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CHAPITRE XX

Voyage de Gosse et de son fils à Paris, 1797

En avril, nouveau voyage. André n'a que 6 ans, mais, comme il a donné des preuves d'endurance dans le voyage en Suisse, son père décide qu'il l'emmènera avec lui, que cela vaudra mieux pour l'enfant que de passer son temps sur la place avec ses amis du quartier.

M™e Gosse s'inquiète en apprenant la chose, d'autant plus que son mari veut se servir de son char à transformations qu elle ne croit pas solide, qu'il compte emporter un chargement de bouteilles d'eaux minérales et que. pour les conduire, les voyageurs auront une jument nouvellement acquise. M"^^ Dumoulin, les voisins Dubois, la bonne, la tante-marraine, tous s'attristent du départ de l'enfant. Pour André, il est ravi d'être le compagnon de son papa dans un si long vovage, et c'est un petit homme si entendu aux choses pratiques, qu'il en remontrera plus d'une fois à son Mentor.

Pour consoler sa femme pendant cette absence, qui durera deux mois et demi. Gosse lui écrit souvent :

« Du 3 avril 1797.

« Les premiers momens de notre voyage ont été employés à réfléchir sur les événemens de notre avant départ; André pensoit aux inquiétudes de sa mère, de sa bonne Louise et de sa chère Dubois, puis nous nous sommes occupés du baptême de notre bonne directrice, et après un long débat, nous avons cru qu'un nom qui nous est cher devoit lui être imposé, et déjà elle paroitse complaire à ce cher nom de Lisette, elle nous a paru même être fière de le porter.

« A la Pierrière, nous fûmes indignement visités et mes 4 livres de chocolat m'y ont coûté 4 L. 6. Mes eaux minérales factices ont inquiété infiniment Messieurs les Gapians; ils m'ont demandé avec une espèce de dépit quel étoit cet animal que j'appelai « air fixe », et que je disois être introduit dans l'eau. Après beaucoup de peine j ai pu les convaincre que ces eaux n'étoient pas médicinales et qu'en conséquence elles ne dévoient rien... »

Arrêt à Bursinel chez des amis, à Yverdon où Gosse a le regret de ne pas trouver M. de Félice, à Boudry où l'on dîne chez M^^^ Grellet que notre pharmacien avait autrefois guérie d'un chancre au nez.

Tandis que son père écrit sa lettre quotidienne, André surveille si l'on traite bien Lisette. Et l'on prend la route du Locle, et chemin faisant le père enseigne la géographie à son fils.

Persuadé que la Providence l'accompagne dans toutes ses actions, Gosse s'en remet à elle pour savoir s'il poursuivra son voyage jusqu'à Paris. Ce n'est pas sans peine

que les voyageurs atteignent le Locle, où une bonne réception les attend chez les cousins Courvoisier.

Le i3 avril ils arrivent à Besançon, et Gosse déplore que des Genevois y aient établi une fabrique d'horlogerie, qui fait grandement tort à la fabrique genevoise. Les vivres sont, dans cette ville, d'un bon marché excessif : le beau pain revient à « 2 sols 6 deniers la livre ; la bonne viande, 6 sols ; les trente livres de pommes de terre, trente sols ; les 40 livres de farine de blé de Turquie, 3 livres de France. » Ce qu'il ne raconte pas à sa femme, c'est qu'il a perdu son portefeuille contenant son passe-port et qu'il a eu bien des difficultés pour obtenir un laisser-passer jusqu'à Paris.

Tj'ès bonne amie,

« De la Maison-Neuve, 17 avril.

« Nous sommes arrivés ce soir ici bien portans et je compte que nous serons à Paris vendredi prochain dans la journée, car nous faisons des journées pour le moins de 1 1 heures.

« Du Locle nous sommes couchés à Fuent. De Fuent à Besançon. De Besançon où j'ai resté un jour je suis arrivé à Campan à une lieue plus loin que Dole. De Campan nous avons couché à La Cude à 3 lieues de Dijon où nous avons encore trouvé des voleurs. De La Cude nous sommes arrivés fort agréablement dans la compagnie d'un fermier de ce pays, à une bonne auberge de la Maison-Neuve à 4 lieues de Vitaux.

