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CHAPITRE XXII

La Réunion de Genève à la France, avril 1798

Tandis que son mari se démenait à Paris, M"^^ Gosse, dont le coup d'oeil sur les hommes et sur les choses était plus juste que le sien, ne se dissimulait pas que la mission d'éclairer le Directoire sur la situation des esprits à Genève était difficile.

Depuis longtemps, Desportes ne lui disait rien de bon, malgré les rapports agréables qu'il avait eus précédemment avec Gosse, dont il partageait les goûts pour la nature. Pour ne pas le nommer dans ses lettres, elle l'appelle tantôt la Perruque blonde, tantôt le citoyen Possel. Son amie M"^<^ Dumoulin, de la Grand'Rue où elle habite, tout près du Grand Mézel, surveille ce qui se passe à la Résidence et la tient au courant.

Le départ subit du citoyen Gosse a été très commenté dans la ville. A l'arrivée de chaque courrier, on vient à la pharmacie pour tacher d'apprendre les nouvelles. Mais M"^*^ Gosse, femme prudente, ne dit que ce q«'il faut dire ; elle se défend surtout contre la curiosité toute bienveillante du premier commis, M. Butté «l'esclave de la boutique» comme elle l'appelle, qui ne comprend

pas qu'en lui transmettant les messages d'amitié de son patron, on ne lui lise pas les lettres tout entières.

Dès qu'elle a un moment à elle, elle prend la plume, et, de sa grande écriture penchée, couvre des pages à l'adresse de son mari pour l'avertir de ce qui se passe :

« Genève 6 janvier 1798.

... « Le paradis que tu voudrois pouvoir nous offrir au retour de ta visite au général, me paroit pour le moment impossible, car l'horizon politique se noircit chaque jour davantage et les premiers mouvemens de l'indépendance du Pays de Vaud sont reçus par leurs E. [xcellences] B. [ernoises] avec fermeté ; ils écouteront les demandes et les réclamations qu'exigent les droits qu'ils ont assurés à ses habitans, mais tout individu qui s'annoncera contre le gouvernement ou travailleroit à introduire des troupes étrangères, sera puni de mort dans les 24 heures. Ils continuent avec activité leurs préparatifs de défense et les i5ooo hommes armés, dont le passage est accordé, qui se rendent dans le Département de l'Ain donnent à penser. En conséquence nous nous préparons à de grandes crises et à souffrir beaucoup de maux. Cependant vous pouvez par votre présence parer de plus grands maux encore et nous apporter les armes nécessaires contre les coquins qui nous ayoisinent. Je crois que le nombre s'est grossi par le voisinage de Grenus qui s'est fixé au Pont de Drize près de Troinex. Cependant on dit qu'il vient à Genève. On ne peut se faire l'idée juste des vexations de ces employés et soldats, Carougiens et Chénois, ils réussissent à merveille à faire détester la nation qui les paye et les nourrit... »

... « M. Butté vient de m'apprendre que la Diète helvétique est assemblée à Aarau d'où l'on a envoyé des Députés à Paris pour savoir ce que signifioit la note déplacée que l'envoyé françois à Baie avoit donnée. La réponse qu'ils recevront décidera la paix ou la guerre. Voilà les nouvelles du jour.

« Nous avons le temps le plus doux, la pluie est instantanée et l'on pourroit se croire au mois de mars... »

« 8 janvier 1798.

« J'ai passé l'après midi à prendre les informations nécessaires au départ des truites que tu demandes, mais comme il fait aujourd'hui une bise furibonde, le citoyen Cartier ne sait s'il pourra demain matin aborder le Rhône et je dois me dématiner demain pour savoir s'il y a lieu à l'expédition. S'il y en a deux ce sera celle du général Buonaparte et celle du citoyen Lépeaux, mais s'il n'y en a qu'une ce sera celle de tes amis car il n'est pas possible que le courrier se charge de trois en même tems, et comme l'hiver commence à s'annoncer, le moment est très favorable pour qu'elles arrivent bonnes. J'en ai causé avec le citoyen syndic Dupin que j'ai vu au sujet de cette lettre, et que j'informerois de ce que j'aurois fait pour les habitans de notre Lac... »

« 10 janvier.

« Je reçois dans ce moment, très excellent ami, tes lettres dont le n^ 9 m'est destiné, la seconde est rendue â sa destination. Je dois m'applaudir de n'avoir aucune nouvelle politique à donner, car je suis tourmentée à ce sujet, il est vrai que c'est la cause de tous que vous plaidez et que dans Genève on n'est qu'un cœur et qu'une âme sur cet article... Les troupes qui dans peu de jours

nous avoisineront rendront les comestibles chers et rares...

« Hier je t'expédiois une très belle truite du poids de 23 L, ce fut la seule qu'on pût pincer, car la blancheur de l'eau empêchoit qu'on pût les voir. Je pense demain matin t'en expédier encore deux^.. »

« 14 janvier.

