CHAPITRE XIII
La Poterie des Pâquis.
Cependant, la République genevoise venait de passer quelques années de calme sous le régime aristocratique. Le commerce, de nouveau était prospère, quand, en 1789, l'hiver étant d'une rigueur extrême, la question du prix du pain amena une émeute. Le Conseil militaire intervint. A Saint-Gervais. on éleva des barricades, et, comme une révolution populaire était à craindre, le Gouvernement se décida à demander Fappui de la bourgeoisie. Tout rentra bientôt dans l'ordre. En retour, le Conseil dut accéder aux revendications de la bourgeoisie, qui réclamait, avec quelques réformes politiques, le rappel des exilés de 1782, la réintégration des bourgeois qui avaient refusé le serment, la suppression du Conseil militaire, le rétablissement de la milice et des cercles, l'admission à la bourgeoisie des Natifs de la 4"^^ génération et la réduction des impôts sur la viande et le vin.
Le 10 février 1789, on proclama YEdit dit de Réconciliation, le Conseil ayant accepté sans délibérer et presque à l'unanimité les réformes demandées. Ce fut un jour.de joie, les cloches sonnèrent encore et à la sortie du Conseil général, les Magistrats, proclamés « pères du peuple » et enchaînés de fleurs, furent reconduits de
la Cathédrale à l'Hôtel de Ville par les jeunes gens de S^-Gervais, vêtus d'habits écarlate.^
Les cercles furent rouverts, il y eut des repas publics où l'on chanta en l'honneur des Magistrats des chansons comme celle-ci :
« Lustucru, mon cher compère Cher compère l'eusses-tu cru?
Voilà Des Arts populaire, Luliin soupe à Chevelu!
Un Syndic trinque à plein verre A la Cloche, à rimprévu Ah! l'eusses-lu cru, compère?
Compère l'eusses-tu cru?
Célébrons cette journée,
Vive le Dix février!
Que dans ce jour chaque année
Nous puissions nous écrier :
Tout Genevois est mon frère,
Et je i'avois méconnu!
Ah ! l'eusses-tu cru, compère.
Compère l'eusses-tu cru ? »
La lettre par laquelle Henri-Albert avait informé les Roland des changements heureux survenus dans sa vie fut perdue.
En mai 1789, son amie inquiète de n'avoir pas de nouvelles de lui, écrit :
^ Une estampe en couleur, de Geissler, qui parut à la fin de 1789, représente la sortie du Conseil Général le 10 février, au moment où les Magistrats sont reconduits à l'Hôtel de Ville au milieu des acclamations populaires.
M"*^ Roland à Gosse.
« Le 8 mai 1789.
« Qu'êtes-voLis donc devenu ? Notre bon et ancien ami ? Il y a des siècles que vous ne nous avés donné signe de vie. Nous ne savons que penser de votre sort, je n'ose pas dire, de vous, car, quelque soyent les liens que vous ayés pu former, quelles que soyent les affaires dont vous vous trouviés chargé, je ne puis croire que vous soyés devenu capable d'oublier vos amis et insouciant de ce qui les concerne.
« souvent occupés de vous, nous avons doublement pris part à la dernière révolution de votre patrie et nous voudrions savoir quels effets en ont résulté pour vous particulièrement.
« Etes-vous fixé irrévocablement ? étes-vous tranquille et satisfait? Combien nous le souhaitons ! combien il nous feroit plaisir d'en recevoir l'assurance ! Nous aurions mille tfhoses à vous dire ; mais étes-vous disposé à les entendre ? étes-vous à Genève. Vos projets, vos maladies, les événemens... tout nous laisse dans une incertitude cruelle dont vous devriez bien nous tirer.
« Nous venons de nous entretenir de vous avec le digne abbé Turles ' de Fréjus. Nous étions en correspondance avec lui, depuis quelques années, sans croire nous être jamais vus; il est venu, en allant à Paris, où il s'achemine présentement, passer quelques jours à notre campagne et nos visages ont fait connaissance. Nous avons découvert, avec plaisir, que nous nous connaissions et aimions également ; et que nous nous étions
' Supérieur du Séminaire de Fréjus.
aussi rencontrés au jardin du roi. il doit revenir, peutctre avec notre ami Lanthenas, au mois de yb''^ prochain ; vous sériés bien aimable de vous réunir aussi à de braves gens qui vous chérissent.
