chaleur*. »
Le mois de juin vient de finir, et avec lui les derniers foins sont récoltés à la plaine. Les froments se chargent d'un grain laiteux, qui bientôt prendra de la consistance et fera courber les épis dorés. Dans les vergers, les cerises sont mûres^ et les fruits d'automne se montrent déjà, çà et là, dans le feuillage épais qui les abrite et les tient au frais. Au plus haut des airs, l'aigle du Jura plane en silence, comme s'il se nourrissait de lumière.
* Ps. XIX.
A la montagne, les troupeaux braftnent de bonheur et de liberté. La vie coule partout, pleine, débordante. De l'aube à la nuit, le cultivateur est à son travail. Il a quitté sa maison à l'heure où se forme la rosée; il y rentre au moment où tombe le serein. Les jours sont les plus grands de Tannée. Honte à qui dort trop longtemps ! Le vieillard et Fenfant, pour lesquels le long sommeil est un bienfait, sont debout de grand matin, comme l'ouvrier au fort de la vie, qui secoue ses paupières dès les premières lueurs de l'aurore. Dans les villes populeuses, la chaleur est accablante. Le miroitement des maisons irrite les nerfs, fatigue la vue. On arrose abondamment le pavé des rues ; on essaie de noyer la poussière des chemins dans les faubourgs. Les stores se déroulent devant les fenêtres, pour amortir l'intensité des rayons du soleil. Dans les cours intérieures, dans les passages sombres, les pierres suintent l'humidité qu'elles pompent dans un sol où passent de profonds égoùts. — Le citadin qui possède une grosse bourse, le professeur en vacances, le négociant qui peut abandonner ses affaires pour une semaine ou deux, partent pour la montagne. Les dames riches, un peu maladives ou fantasques, se rendent aux eaux. Chacun s'en va selon ses désirs, excepté le pauvre, le misérable, l'homme du devoir, riche ou non, attaché à un labeur qui ne souffre aucune absence volontaire.
Très positivement, les cultivateurs sont, à cet égard, beaucoup mieux partagés que les habitants des villes. Mais ils ont aussi leurs ennuis, leurs craintes. Il y a