... « Tu recevras aujourd'hui la première truite que j'ai remise au courrier, je pensois qu'elle seroit la plus grosse, mais j'ai été trompée puisque les deux suivantes remises ensemble et de suite ont pesé 25 et 3o L, j'en fus capote, mais elles étoient tuées et on commençoit à les emballer lorsque je fus porter l'adresse, je voudrois que la première fût à tes frais comme je te l'avois conseillé, mais nous verrons à ton retour à arranger cette affaire.

... « Je voudrois beaucoup que tu pus obtenir les médaillons du général et de son épouse en double. Il y a eu une affaire à Rome dans laquelle le frère du général a manqué être tué; Ion dit qu'il s'est sauvé à la faveur du passeport d'un Genevois, je le souhaite, ce seroit un titre de reconnoissance à la nation genevoise... »

« 20 janvier.

... « La lettre au syndic Dupin a été cachetée sans être lue en présence de M"" Butté et d'un autre M^ qui auroient l'un et l'autre bien désiré que j'eusse partagé leur curiosité; mais cette permission m'a servi de prétexte pour leur prouver que la discrétion est une qualité essentielle

1 \jme Gosse, qui, en cela, suivait sans doute la coutume, lavait les truites à l'esprit de vin pour leur durcir la peau et leur permettre de résister au long voyage. Elle remplissait leur bouche de thym et leur mettait force poivre dans les ouïes.

dans la société, et je me suis déclarée très heureuse de n'avoir point de nouvelles à donner, que tu remplissois en cela mes intentions qui étoient que les femmes ne doivent point être comprises dans la politique, et que le secret d'un gouvernement étoit le moyen le plus sûr de réussir dans ses démarches; je pense que ce sera une forte leçon pour M. Butté. Je me suis rendue chez le syndu Dupin à son dîné et lui ai parlé en particulier; il te remercie infiniment de tes lettres, te prie de les continuer et de croire qu'ils agissent avec toute la prudence, et la modération possibles, qu'aujourd'hui les premiers bataillons françois sont passés dans notre ville, avec tout le calme et la décence possible et même de l'amitié; qu'aucun moyen de défiance ne sont mis en vigueur et que ce commencement fait espérer une traversée heureuse; ses grandes occupations l'ont empêché de t écrire, mais il te prie de prendre courage, je sais que vous recevrez un courrier pour vous rappeler, mais votre prudence marchera avec les événemens. Tu as extrêmement soulagé mon cœur et ma plume par l'assurance que mes lettres ne sont point ouvertes, cette crainte est sensible dans ma dernière qui porte l'empreinte de l'insignifiance, mais ta tendresse pour moi en aura interprété les expressions en ma faveur, c'est à dire de la réserve que les circonstances actuelles exigent, car depuis quelques jours je suis sur mes gardes, pour n'être dans la bouche de personne, jVlme Odier ayant manqué de courage et de prudence à l'arrivée d'une lettre de son mari qui lui fut apportée par le courrier extraordinaire du 22 nivôse, ce qui donna l'alarme à toute la ville et donna de l'embarras au gouvernement. Silence auprès de son mari ton compagnon de voyage, car je ne veux point passer pour une bavarde. »

« 22 janvier.

... « Nous avons aussi vu le passage des troupes françoises qui continue encore deux jours; il se fait avec tout le calme et l'ordre le plus rigoureux de la part de leurs officiers; nos majors les vont attendre sur les limites et les accompagnent avec honneur, aussi l'Etat major a-t-il fraternisé avec le nôtre chaque jour après le passage et chacun se fait un devoir de leur faire connoître que nous ne sommes pas si dangereux qu'on se plait à leur faire croire dans le peu d'instans qu'ils passent à Carouge...»

En bonne épouse, M'"^ Gosse avait tu à son mari, pour ne pas trop l'impressionner à distance, le grand danger qu'avait couru leur fils, de périr noyé dans le fossé de Neuve, dit la Grande Mer.

L'hiver était rigoureux et l'eau prise en glace dans les fossés de la ville. Pour l'exploitation de cette glace, dont le revenu était affecté à l'hôpital, on avait établi des espèces de ponts volants au niveau de l'eau.

C'était le i3 janvier, dans le temps que le peuple, au nombre de 3ooo citovens, venait de monter à la Maison de Ville pour présenter aux syndics une adresse relative à l'état de suspicion dans lequel le Résident semblait tenir Genève au sujet des douanes. Les abords de Neuve étaient presque déserts. André et un petit camarade, juchés sur un des ponts volants, s'amusaient à faire ricocher des pierres sur la glace. Tout à coup André glissa du pont, tomba sur la surface luisante

qui se brisa sous son poids et enfonça dans l'eau, qui avait, à cette place, 7 à 8 pieds de profondeur. Quoiqu'il ne sût pas encore nager, il ne perdit pas la tête : tombé à la renverse, il se retourna sur lui-même et saisit le bord de la passerelle. Affolé, son camarade s'était enfui.