« Dites-nous donc si vous êtes mort ou en vie ; je vous évoque du sein des ombres ou du silence, au nom puissant de l'amitié. Faites-nous savoir où vous habités et si vous tenés encore quelque compte de vos vieux amis. Sinon, je vous livre aux remords de la néglii,^ence et de la froideur dont vous sériés coupable et je les conjure pour vous tourmenter.
« Nous sommes dans une grande crise politique ; mais je ne veux entamer aucune conversation avec vous avant de savoir si vous m'entendes.
« Nos santés se soutiennent; le travail ne nous manque jamais, comme vous savés, et nous le diversifions par les soins ruraux de la campagne, où nous passons une grande partie de l'année.
« x\dieu ; salut et joye à L'ami ; indulgence et pardon au paresseux; écrivés-nous et nous vous aimerons toujours.
« Ph. Delaplatière. »
\jme Roland à Gosse.
« Le 8 Aoust 178g.
« Pour reprendre les choses avec ordre, notre digne et bon ami, je dois vous assurer que je n'ai laissé aucune de vos lettres sans réponse et qu'il faut que celle de 1788 dont vous me parlés ne me soit pas parvenue. Quant à votre dernière de la fin de mai passé, elle m*est arrivée dans des circonstances bien tristes; les plus cruelles certainement où je me sois encore trouvée.
« J'ai eu mon mari, mon ami, tout ce que j'ai de plus "cher au monde, tout ce qui y fait ma joye et mon bonheur, je l'ai eu entre la vie et la mort durant vini^t-et-un jours, il y en a, maintenant, soixante-quinze qu'il est au Lit, sans pouvoir encore mettre le pié à terre. Une fièvre putride-bilieuse, l'a réduit dans le plus pitoyable état; il a été, particulièrement durant les onze premiers jours, dans un danger si imminent qu'on en attendoit plus que le dernier souffle d'une heure à l'autre, je ne vous entretiendrai pas de mes affreuses douleurs ; celles-là ne s'expriment point et elles m'ont laissé une impression de tristesse que j'ai peine à surmonter, il m'est rendu cependant ce cher et inestimable ami; j'en crois à peine m.on bonheur, je n'ose le goûter et je demeure avec ce sentiment de crainte que laisse toujour l'épreuve des grands dangers. Les vessicatoires réappliqués jusqu'à trois fois, ont laissé aux jambes des playes si difficiles à guérir, qu'on ne peut entrevoir encore quand il pourra marcher.
« Notre chère Eudora se porte bien ; elle n'est pas avec nous dans ce moment, elle y sera bientôt ; mais il était mieux qu'elle en fut éloignée durant le terrible espace de la maladie de son Père.
« Mais parlons de vous dont j'apprends avec grand plaisir l'établissement ; nous pouvons espérer que vol:s serés retenu dans nos contrées par les liens que vous y avés formés et j'aime bien à voir que nous n'aurons plus à craindre de vous perdre.
« je ne puis que vous exprimer nos vœux pour votre bonheur et tout ce qui peut concourir à l'opérer. Faites agréer mille choses empressées à votre chère Epouse; assurément une personne qui vous tient d'aussi près ne
peut que partager les sentimens que vous ont voués vos vrais amis.
« il paroît donc que chez vous comme ici, le Mo7istre aristocratique pousse toujours quelqu'une de ses têtes ; vous voyés pourtant que nous commençons à l'attaquer ouvertement, j'espère que vous n'appellerés plus mes braves concitoyens des badauds et que leurs actes de vigueur vous auront tait voir que nous commençons à nous rendre digne de la Liberté? il y a toujours beaucoup de fermentation partout. Les habitans des paroisses des campagnes pillent ou brûlent, ça et là, quelques châteaux : les Aristocrates en font grand bruit: dans le fait, il n'y a pas grand mal. et quand les châteaux dont le Luxe a tant insulté à la misère du peuple seroient détruits par ce peuple las d'un joug porté durant des siècleÈ, je ne vois pas qu'il y eut à gémir pour la chose publique^ tel fâcheux que cela puisse être pour quelques particuliers.
« chacun se réfugie dans les villes; on nous invite fort à faire de même ; mais nous restons à la campagne où nous nous trouvons, d'où mon ami ne pourroit être aisément transporté, et où, n'ayant chagriné personne, nous comptons pouvoir demeurer en paix.
