‹ Un Genevois d'autrefoisChapitre 12 sur 56 · HP · texte numérisé non relu

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monstrations d'amitié. Le pharmacien était déjà en bonnes relations avec les gens d'alentour.

Les jeunes gens voulurent encore, avant de rentrer en ville, faire un pèlerinage à Crevin et revoir les bois où ils s'étaient promenés du temps de leurs fiançailles.

Le soir, il y eut un bal au son du violon pour les servantes et les valets des deux familles.

Et la vie sérieuse commença après un petit voyage instructif à la Verrerie de Forras, en Savoie.

Louise Agasse fut, durant les 27 années de sa vie d'épouse, une très bonne femme. Elle contribua plus que son époux « à augmenter la somme de félicité dont « l'Etre suprême voulut bien les rendre participants ». Bien vite, elle comprit qu'il fallait sacrifier beaucoup de ses goûts à la personnalité si vivante de son mari, et ce ne dut pas être sans souffrir; elle était elle-même une femme de caractère, vive, sensible et enthousiaste. Dans les moments, et ils étaient fréquents, où Henri-Albert voyait s'effondrer ses rêves, s'indignait contre la noire méchanceté des hommes, sa femme était là pour le consoler; elle était là aussi pour l'encourager quand, inspiré par une nouvelle idée, il laissait tout pour commencer

autre chose.

De santé délicate, M^^ Gosse dut faire l'année suivante un séjour prolongé à la campagne. Elle alla à Crevin, où la famille de son frère passait l'été. On y menait une vie douce et gaie, les parents, les amis de Genève y venaient facilement en chars à banc; le pharmacien arrivait le scm.cdi soir et retournait à la ville le lundi matin.

Chaque jour, M'"^ Gosse écrivait à son mari et lui racontait les menus événements de la veille, les promenades au pied du Salève avec sa nièce Louise-Etiennette, à la recherche de plantes pouvant servir à la pharmacie, les visites aux pauvres gens du voisinage. Souvent Laurent Agasse les rejoignait, ayant toujours sur ses talons sa fidèle chienne; on goûtait sur l'herbe, le jeune homme faisait des croquis.

Le curé de Bossey, grand ami de la famille, montait souvent à Crevin. Il venait faire, le soir, une partie de cartes, ou bien tout le monde confectionnait des capsules pour Tapothicairerie, qui commençait à être fort bien achalandée; le curé découpait les petits papiers, les autres pliaient. On chantait, on riait de tout!

Ce curé recevait souvent à sa cure ; les propriétaires des alentours prisaient sa compagnie.

Madame Gosse, de nature enjouée, aimait le monde ou plutôt les sociétés où l'on causait avec agrément.

« Hier, écrit-elle à son mari, je fus trois fois à Bossey, même à vêpres pour ne point perdre toutes les bonnes occasions qui se présentent. Aujourd'hui nombreuse compagnie de curés. Placée à table à côté de M. l'archi prêtre de CoUonges sous Salève, homme âgé mais très aimable, je fus bien dédommagée de la longueur du repas. Nous avons formé une partie pour Monnetier, avec les plus aimables curés pour jeudi. Nous aurons peut être celui qui a fait la conquête de papa, qui habite Carouge.... - > ... « Hier jeudi, nous mîmes à exécution la partie de Monnetier, mais sansi les curés de Carouge, qui trop occupés ne pouvoient se rendre à nos désirs. Rien de plus obligeant que la réception de M. le Curé que nous

trouvâmes chez la Laurence où il ne nous permit pas de nous reposer; il ne me connut pas d'abord ainsi que Laurence, mais dès qu'on eût nommé M"^^ Gosse, le Curé me prit par le bras en faisant une exclamation î

« Comment, c'est vous? et m'entraîna dans sa maison en me disant que c'étoit un titre trop intéressant pour lui pour me perdre un instant de vue. Laurence me couroit après en criant : « Madame Gosse ! et la poure Madame Gosse, que je vous embrasse. Et ce poure Mons Gosse quefat-il ? Jamais de meilleur hojiujie, n'est-ce pas ? Eh mon Dieu quand viendra-t-il?

Puis les filles : « Ah! je connois bien sa boutique elle est grande, mais grande, dites, grande comme votre cuisine. » Elle ne pouvoit le croire, nous parlions tous en même temps et le bon curé fut obligé de faire faire silence disant à la Laurence : Fais notre goûté et viens le manger avec nous : Croûtes dorées, omelette, excellent beurre, fromage, tomme et bonbons de toutes espèces, mais surtout nombre de bouteilles qu'il fallut boire au risque de ne pouvoir se tenir sur ses jambes.

.... « Le Curé vouloit nous coucher et sembloit ne pouvoir assez ajouter aux caresses qu'il nous faisoit. Il me fit promettre de venir avec toi dès que tu aurois un dimanche de libre et garda ma canne en otage quoique je l'assurasse qu'elle appartenait à Monsieur le Curé de Bossey qui étoit avec nous. Il me dit que cela ne faisoit rien qu'il m'en donneroit une autre pour descendre. Il fallut lui obéir, à mon grand regret la canne est restée....

« L'on commença à visiter Monnetier, et ce même jour il y avoit eu le gouverneur du Prince Edouard, celui qui aime la botanique, mais obligé d'assister au diné du Prince il repartit pour la ville le matin môme. »

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