Le froid était si vif que Tenfant n'aurait pu se soutenir longtemps dans cette position difficile. Par hasard, une vieille femme qui passait sur le pont-levis de l'avancée, accompagnant une fille à moitié aveugle, vit l'accident; elle se précipita au bas d'un petit escalier qui se trouvait là, courut au pont de planches, saisit l'enfant et le sortit de l'eau après beaucoup de peine. Cependant, à l'émoi de la fille restée abandonnée sur le pont-levis, à l'appel de la bonne vieille, le monde commençait d'accourir. Bientôt André, tout couvert de glaçons, se trouva environné d'une foule sympathique. Modeste autant qu'énergique, la veuve Billod, après avoir remis l'enfant entre les mains d'un père de famille qui l'enveloppa de son manteau, remonta vers la fille à qui elle servait de guide et reprit son chemin. André étonna les assistants par sa présence d'esprit. On lui demanda pourquoi il n'avait pas appelé au secours. Il répondit qu'il aurait été alors oblieé d'ouvrir la bouche et d'avaler de l'eau. On lui demanda encore quelles avaient été ses pensées tandis qu'il était ainsi dans l'eau glacée. Il croyait bien qu'il allait mourir, dit-il, et pensait au chagrin qu'en auraient ses parents, mais en voyant la bonne vieille accourir à son secours, le courage lui était revenu et lui avait donné la force de se retenir à la planche plus longtemps qu'il n'aurait cru.

On juge de l'émotion de M"^^ Gosse et des gens du quartier, quand on vit ramener l'enfant ainsi emmailloté. Le citoyen qui en avait pris soin, s'était enquis de l'adresse de M'"^ Billod. On alla à sa recherche; bientôt elle devint une amie de la famille et fut présentée avec solennité à Gosse, quand il revint de Paris.

La veuve Billod était une héroïne en son genre, comme récrivait Gosse à Creuzé Latouche en lui racontant, un mois plus tard, cette aventure. Elle avait, dans sa vie accidentée, grâce à son activité et à son courage, réussi à sauver trois malheureux des galères, entre autres son fils, condamné par la cour de Turin pour désertion. Elle fit dans une année, à trois reprises, seule et à pied, le voyage de Genève à Turin. Une fois, elle eut les pieds gelés ; une autre fois, elle fut arrêtée par des voleurs que non seulement elle réussit à désarmer par sa parole, mais dont encore elle reçut des secours. Au premier ministre du roi de Sardaigne, qui s'étonnait de ce qu'elle ne se prosternât pas devant lui comme tant de courtisans et de suppliants, elle répondit : « Monseigneur, une Genevoise ne s'agenouille que devant son Dieu ».

Cette belle réponse comblait daise notre pharmacien.

« Hélas, hélas ! continuait-il, écrivant à l'ancien Girondin, quel coup affreux pour Genève, si jamais en lui ôtant son indépendance, on énervoit et dénaturoit le cœur de ses bons habitans, »

11 était rentré dans sa ville au commencement de février et avait trouvé ses compatriotes plongés dans la tristesse, le filet qui les enserrait se faisait de plus en plus

sentir!*). Bientôt il repartait pour Paris, seul cette fois, il voulait tenter un dernier effort.

Il passa par Lvon pour terminer l'affaire relative au couvent de S^^ Marie, mais il dut renoncer à l'acquisition de cet immeuble, la mise à prix, grossie de 25 louis à revenir à chacun de ceux qui avaient participé à la vente, dépassant la somme qu'il pouvait y mettre.

Les nouvelles de Genève étaient toujours plus alarmantes. Notre envoyé Micheli faisait son possible pour déjouer les manœuvres de Desportes et pour gagner du temps; il fallait à tout prix se rapprocher des Directeurs et les circonvenir. Mais Merlin, qui seul était en constants rapports avec le Résident, et agissait à l'insu même de Talleyrand, ministre des affaires étrangères, était inabordable.

Lareveillère nous était favorable et tout gagné à la cause de Genève parce que Gosse lui en avait dit. Quant à Bonaparte, se rappelait-il les paroles prononcées lors de son retour d'Italie?