« Nous commençons à connaître la vraie marche à suivre pour les voyages avec voiture. Je ne pourrai dépen-

ser un écu neuf par jour pour ton André, moi et la Lisette et cependant nous sommes tous les trois bien nourris.

« Notre cher André m'est d'une excellente compagnie, il a des yeux de lynx, découvre des plantes et des pétrifications intéressantes le long du chemin; il est fort obéissant et ne me donne aucun désagrément. Les culottes s'usent un peu, heureusement que j'ai des morceaux pour les faire raccommoder. Ses bas ne se salissent pas mal, car il marche souvent dans les montées, quand le soleil n'est pas ardent. Je suis de même excessivement satisfait de notre Lisette, elle a bien parfois quelques petites fantaisies de demoiselle, mais elle n'est pas opiniâtre et un bon raisonnement la remet vite à son devoir. »

Dans une lettre du 17 avril, madame Gosse, quoique navrée de savoir que son mari poursuit son idée d'un voyage jusqu'à Paris, tâche de prendre son parti de l'éloignement de l'enfant, mais elle souffre à la pensée de tous les dangers que courent les voyageurs. Elle va porter des nouvelles des absents chez les Agasse.

« Ma sœur se met à faire des promenades avec sa fille. Elle est d'une gaîté que je ne lui ai pas vue depuis longtemps. L'espoir de la paix enflamme son imagination et je vois avec plaisir que notre chère nièce est très heureuse ainsi que son frère ^ qui a fait plus d'ouvrage dans cette quinzaine que dans six mois ailleurs; les chiens et les chevaux sont peints par couples et il a fait de superbes études.

... « Mais que dit M"^^ Maréchal de te voir arriver

* J.-L. Agasse.

sans lettre de moi? Fais lui au juste l'histoire extravagante de ton départ, et le peu d'heures que tu m'as donné pour y pourvoir, ainsi que le peu d'instans pour le sacrifice de mon fils. Ce cher enfant n'a que 8 chemises. Lorsque vous les donnerez à blanchir faites attention que 4 sont marquées A Gosse N*' 14, et 4 autres A N^ 12, ce sont des chemises plus fines dont il faut faire usage pendant votre séjour à Paris. Soignez aussi ses bas qui sont l'ouvrage de sa mère et ses mouchoirs de col, toile de Hollande N^ 12; le reste je vous l'abandonne. Ne manquez pas d'aller à quelque spectacle, l'Opéra surtout où la musique plaira à notre cher André, qui doit nécessairement rapporter des souvenirs agréables de ce voyage, mais aussi de la sagesse, de l'obéissance, il coûte si cher à sa trop sensible maman ! »

Gosse à sa femme.

« 4 floréal.

« Ma toute excellente Louise,

« Paris nous a enfin reçus hier au soir à huit heures et demie. Notre André ne se possédoit pas de joie lorsque je lui fis observer qu'il étoit dans l'enceinte de cette grande ville; l'idée d'y voir des éléphans, des lions etc. etc. 1 bccupoit sans cesse. Mais les bàtimens des quartiers où nous avons passé pour venir ce matin chez Maréchal ne lui ont fait aucune sensation, il m'a même dit : « Oh! je croyois que Paris étoit plus beau ! » Il s'en étoit formé je crois, l'idée d'un palais continuel. Il y trouve, dit-il, les mêmes hommes qu'à Genève, seulement un peu plus d'embarras dans les rues. Je le mènerois promener cette après dînée au Jardin National, j'es-

père que cette rue lui sera agréable. J'ai été on ne peut plus content de ce cher enfant pendant toute ma route et j'en a vois un vrai besoin. Pour ne pas le fatiguer, je ne suis jamais parti plus tôt qu'à 6 heures et demie du matin et je l'ai presque toujours couché à 7 heures et demie, après l'avoir nourri ou de laitage ou de bonnes soupes au bouillon....