« Donnés-nous donc quelque fois de vos nouvelles ; les rapports d'utilité particulière ne sont pas les seuls qui lient les honnêtes gens. Nous serons toujours fort empressés de. vous compter au nombre de nos amis et d'être informés de ce qui vous concerne, j'imagine que vous prenés un égal intérêt à ce qui nous touche, je vous ai dit, je crois, que nous avions eu à la campagne un
* Souligné par L. Bosc, voir note page 121.
bon enfant, l'abbé Turles, qui vous a connu autrefois à Paris et qui nous a parlé de vous avec un singulier intérêt.
« Adieu, puissiés-vous prospérer comme je vous le souhaite et goûter toutes les douceurs que mérite un homme digne de ce nom, un bon citoyen, un sage époux, un savant estimable et un véritable ami! Nous vous embrassons cordialement.
« PhLIPON DELAPLATIh:RE. »
Madame Gosse étant entrée en rapports épistolaires avec lamie de son mari, celle-ci lui répond :
M"^^ Roland à M"^^ Gosse.
« De Lyon le 19 H^^^ 1789.
« Ce n'est point à notre ami, c'est à vous, Madame, que je m'adresse particulièrement, aujourd'hui ; à vous qui m'avez fait l'honneur de me prévenir par une Lettre charmante que, dans des circonstances plus heureuses, je n'aurois pas laissé aussi longtemps sans réponse, je l'ai reçue avec autant de reconnaissance que de sensibilité ; la politesse de votre esprit et l'agrément de vos expressions, en justifiant si bien le goût et le choix de M*" Gosse, sont autant d'attraits pour votre correspondance; je vous aurois témoigné plutôt ce qu'ils m'inspirent et mon empressement à cultiver l'amitié que vous voulés bien m'offrir, si je n'eusse été entièrement absorbée parles sollicitudes et les craintes, compagnes nécessaires des longues souffrances de mon mari, il est encore au Ljt ; voilà cinq mois entiers d'épreuves et de douleur§. Le médecin et le chirurgien ordinaires, désespé-
rant de faire changer l'état de ses playes, ont désiré que nous vinssions dans cette ville recueillir encore d'autres avis que les Leurs, ify a déjà plus d'un mois qu'en conséquence nous avons quitté la Campagne ; j'avais inutilement fait chercher une Litière fermée; il a fallu s'arranger le moins mal possible dans un bon carosse qui a doucement transporté mon cher malade.
« Quelques changemens dans le traitement des playes, plus d'espérance et de distractions ont produit enfin des améliorations; leurs gradations successives nous approchent de la guérison. je compte maintenant que sous peu j'aurai le Bonheur de voir mon digne ami rendu à la santé et capable de faire quelqu'exercice propre à le fortifier.
« Cette maladie cruelle par son intensité, par ses longues suites ne nous a pas laissé jouir cette année des plaisirs de la campagne dont nous n'avons guère senti que les pertes. La rigueur de l'hyver a fait mourrir une partie de nos vignes ; Li récolte de celles qui ont résisté a été ravagée, presque détruite par les grêles. Des réparations entassées, peu surveillées durant les dangers de la maladie n'ont pu soutenir des mauvais tems extraordinaires ; de grandes parties de murs sont tombées; j'ai eu le chagrin de perdre, de mon côté, mon propre père et le frère de ma mère; enfin, nous avons durement vérifié le proverbe qui dit qu'un mal ne vient jamais seul et nous avons essuyé une infinité de misères.
« Cependant, nous n'avons jamais redouté et nous n'avions effectivement rien à craindre des troubles des mécontentemens particuliers qui ont menacé tant d'habitans des châteaux et même des maisons bourgeoises ; et lorsque tant de gens fuyoient dans les villes nous
sommes tranquillement demeurés à la campagne où nous n'avons que de bons voisins parce que nous n'avons jamais dominé ni vexé personne.
« je crois qu'enfin la grande secousse politique qui vient d'agiter Paris, d'appeller le Roi dans ses murs et d'y fixer l'Assemblée nationale, sera la dernière;
« il est impossible actuellement que la révolution ne s'achève pas ; la circulation des Lumières depuis un an a été rapide et prodigieuse ; la nation prend un caractère, le peuple sent sa force, des hommes de bien veulent la Liberté; elle s'établira, malgré les frémissemens les cris et les efforts du nombre d'intéressés aux abus de l'ancien régime. Le despotisme et l'aristocratie doivent trembler par toute l'Europe, que notre exemple ébranlera et votre petite République doit gagner à ce changement.
« Aussi, dit-on, que nos écrits et nos pamphlets sont interdits, en Piémont, dans le Milanois, etc., dont les gouvernemens craignent d'être éclairés de trop près. Le nom français devient glorieux à porter et le bien l'opérera, quoiqu'en puissent dire les fugitifs qui innondent le pays étranger voisin de nos frontières.