Malgré l'enfant du Lac, il ne fit rien pour nous sauver, peut-être n'en avait-il pas à ce moment le pouvoir. Gosse s'illusionnait-il sur son compte à notre endroit, quand, cherchant une bonne occasion de l'approcher, il écrivait à sa femme :

« Si absolument la médaille de Rousseau est perdue je voudrois que tu en fisses acheter une autre en argent, ou

(*) Pièce Annexe XIX.

en bronze s'il n'y en a pas des premières, tu me l'enverrois par une occasion assurée, afin que je puisse la remettre au général que je vois fréquemment sans avoir encore voulu l'aborder et sans qu'il m'eût vu. Il craint trop qu'on lui parle de notre malheureuse patrie, sa volonté n étant point suivie. J'ai un médaillon parfait de ce fameux général que Chinard son auteur m'a donné. J'ai acheté aussi à Lyon une médaille en bronze que le Département du Rhône a fait battre en l'honneur de ce grand homme. »

Deux jours après avoir écrit ces mots. Gosse rencontrait le général, qui fut surpris, dit-il, de le voir à Paris, le croyant à Genève. Il daigna le remercier de la truite et lui fit des reproches de n'avoir pas répondu à son invitation de venir la manger avec lui. A quoi le « citoyen de Genève » répliqua qu'il se serait empressé de répondre à l'invitation s'il l'avait reçue. Puis, Bonaparte, « d'un air fort content », lui demanda des nouvelles de Genève, lui promit de s'en occuper avec lui et l'invita de nouveau à dîner. A ce dîner, Gosse se trouva avec les savants qui allaient partir avec l'expédition d'Egypte; il vit aussi Madame Tallien, mais, de politique genevoise, il ne fut pas question.

Le 24 mars il écrit à sa femme :

« Salue tous nos bons parens et amis, dis-leur que je désirerois pouvoir partager auprès d'eux leur chagrin, mais qu'ils prennent encore courage : un boulet mis bas jadis une échelle. Que ne peut la volonté divine! »

Mais quatre jours plus tard, il apprend par Lareveillère lui-même, que Desportes a obtenu des pouvoirs du Directoire dont la confiance a été surprise ; alors il se désole, tout est à craindre.

« Paris ce 28 mars ou 8 germinal.

« Que mon âme est navrée, ma toute bonne amie, d'être pour ainsi dire le témoin de toutes les menées que l'on emploie pour nous écraser. Oh certes je commence à perdre non pas le courage ni le sentiment exquis qui me réunit encore aux Genevois, mais l'espoir de voir conservé le bâtiment antique de notre liberté. Comme je passois la soirée d'avant hier avec le Cit. L. je ne pus m'empêcher de lui ouvrir mon âme, il m'écouta avec bonté et il me ht diverses objections qui me démontrèrent la perhdie des hommes qui nous environnent, je ne pus lui répondre que par des argumens basés sur ce que je savois soit verbalement soit par écrit de l'état actuel de ma malheureuse patrie, il m'invita à faire parvenir au Directoire mes observations pourvu qu'elles fussent fondées et c'est ce que je me suis empressé de faire ce matin. Cet ouvrage sera sans doute la dernière expression de mon âme pénétrée du républicanisme genevois, car déjà le Cit. D., après avoir fait tourner les démarches les plus innocentes de nos concitoyens à son détestable but, a reçu des pouvoirs du Directoire qui doivent ce me semble satisfaire son orgueil, et. à moins qu'il n'y ait un sentiment pur de liberté chez tous les Genevois, ils ne pourront pas résister aux insinuations exécrables, aux menaces sans nombre, aux privations infinies auxquelles il faut qu'ils se préparent. Le temps qui soulage sans cesse notre espérance est, suivant moi, ici d'une très grande

ressource. Trop de précipitation nous feroit tomber plus promptement dans l'abîme qui nous est ouvert. Mais, je m'entraîne malgré moi à mon chagrin sans penser que je ne dois pas te le faire partager.... Je vis hier au soir l'aimable famille Adet... leur âme m'a paru aussi tourmentée que s'ils étoient de vrais Genevois. »

La volonté divine qui permit, comme dit Gosse, qu'en 1602 un boulet mît bas une échelle, ne voulut pas, en 1798, que Genève fût sauvée. Il fallait expier les luttes fratricides autrement que par un oubli volontaire d'un moment. La grande épreuve qui devait vivifier les âmes, fut l'asservissement de la Patrie, auquel chacun assista morne et impuissant.

Les syndics Gervais et Butin, en rapports suivis avec Gosse durant les dernières semaines, l'avaient tenu au courant des événements (*). Sa femme continuait, elle aussi, à lui écrire journellement :

« Genève 17 mars 1798, 29 ventôse.

...«Notre cousin [Bolomeyl m'annonce que leurs députés arrivent de Berne en date du 18 et qu'ils ont apporté une Constitution envoyée par le général Brune, par laquelle le pays de Vaud, Fribourg, l'Oberland, le Valais et les 40 baillages italiens formeront une république qui portera le nom de Rhodanique; on ajoute qu'elle doit être organisée dans 12 jours, que le général Brune doit repasser dans peu avec son armée pour retourner en Italie, que le général Schauenbourg le remplace dans le commandement de l'armée en Suisse; enfin il est in-

(*) Pièces Annexes XX et XXI.

croyable qu'il se forme à notre porte de nouvelles républiques indépendantes et que notre ancienne indépendance soit ébranlée, anéantie. Prudence, prudence à tous, à toi en particulier.