« Nous avons été pour voir la ménagerie, mais les éléphans, au grand regret d'André, sont encore en possession des Hollandais qui ne veulent, dit-on pas les abandonner; la lionne même n'a pas été visible, mais les loups, les cigognes, les pétrels, les cerfs, les biches, les boucs et chèvres d'Angora ont été examinés avec ardeur par notre cher André, je compte que demain son plaisir sera plus complet.

... « Puisque tu aimes les nouvelles politiques, tu sauras que le général Buonaparte vient d'écrire au Directoire qu'il y a une armistice entre les deux armées, afin de travailler, dit-il, sans relâche à l'accélération de la paix. Cependant le Citoyen Lareveillère Lépeaux, dit hier au soir chez Thouin, que le général Hoche avoit remporté une victoire sur les Autrichiens, que 4000 h. avoient été fait prisonniers, que le plus beau des régimens de hussard avoit été taillé en pièces et qu'on y avoit pris beaucoup de bagages...

« 6 floréal.

... « Conversé avec Fourcroy sur mes affaires, il trouva que l'établissement d'un établissement pharmaceutique pouvoit me devenir plus avantageux à Paris qu'à Lyon, si toutefois je me restreignois à cette seule occupation. Il s'occupera incessamment de l'analyse des eaux. Je fus conduit par lui avec André à une séance de chimie où le

cher enfant ne s'amusa pas plus qu'il ne falloit. Je fus reçu à cette séance avec une considération particulière, mais j'avois mon habit neuf! »

l^me Qosse à son mari.

« Genève 2 mai 1797.

... « C'est à cet instant qu'on vient de faire une publication très solennelle pour annoncer la ratification de la paix par le Directoire; l'on tire le canon et l'on se prépare à fêter demain cette bienheureuse paix. En vérité il me semble dans ce moment qu'il ne doit plus exister de tribulations parmi nous et que tous les coeurs doivent s'unir pour se pardonner. J'aurois désiré qu'on eût entonné l'hymne de la paix dans les églises en rendant grâce à l'Etre Suprême de ce bienfait, mais on est si irréligieux qu'on paroit n'avoir plus besoin de la divinité. Je suis enchantée que notre fils puisse citer cette époque mémorable dans le cours de sa vie, car je crois qu'il ne l'oubliera pas et qu'il en sera frappé. Il a si souvent entendu désirer la paix qu'il en sentira le prix. Je suppose qu'il y a aura illumination et repas républicains. J'aimerais bien lorgner notre enfant du coin de ma fenêtre; je pense que tu entreras dans les détails pour me faire participer en quelque sorte à vos plaisirs. Ton habit neuf va bien jouer son rôle....

« Je me console de la pluie en pensant que votre char vous sert de grand parapluie dans cette ville immense. Il me semble qu'on doit regarder ce nouvel équipage avec curiosité; passe pour quelques vivres, pourvu qu'on ne vous verse pas....

... « La fête genevoise a duré jusqu'à aujourd'hui. On

tire par les fenêtres sur les passans, et même il y a eu des bals-parties à plusieurs endroits. M^ Jurine m'a dit qu'on lui avoit tiré un canon assez gros dont toute la poudre et le papier étoit tombé sur son habit....

« Je voudrois bien trouver l'annonce de la paix dans ta première lettre, mais s'il est vrai que le général Buonaparte ait plein pouvoir, nous serons informé ici avant Paris même. J'entends encore dans ce moment le bruit de la musique qui accompagne les membres d'un cercle qui viennent de fêter la paix, aussi s'étonne-t-on ici de l'indifférence des Parisiens... »

Henri-Albert donne à sa femme des détails sur la maison de la rue Vaugirard, où ils n'ont pas été s'installer parce que les enfants du locataire ont la coqueluche. Il voit avec ennui que la culotte d'André s'use et que ses souliers s'éculent. Il lit un mémoire à la Société de médecine, et, pas un instant ne néglige l'éducation de son fils ; l'enfant lui fait lecture des idylles de Gessner.