« j'ai reçu la dernière lettre de notre ami ; agrées ensemble nos vœux ardens pour votre entière prospérité ; donnés-nous de vos nouvelles: l'union des L^ens de bien est le plus doux lien qui existe sur la terre; nous vous saluons et embrassons affectueusement, avec la franchise et le sans façon de la bonne amitié.
Ph. D. L. p. »
En Août 1789, Gosse fut nommé membre Correspondant de l'Académie des Sciences. (*)
Il fut très actif cette année-là ; à côté de sa pharmacie, il s'occupa du lancement d'un nouveau produit chimique, les eaux minérales artificielles, et de la création, avec son ami Marc-Auguste Pictet, d'une fabrique de poterie.
L'idée première de cette poterie semble lui avoir été suggérée par ses relations avec M. Exchaquet, directeur des Fonderies du Haut-Faucigny. C. Exchaquet. dont Gosse avait fait la connaissance dans ses courses aux Glacières, était un homme savant qui connaissait tous les gisements géologiques de la Savoie. Il demeurait à Servoz. Tout en surveillant ses ouvriers, il s'occupait d'expériences sur la combustion aux différentes altitudes, et faisait des reliefs des Alpes.
Toujours fécond en idées extraordinaires et impressionné par le succès qu'obtenaient les automates de .laquet-Droz exhibés à l'étranger, notre pharmacien proposa à Exchaquet de lui confier, à lui Gosse, un de ses reliefs pour le faire voir aux Parisiens; il l'engageait à y joindre un chamois et un bouquetin empaillés, et à faire accompagner le tout par deux Albinos habitants de Chamonix. Il était sûr, disait-il à son correspondant, par des calculs qu'il avait faits sur ce projet, qu'ils retireraient tous deux une bonne somme d'argent.
M. Exchaquet remit à plus tard la réalisation de cette idée, il était alors occupé à confectionner, sur une très grande échelle, un relief du Mont-Blanc destiné à la Cour de Turin.
(*) Voir Pièces Annexes VU! et IX,
En 1788, Gosse, installant sa pharmacie, s'adresse à Exchaquet, le priant de lui fournir des détritus de chiste pour en retirer du sel catharrique. En même temps, il lui demande des indications sur les mélanges et les proportions des terres dont il se sert pour ses creusets, et où et à qui s'adresser pour l'argile.
Le Directeur des fonderies du Faucigny répond longuement, donnant des explications détaillées sur la manière de préparer les creusets et autres vases devant supporter une haute température.
Gosse parle de tout cela au professeur iMarc-Auguste Pictet, qui depuis 1786 avait remplacé de Saussure à l'Académie, et le chargeait souvent de préparations chimiques pour son cours. Ensemble ils décident de tenter quelque chose, de créer une fabrique nouvelle de poterie pouvant supporter le feu. Il ne s'agissait pas d'oeuvres artistiques, comme celles de la fabrique de Nyon ou celles de Wedgwood^ dont leur ami Prévost, qui l'avait visitée, chantait les merveilles, mais d'une création purement utilitaire.
Une fabrique de porcelaine, fondée par F. Muller et Mulhauser en 1787, aux Pàquis, n'avait pas réussi. Muller, qui possédait tous les secrets de la fabrication, pour avoir été un des créateurs de la fabrique de Nyon, s'était enfui trois mois après l'ouverture de celle des Pàquis, laissant, bien empêché, son associé qui n'avait été jusque-là que perruquier, négociant en parfumerie et dépositaire des porcelaines de Nyon.
* Lire dans \q Journal de Genève du 20 fév. 1790 l'intéressant article de Prévost sur l'Etruria, la fabrique de poterie de Wedgwood.
C'est à reprendre cet établissement en déconfiture que songeaient Gosse et Pictet. Le 22 juin 1788, une Société fut constituée par acte, sous seing privé, entre Pierre Verni Devillars, Anglais, d'une part, Sp^ Marc-Auguste Pictet, professeur en philosophie, Charles Pictet son frère et Henri-Albert Gosse, maître en pharmacie, pour une fabrique de poterie en terre de pipe et autres objets. Le 2 juillet de la même année, ils louaient la poterie des Pâquis, située près de la fabrique d'indiennes des Fazy, et le travail d'organisation commença.