« Je remplis hier mon jour du repos très utilement, levée de bonne heure je donnois les soins nécessaires à notre demeure, à notre fils, à notre Louise qui a si horriblement souffert de douleurs que je lui ai mis un grand vésicatoire sur la nuque et lui ai fait garder le lit; ensuite nous fûmes au catéchisme avec André, c'étoit le C. Martin le jeune qui excelle dans ce genre. Dans sa prière il répandit un torrent de larmes qui passèrent jusqu'à ses auditeurs très nombreux. Le concert termina cet intéressant service. Après le dîné et de nouveaux soins donnés à notre Louise, nous partîmes avec André pour aller aux Pâquis sachant que le papa avoit la goutte. Mais notre fils voulut aller au sermon à S^ Gervais. Nous nous y rendîmes et les larmes rougissoient tous les yeux. On a publié plus de 60 annonces, matin et soir pour pouvoir se marier aujourd'hui et les baptêmes et les annonces aujourd'hui à la prière, ont tenu le pasteur jusqu'à 4 heures à l'église^; il a été obligé de s'en aller de fatigue. Après le sermon nous nous rendîmes aux Pâquis où nous trouvâmes le papa au lit, le bras et la main enflés ainsi que la jambe. Je leur appris ton absence, il t'embrasse bien tendrement. Nous les quittâmes à 5 heures et nous nous rendîmes aux Philosophes^ où

1 On se hâtait, tandis qu'on était encore Genevois, de faire inscrire sur les registres de la République, les actes civils et religieux. Gosse et sa femme firent leur testament à la fin de mai. Les syndics siégèrent jusqu'à la fin de juin."

2 Chez les Agasse.

l'on ne comprenoit pas pourquoi on ne nous voyoit point.

« Ma nièce est beaucoup mieux, mon frère a cassé tout notre ricin de la dernière récolte et l'on a fait aujourd'hui l'huile.... »

M. Audéoud-Coulin, ayant voulu témoigner à l'ancien Résident Adet la reconnaissance et l'amitié que lui gardaient ceux qui l'avaient connu à Genève, pria sa cousine, M"^^ Gosse, de se procurer et d'envoyer de sa part à ce brave homme une bouteille du meilleur extrait d'absinthe qu'on pût trouver.

M"^^ Gosse après beaucoup de difficultés, trouve l'absinthe, elle l'emballe avec des précautions infinies et en annonce ainsi l'envoi à son mari :

« Je dois aussi ajouter à l'envoi que je te fais de cette bouteille d'extrait d'absinthe, le nom de la personne qui prie le Citoyen Adet de vouloir bien l'accepter comme un foible témoignage de la considération vraiment républicaine que chaque bon genevois lui réserve, ainsi que les regrets que son nom et ses vertus inspirent lorsqu'on se voit forcé de les comparer à la fourberie et à la turpitude de son successeur. Si les sentimens d'attachement et de reconnoissance dont tous les cœurs sont animés à son souvenir pouvoient être placés dans cette bouteille, la liqueur qu'elle renferme perdroit le nom d'absinthe pour prendre celui de nectar du vrai républicain. »

« 27 mars.

« Je fis prendre hier à l'arrivée du courrier ta lettre du 2 germinal, très bon ami, mon impatience à chaque courrier est celle du public entier, puisque nous faisons

cause commune, heureusement que le danger pour tous le même, forme de la nation genevoise un seul vœu celui de son indépendance et qu'il n'est aucun individu qui s'éloigne de ce grand et honorable principe. C'est ainsi qu'au fond de l'adversité l'union la plus parfaite règne dans tous les coeurs et qu'un rapprochement de. sentiment fait évanouir ceux de la vengeance et du mécontentement, puisqu'actuellement les J. G. et C. siègent dans la commission des i36 avec la même considlëration qu'en 93. Cet accord parfait de tous les partis et de tous les états est le sentiment le plus doux qu'un vrai patriote puisse goûter, aussi est-il bien apprécié par la multitude. A cet égard vous n'avez rien à craindre de notre nation puisqu a proportion du danger, il existe proportion de prudence. L'on ne peut nier que cet heureux équilibre n'ait soutenu jusqu'à ce moment l'honneur des Genevois prêt à s'évanouir, le moment critique est passé, non pour notre indépendance, puisque nous sommes dans l'ignorance à ce sujet, mais pour notre déshonneur qui auroit pu être surpris par les craintes et les menaces qu'on nous suscitent coup sur coup.