... « Le Directoire a annoncé hier au Conseil législatif qu'il a signé les préliminaires de la paix avec l'empereur... L'indépendance de notre pauvre Genève me paroit bien solidifiée par cette paix si désirée; elle n'aura plus besoin que d'avoir sa fabrique d'horlogerie bien vivifiée et un bon traité sur l'immoralité et l'irréligion.

« 20 floréal.

... « En vérité je ne conçois rien à tous ces grands témoignages d'allégresse que vous présentez; ils font

mourir de rire les Parisiens, qui semblent sur cet objet d'une apathie inconcevable. Nulle fête ne se prépare, on ne voit même aucune manifestation de joie populaire.

... « Je ne sais ce que mon pauvre char t'a fait mais tu lui en veux bien, tu lui donnes gratis des maux qu'il n'a point soufferts. La seule fracture qu'il ait eu par sa construction a été celle de Rolle. Celles que j'ai eu à supporter et qui n'ont point été dangereuses provenoient de la qualité aigre d'un montant de mon couvert. Les Parisiens sont encore à savoir comment avec une carriole qui leur paroît si frêle, je puis faire nargue à leurs meilleurs fiacres. Je ne suis aucunement embarrassé dans les rues, nous les parcourons souvent avec la rapidité d'un homme en course... Je crois bien que je laisserai Versailles pour Gosse; ses beautés de jadis sont devenues bien tristes. Je laisserai aussi la fabrique de Potter; son travail m'a paru inférieur à la poterie que nous fabriquions. Le muséum de peinture est encore fermé, mais Champagneux chez lequel nous dînâmes en grande compagnie me promit de nous y faire entrer. Gosse s'ennuyoit beaucoup au Conseil des 5oo. Il a vu l'extérieur du Panthéon, il en verra le dedans. Nous fûmes hier à Chaillot, voir la pompe à feu, à Passy, à Boulogne et à Auteuil avec l'aimable madame Bonin et sa famille. Les eaux de Saint Cloud jouent toujours, mais je n'ai pu y aller et vraisemblablement nous nous en passerons... Je causois l'autre jour avec l'excellent Le Peaux qui, dit-on, n'a pas plu à l'Institut par un discours sur les principes religieux. Je vis l'autre jour avec beaucoup d'intérêt M'" Servan \ il m'a paru être toujours dans ses vrais

^ Ministre de la guerre en 1792.

principes républicains, il m'invita à ne faire aucune démarche dans ce moment auprès des ministres, m'assurant que la plupart alloient être changés. Il me dit de plus que si après les changemens il pouvoit m'étre utile en quelque chose, il m'aideroit de tout son pouvoir....

« Gosse vient de se réveiller il est 8 heures, il n'exprime son amitié pour toi et sa bonne Louise que par des enfantons qui expriment beaucoup, il faut que vous vous en contentiez pour aujourd'hui, car je suis pressé de finir cette lettre devant aller avec les sieurs de Fourcroy et Vauquelin à Sèvres pour y voir le travail des cuirs et de la porcelaine. Ce soir je compte mener Gosse voir Psyché, mais je crains qu'il ne s'y endorme... Il prend une stature qui lui fait donner partout l'âge de 8 à 9 années, nu il a 3 pieds et demi de hauteur....

« J'avois oublié de te dire que Gosse voit avec admiration et en détail le Muséum d'histoire naturelle. Le Palais de l'Egalité ne le frappa pas ; il se contenta de me demander un ballon et un polichinelle. Ses vœux s'il eût eu de l'argent auroient cependant été dirigés vers un achat pour toi, pour sa Louise et sa tante-marraine....

« Pour que je sois en sûreté possesseur de ma petite maison, il faut que je me fasse imposer, ce que Maréchal avoit négligé de faire. J'espère que je ne recevrois aucun désagrément.

« 27 floréal.

... « Lépeaux vient de faire imprimer un discours sur la religion et les mœurs qu'il a prononcé à l'Institut national et qui lui fait ici un grand nombre d'ennemis parce qu'il met en parallèle la religion des Calvinistes

avec celle des catholiques romains et qu'il paroît donner la préférence à la première. En parlant de religion, il vient de s'établir ici une secte qui célèbre deux fois par décade une fête en l'honneur de l'Etre Suprême et en soulagement des hommes, on les appelle les Théophilantropes, je compte aller assister à une de ces cérémonies.