Le 17 mai 1789, Devillars s'enfuit à son tour. On n'a pas de renseignements sur cet Anglais, mais tout fait croire que c'était un des anciens employés de Muller et Mulhauser, qui possédait aussi certains secrets de la fabrication de la porcelaine.
Comme il avait emporté la clef de son appartement, ses associés durent s'adresser à la justice pour le faire ouvrir par un serrurier et procéder à l'inventaire du mobilier dont la propriété leur était reconnue par la scripte de la Société. Cet inventaire eut lieu en présence du Sieur Jacob Binet (le beau-frère de Gosse), inspecteur de la fabrique.
Le i5 juin 1789 M. -A. Pictet, H. -A. Gosse et M. Henri Boissier se substituent à Devillars et C^ dans la location de l'immeuble des Pâquis, qu'ils achètent en 1791. En août 1792, ils louent une partie de la dite propriété au Cercle de la Cloche ^
Après rétablissement d'un four d'un nouveau modèle, les expériences se succèdent aux Pâquis. Exchaquet
^ Ces détails proviennent de la copie des actes, qu'a bien voulu nous communiquer M. Albert Choisy.
expérimente de son côté, à Servoz, les terres qu'il conseille à ses correspondants, et le safre (oxyde bleu de cobalt), qui doit servir pour les couvertes. Il vient à Genève pour assister aux opérations.
Les billets échangés entre lesco-potiers, les Configules, comme Gosse et Pictet se nomment entre eux, montrent combien leur tenait à cœur la réussite de chaque essai. (*)
En juin 1792, après un lancement de réclame, commença la vente des poteries. Les associés avaient pris une boutique en ville, c'était à la rue de la Cité. Pictet donne des ordres pour que la montre de devant soit simple et très bonne, et que l'écriteau porte ces mots :
Magasin de Poteî'ie getievoise
insistant pour que le mot de poterie soit au singulier.
Serait-ce peut-être de cette fabrique, dont l'activité dura de 1789 à 1796, que sortirent plusieurs échantillons de poterie genevoise, dont on ne retrouve pas l'origine ? On ne peut malheureusement, dans la correspondance échangée entre les intéressés, se rendre compte de maint détail qui éclaircirait la question : les formes ^ la décoration, les marques. Quant à la couleur. Gosse parle quelque part de poteries blanches et, ailleurs d'une couverte d'un bleu magnifique, qui peut soutenir la comparaison avec les produits anglais.
L'année 1794 et celles qui suivirent furent désastreuses à Genève. Bientôt la fabrique des Pâquis produisant plus qu'elle ne vendait, il fallut renvoyer les ouvriers, liquider
(*) Pièce Annexe X.
* Le mémorandum de Gosse contient cependant quelques croquis.
les affaires et même, un moment, les amis se brouillèrent, la question du règlement des comptes ayant amené des difficultés.
Dans les lettres que le pasteur et naturaliste Wittenbach adresse à Gosse, il est plusieurs fois fait mention des produits de la fabrique de porcelaine des Pâquis, qui, semble-t-il, étaient connus à l'étranger {*).
La fabrication des eaux minérales artificielles, que Gosse avait menée de front avec sa pharmacie et la poterie des Pâquis, était un procédé nouveau, qui consistait à reproduire chimiquement après leur analyse scientifique, des eaux minérales de différentes sources connues. Le succès en fut grand.
Gosse s'associa avec MM^^ s^hweppe et Paul. En 1790, ils pouvaient livrer des eaux de Seltz, de Spa, de Pyrrmont, de Bussang, de Courmayeur, de Vais, de Seidschutz, de Sedlitz. Balaruc, Passy, etc.
Mais bientôt Gosse, auquel son caractère vif et autoritaire ne permettait pas de travailler longtemps avec autrui , se sépara de ses associés qui continuèrent de leur côté à exploiter ce genre de produit.
Il fut alors aidé, dans la fabrication des eaux minérales, par sa femme et par son beau-frère Daniel Agasse. M"^^ Gosse, peu à peu, s'était initiée à tous les travaux de son mari et on la voyait tantôt dans la pharmacie, tantôt au laboratoire. L'aide pharmacien, M. Butté, était un homme capable, et l'apothicairerie de Longemalle restait
(*) Voir Pièce Annexe X bis.
florissante malgré les nombreuses absences de Gosse, toujours occupé de quelque invention nouvelle. A plusieurs reprises, il fît des voyages en Suisse et en France pour le placement de ses eaux minérales, dont l'analyse fut faite à l'Académie des Sciences. Il songea même un moment à quitter Genève pour s'établir en France.
CD