« Le coup du Citoyen Possel paroit pour le moment manqué, ce qui a fait couler les larmes de sa Dulcinée qui, chargée de propager ses principes, a eu la bassesse de les promener dans les boutiques de S^ Gervais où elle s'est rendue la risée publique. Actuellement que leurs moyens sont épuisés nous verrons ceux qu'ils mettront en pratique, mais l'expérience du passé nous servira et nous attendons tout du pouvoir suprême pour plier le genou devant Baal. Il paroit par ta dernière lettre que le secret est si bien gardé qu'il ne peut même pénétrer les cloisons du lieu très Saint et qu'il est conservé dans son

sein comme le feu sacré des Vestales, mais non par elles, c'est preuve d'un reste de pudeur que nous nous plaisons de leur supposer.... »

Le 29 mars, Gosse, d'après les nouvelles reçues, adressait aux membres du Directoire une nouvelle supplique pour les éclairer sur ce qui se passait réellement à Genève et les prier de suspendre leurs ordres jusqu'à c^que le peuple eût prononcé son vœu(*).

« le 29 mars, 9 germinal an 5

... « Aussitôt ma lettre reçue je me suis rendu auprès de l'ami pour lui remettre le billet qui lui étoit destiné, mais hélas ! tous les efforts et toute la prudence humaine ne peuvent s'opposer au pouvoir suprême dont la volonté est non équivoque actuellement ; mais: il est affreux qu'on exige un sentiment qui n'existe chez aucun individu ^ j'ignore comment notre gouvernement dont l'autorité réside actuellement dans la commission des i36 réussira à en adoucir les expressions. Elle a jusqu'à cet instant montré tant de sagesse et de sagacité dans ses démarches qu'on lui réserve la confiance la plus absolue. Vous avez connoissance de l'affaire du Drapeau ^ dont la répara-

(*) Pièce Annexe XXII.

* La demande de la réunion que tous les efforts de Desportes tendaient à obtenir du peuple lui-même.

2 Le drapeau français qui flottait à la Résidence ayant été souillé d'encre pendant la nuit, Desportes avait exigé une réparation publique et unanime, que les Genevois s'étaient empressés de lui rendre pour éviter de sanglantes représailles. Tout porte à croire, cependant, que l'encre fut jetée sur le drapeau par une des croisées de la Résidence même.

tion a couvert de gloire le gouvernement ainsi que toute la nation, et cette démarche qui paroit être la dernière de notre indépendance, sera à jamais honorable pour le nom g^, aussi le citoyen Possel ne peut mettre en doute le vœu qui a été exprimé si hautement par plus de 5ooo personnes réunies en quelques instans et comme par miracle. Dans l'après midi l'ordre fut donné de ne laisser passer personne sur terre étrangère sans un passe-port en date du dit jour, ce qui ne peut avoir lieu puisqu'on n'en donne point, je pense que la poste est seule exceptée ce qui m'engage à t'écrire.

« ...Point d'occasion pour te faire parvenir une action de poterie puisqu'on ne laisse plus passer de G. sur terre étrangère. Avant de les débaptiser on veut leur faire sentir le poids de la tyrannie afin de les voir sourire à la douce liberté qu'on leur offre, mais on ne les paiera que par des grimaces puisqu'ils exigent des signes visibles...»

« i3 germinal

« .... Notre amie Dumoulin est mieux...; elle conserve cette fermeté dont beaucoup de nos concitoyens auroient besoin quoique le gain de quelques jours donne du courage, mais la perruque blonde sait tout et même la Commission n'est pas exempte de traître, le seul C est pur. L'associé de notre cousin de l'Ecu de Genève est celui qui lui a parlé avec le plus de force et qui porte le plus d'énergie au C Conseil]. Que Dieu fortifie les foibles et les trembleurs et éclairent ceux qui tiennent notre sort entre leurs mains. Dieu te fasse la grâce de réussir dans tous tes desseins, enfin puisse la vérité parvenir jusque dans le sanctuaire et ouvrir les yeux et les oreilles de ceux qui sont si indignement trompés. »

« 6 avril, 17 germinal.

^< Nous sommes heureusement encore Genevois, mais ce n'est pas la faute de la perruque blonde s'il en est ainsi puisqu'il promet tout ce qu'on lui demande pourvu qu'on lui donne sa signature pour la réunion. Il a je crois gagné quelques mauvais sujets ainsi que le propriétaire du Grand Saconnex. Hier on devoit faire imprimer le travail de la Commission pour le rendre public, mais la dite perruque a prié qu'on ne le fit pas, trouvant que ce seroit le compromettre puisque les conférences qu'il a eues avec les divers membres seroient connues ici et ailleurs, ce qui dévoileroit ses fourberies. Il a eu en considération cette complaisance et a levé, je ne sais pour quel temps, l'ordre de ne laisser passer aucun genevois sur terre étrangère, pas même pour aller dans nos Mandemens. C'est une comédie dont les scènes changent au besoin. Cependant l'esprit genevois est bon et jamais rien ne sauroit les décider à demander une réunion ; les jours de terreur sont passés et le courage s'est augmenté ainsi il n'y a plus que la force qui sauroit nous renverser. Je frémis en pensant à ton courage et à ses suites et j'en ai été malade.

