‹ Un fils uniqueChapitre 91 sur 185 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

que M°^® Deverne a loué la maison de Sophi-e Arnaut, et qu'elle arrive aujourd'hui avec sa fille, pour y passer quelque temps. Es-tu satisfait?

— Est-ce que Sophie vient aussi avec elles?

— Sans doute; ces dames auront leur ménage.

— Et ça durera, combien?

— Six semaines, peut-être deux mois.

— En ce cas, on verra Sophie. J'aurais voulu qu'elle vînt chez nous pour y remplacer Josette, qui part le premier d'août. Nous n'avons encore personne.

— C'est pour plaisanter que tu parles d'engager Sophie Arnaut? votre maison n'est pas ce qu'il lui faut.

— Et pourquoi pas?

— Elle y serait trop fatiguée; et d'ailleurs elle ne pourrait avoir une meilleure place que la sienne actuelle. Voici la voiture au dernier contour. Adieu.

Barthélémy se dirigea du côté de la maison de Sophie, où sa sœur avait préparé un petit dîner pour les arrivants.

Jusqu'à ce moment, les Lacroix n'avaient point parlé dans le hameau, pas même à Nicolas qui cultivait le jardin de Sophie, du séjour projeté des deux dames. Ils avaient cette précieuse qualité qui consiste à ne pas dire ce qui n'est pas nécessaire, soit sur euxmêmes, soit sur autrui. Les Rock poussaient cette même qualité à un tel excès, qu'elle en devenait un défaut positif. Vous leur auriez arraché la langue, plutôt que de tirer d'un des trois membres de la famille, un mot, un simple mot, qu'ils ne voulaient pas prononcer sur ce qui les concernait. En revanche, ils

tâchaient de se tenir au courant de ce qui intéressait le prochain, soit en bien, soit en mal, et Augustin ne se faisait pas faute d'adresser des questions à ce sujet quand l'occasion était favorable. Sur ce point-là, il s'entendait admirablement avec ses parents. Il est, en effet, des gens qui, sans jamais sortir de chez eux, savent ce qui se passe à deux lieues à la ronde. C'est pour cela que Barthélémy se tint d'abord sur la défensive avec Augustin.

Outre le dîner qu'Evodie avait préparé, les dames trouvèrent la maison bien aérée, de jolis rideaux de mousseline aux fenêtres, tout, enfin, propre et en bon état.

Barthélémy entra les malles, Sophie les paquets et les cartons, pendant que M™® Deverne et sa fille se tenaient sur un des bancs de la galerie. Le soleil n'y venait plus, étant trop élevé et déjà un peu à droite de la maison. Il y faisait agréable. Mademoiselle Elisabeth chantonnait et même sifflait par moment. Elle pouvait siffler toutes sortes d'airs comme un garçon, et, dans un endroit aussi bocager que les Ballandes, elle ne se ferait pas faute d'imiter les oiseaux qui viendraient chanter au jardin. En ce moment, il en vint un que M"^ Deverne trouva de bien mauvais augure, et pourtant ce n'était autre que le pauvre Nicolas. Mais il avait la pipe à la bouche et fumait un tabac donc la forte odeur monta jusqu'à la galerie. Or ]\Ime Deverne n'admettait pas qu'on fumât dans son voisinage, et surtout pas sous ses fenêtres. En outre, Nicolas, vieux asthmatique, avait la respiration ronflante.

Page 1