« Il paroît qu'on désire ici parmi les hommes instruits que cette religion simple prenne de l'énergie ; déjà un grand nombre de pères de famille respectables par leur moralité en sont membres. Creuzé de la Touche m'a paru désirer la connaître et la vante d'après ce qu'on lui en a dit....

« Parlons un peu politique puisqu'elle t'intéresse.

« Le fameux Congrès, projeté sans doute par les partisans royalistes, ne paroît devoir exister que dans leurs cerveaux, du moins Creuzé de la Touche se persuade qu'il ne pourra avoir lieu, il n'en conçoit pas même la nécessité. Cependant l'on dit que l'Empereur arme de nouveau, que les Anglois bloquent tous les ports de la France et l'on voit que toutes ces choses ne s'opèrent que pour forcer les François à une composition plus modérée. En vérité je crains bien que toutes ces lenteurs ne tendent à une désorganisation du républicanisme, ce que je crois cependant très difficile d'effectuer à présent...

« J'ai vu hier Micheli qui ne sera en présentation au Directoire que le i^^ décadi du mois prochain, il m'a fait voir la fameuse publication pour fêter la paix et je l'ai montrée à des chefs françois, afin qu'ils puissent juger de notre manière de nous conduire à leur égard.... Je fus avant hier à Versailles; notre fils étoit surtout dans l'admiration de certains tableaux et de certains vases

dont la beauté et l'élégance me charment aussi. Certainement son goût pour le vrai beau se manifeste déjà avec énergie, il s'agira de ne pas le gâter. La galerie de Versailles n'a jamais été aussi ornée qu'elle l'est actuellement; le rassemblement qu'on y a fait de toutes les beautés qui étoient éparses à Versailles, en fait un lieu de délices, aucune statue n'y est mutilée. Les Eaux seules, ne jouant pas, donnent du triste au tableau.... Il est huit heures du matin, notre cher Gosse dort encore. Comme je ne le réveille jamais, il a le temps de se reposer de ses fatigues journalières qui ne sont un peu conséquentes que lorsque j'ai à trotter sur le pavé, la journée de Versailles fut pour lui très pénible. Jamais Genevois n'aura fait autant de bruit dans Paris que je n'en fais depuis l'instant que j'y suis arrivé. Mais hélas le bruit ne vient malheureusement pas de moi et les regards de tous les Parisiens ne sont pas non plus dirigés sur ma seule personne !...

« Je viens d'avoir les visites de M^^ Picot père et fils, De Candolle, Roux-Bordier et Micheli. Je viens de conduire M^'s Picot Père et Micheli au Jardin National, ils en ont été dans l'admiration parce que Desfontaines a bien voulu m'accorder le plaisir de les conduire dans toutes les serres. »

André à sa ?nère.

« bonne et tandre mère je me rejoui de te voire je te chéri à Pari tout autan ca Genève ne soi poin aussi anpaine de ma faineantiz je travalleres beaucoup au près de toi Louise je tés me biene je langi de te voir Bon Butté je tes me aussi. »

Dans une lettre du 3o floréal, Gosse tâche de ranimer le courage abattu de sa femme, il l'exhorte à avoir confiance dans un avenir meilleur, et, comme baume à sa solitude, il lui parle du caractère d'André, dans lequel il voit des qualités précieuses qui feront plus tard leur bonheur à tous les trois. Il lui raconte les premières amours de leur fils : il n'a pu rester insensible, malgré son âge tendre, aux charmes de Sophie Le Camus qui a 7 ans et « une physionomie qui exprime fortement la bonté et la candeur dont sa jeune âme est ornée ». En pédagogue entendu, Gosse voit déjà le parti pratique qu'il pourra tirer de ce sentiment, qui amène une subite rougeur sur le front d'André quand il est en présence de cette jeune personne.

Louise Rey, de Chêne, la servante.

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