« Dans les premiers jours de la terreur où nous croyions le général Brune à notre porte, le beau-frère de M'" Binet Raymond (Bosson, le sergent du mois d'avril), après avoir mis ordre à ses affaires s'est tué pour n'être pas le témoin de l'entrée des françois, c'est un vrai genevois. »

Dans sa lettre du 8 avril, M"^^ Gosse s'alarme : deux courriers sont venus sans qu'elle ait reçu de lettre. Y en

aurait-il eu d'interceptées? Elle engage son mari à lui écrire sous le couvert de leur cousin Monsieur Audéoud Coulin, négociant à l'Ecu de Genève, en chargeant un ami de la suscription. Jusqu'alors il les adressait tantôt à M^^ Dubois, M^^ toilière à l Escarcelle pour reinettre à M^^*^ Louise Rey de Chêne, tantôt à la Citoyenne Du Moulin che!( le Citoyen Du Voisin-Munier pour remettre à son amie Louise à la Grand Rue à Genève. Mais il ne déguisait pas son écriture et sa femme, dans son effroi, lui écrivait : « Pense que tu es l'être le plus redoutable à la Perruque ainsi qu'à Saconnex ^ et qu'ils ont les bras longs pour les forfaits. »

« Du 14 avril 1798. 25 germinal an 6.

« Je reçus hier soir, très bon ami, ta lettre du 20 germinal, au même instant l'incluse fut portée à son adresse ^; nous traitâmes la demande que tu fais, et il paraît qu'on s'en sera occupé aujourd'hui. J'en ignore le résultat. Qu'il est difficile de conduire une grande famille dont souvent les intérêts s'entrechoquent, car ils commencent à se faire sentir et les cœurs généreux en gémissent. Cependant l'on doit toujours donner de l'encouragement soit ici, soit à vous, et c'est ce que je ne me lasserai pas de faire. Lorsqu'on me demande si tu n'es pas sur ton retour, je réponds : non, sans doute, lorsque l'espoir n'est pas absolument éteint, l'on ne doit pas abandonner prise. En vérité, je suis honteuse de trouver autant de faiblesse et de lâcheté chez les hommes, et je suis assurée que ces sentimens déshonorans

^ Grenus.

' Au svndic Butin,

n'existent pas dans notre sexe ; aussi, si les femmes étoient appelées à émettre leurs vœux, je suis assurée de leur unanimité à refuser avec fermeté et peut-être entêtement. Cette espèce d'enthousiasme tient, à ce que je crois, à des perceptions bornées, surtout en politique, car elles ne sauroient en calculer les sentiers tortueux ni toutes les ressources fâcheuses dont on peut user ; enfin, dans l'assurance, que ce ne seront pas elles qui seront responsables des conséquences et à l'horreur qu'elles réservent au militaire, etc. Ainsi donc, très cher ami, appelons au miracle et faisons les derniers efforts sans craindre les méchans. Je ne puis cesser d'applaudir à ton éloignement pour ma tranquillité et pour ton repos, et si le succès couronne tes espérances, ce sera un moyen de consolation de tous les maux auxquels nous sommes appelés... »

Inutile de décrire l'état d'âme de Gosse rentrant précipitamment au pays.

Voici la lettre que le syndic Butin lui avait adressée le soir du jour fatal et celle qu'il écrivait lui-même quelques jours plus tard à Micheli :

Le syndic Butin à Gosse, à Paris.

Datée, par erreur, du 14 d'avril. L'entrée des troupes françaises dans Genève eut lieu le dimanche 15 avril au soir.

« Il faut que malgré moi je vous écrive mon cher ami, les circonstances de notre mort politique. La perfidie la j plus infâme l'a opérée d'une manière violente. Vous ';

avez vu la note imprimée de Divosi. Cela annonçoit quelque grand projet que nous ne pouvions prévoir puisque Divos avoit accordé jusqu'à mercredi psochain à minuit et qu'ainsi nous devions être tranquilles de sa part. Cependant aujourd'hui il a fait entrer à midi par les trois portes des troupes françoises qui ont pris possession de nos postes et de notre ville et au même moment il a fait remettre au Président du Conseil la note dont je vous envoie copie. Les troupes se sont établies dans les rues et les places. Une compagnie de cavalerie a occupé la place de la maison de ville et s'est constamment tenue sous les armes devant le gouvernement.

« Bientôt le Conseil* s'est assemblé, on a fait fermer les cercles de la Grille et du Faisceau. On a assemblé la commission extraordinaire et là sous les bayonnettes et la violence la plus infâme et la plus atroce on a voté la réunion. Un comité est chargé d'en traiter les conditions.

« A l'entrée des troupes dans la ville on n'a point crié à la réunion. La consternation est dans toutes les maisons et tous les visages annoncent toute l'indignation qui se trouve dans les cœurs. Rien de plus atroce, de plus perfide, de plus scélérat que la conduite qui a été tenue envers nous (*). Je ne puis guère écrire, il faut pourtant que j'ajoute que le Rés. vouloit que les troupes fussent logées chez les particuliers et sur les observations et les vives instances du syndic de la garde, le général Vieux soit Guerre, commandant de la colonne, a bien

^ Surnom donné à Desportes, qu'on appelait aussi S*-Jean, (Voir page Sgô).

(*) Pièce Annexe XXIII.

voulu se contenter de logemens dans la caserne du Bas- ]

tion, mais il faut loger les officiers chez les particuliers, j

« Notre ville, mon cher, présente le tableau le plus i

affreux, le plus triste. Nous n'avons pas à nous plaindre ^

des soldats, mais vous comprenez que la violence de la i démarche de Divos nous a rendu odieux les exécuteurs

de ses infernales mesures. !

« Tout à vous, bien des amitiés à M. ]

Gosse à Micheli. ^ •

« 26 avril 1798. \

« Mon cher Micheli

« La désorganisation la plus grande a précédé l'affreux |

moment de notre destruction politique. La plus noire '

trahison m'a paru avoir été ourdie depuis longtemps non ] seulement par celui qui doit nous être en horreur, mais par un assez grand nombre de Genevois eux-mêmes. Je n'ai plus trouvé d'esprit public à mon arrivée à Genève et quand, dans le Comité de la commission j'ai proposé qu'on rompît tout traité avec le perfide auteur de

la lettre adressée au Directoire, on s'est empressé d'an- !

nuler ma proposition. L'on m'assure cependant que i

Pictet n'a pas plongé dans cette horrible trame, j'aime i

à me le persuader. Oh ! mon cher ami qu'avions-nous i

besoin de nous occuper autant de la chose publique, !

qu'avions-nous besoin de nous tourmenter pour une !

nation qui n'étoit déjà plus digne de nos soucis républi- j

cains ! J'ai voulu cependant avoir la satisfaction d'écrire \

au Directoire exécutif par l'organe du Citoyen Lépeaux !

^ D'après un brouillon.

tous les détails de cette horrible trahison, j'y ai développé avec délices toute la perfidie de l'homme à jamais méprisable qui a sans doute servi l'ambition de quelques individus. Encore aujourd'hui je m'exprime avec l'énergie républicaine sur le même sujet. Mais il est vrai que ce sont les derniers soupirs que je fais entendre là, je me propose d'oublier absolument les hommes comme politiques, pour ne m'occuper d'eux que comme des instrumens à mon bien-être.

« Des hommes plus habiles que moi vous auront sans doute fait parvenir un détail de tout cet événement depuis longtemps prévu par nous et j'espère que vous pourrez les mettre sur quelques journaux pour au moins nous laver auprès des humains d'une lâcheté dont heureusement aucun Genevois n'a paru ostensiblement et librement coupable....

« Le Cit. Desportes m'a paru avoir cherché à vous nuire dans l'esprit public, de tous les côtés je n'entends que des reproches de foiblesse et de paresse qu'on vous adresse, heureusement que ma présence termine d'un mot toutes ces abominables calomnies.

« Le même Desportes n'a-t-il pas, dit-on, montré un arrêté du Directoire signé Merlin, en date du 25 germinal par lequel, disoit-il, j'avois eu ordre de sortir de la République françoise au bout de i5 jours, mais sur ce bruit public j'ai répondu par notre feuille d'avis que j'étois sorti de France de ma propre volonté le 28 au soir et sans avoir reçu aucun ordre du Directoire. Cet article n'a point paru plaire à notre ennemi commun. J'ai plus fait, je me suis occupé de faire imprimer et publier au milieu des [mot illisible] sa lettre au Directoire afin que tous les habitans de Genève et nos voisins connois-

sent la perfidie de l'homme qui avoit pris un aussi grand ascendant.

« Je suis très satisfait que vous ne soyez pas venu à Genève, vous n'auriez eu que le regret de voir la dissolution de notre République sans avoir pu l'empêcher (*).

« Vous aurez peut-être reçu la fameuse Gundelia. Veuillez chercher l'occasion la plus propre pour la faire parvenir à notre excellent Butin qui l'attend avec l'impatience d'un ardent cultivateur. »

(*) Pièce Annexe XXIV.

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JieSADAG, Sécheron-GENÈVE

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