G UN GENTILHOMME
Son dernier habitant avait été le vieux marquis Je Maillepré.
Ce grand seigneur mourut sans enfants dans un âge très-avancé.
L'hôtel des Nèfles échut à un de ses collatéraux, le baron du Croisic, gentilhomme immensément riche qui possédait à la place Royale un autre hôtel beaucoup plus vaste et beaucoup plus beau.
Il ne pouvait donc habiter le nouvel immeuble qui lui tombait ainsi en partage, et il ne songea point à en tirer parti en le louant.
L'hôtel des Nèfles demeura par conséquent complètement désert, et, comme on n'y faisait aucune réparation, l'intérieur se dégrada peu à peu de la façon la plus déplorable.
DE GRAND CHEMIN. %ïiî
Le baron du Croisic mourut à son tour.
Il n'avait qu'un fils.
Ce fils avait un intendant.
Cet intendant lui remontra respectueusement qu'il était d'une mauvaise administration de laisser dans une fortune des non-valeurs aussi importantes que l'hôtel des Nèfles, lequel se pouvait facilement vendre cent cinquante mille livres, ou se louer deux mille écus par an.
La conclusion fut qu'il fallait, dans le délai le plus bref, chercher à vendre ou à louer.
On s'enquit d'un acheteur.
On n'en trouva pas.
iv. M
Restait la ressource de la location, mais d'énormes réparations étaient indispensables pour empêcher cette ressource d'être illusoire.
Un architecte dressa un devis de ces réparations.
Le chiffre qu'il demandait pour s'en charger parut exhorbitant au nouveau propriétaire, jeune homme des plus prodigues, qui n'aurait pu se résoudre à voir sortir de ses mains, pour une dépense de ce genre, des sommes qu'il préférait hasarder sur le tapis vert des brelans, ou éparpiller dans les boudoirs des belles filles de l'Opéra.
Les choses restèrent donc en cet état.
Mais voici qu'un beau matin, le fondé
de pouvoir d'un riche gentilhomme étranger vint faire des propositions à l'intendant du baron du Croisic.
Ces propositions étaient magnifiques.
Le gentilhomme étranger proposait un bail de douze ans . et prenait toutes les réparations à son compte.
Comme bien on pense, le marché fut conclu à l'instant même.
Le lendemain, une nuée d'ouvriers, introduits par la petite porte des jardins, prenaient possession de l'hôtel et se mettaient à la besogne.
Le fondé de pouvoir ne les quittait pas d'une minute.
Il acti v^ait le travail d'une façon véritablement fantastique et prodiguait l'or.
Le gentilhomme étranger ne devait arriver que quand tous les travaux seraient terminés.
On ne disait pas son nom.
La veille du jour où nous avons entendu Simone donner des! bons conseils àBenoît sur les moyens de faire rapidement fortune, vers les deux heures de l'après-midi la rue était à peu près déserte.
La jeune fdle, installée dans son échoppe
comme de coutume, ravaudait mélancoliquement un bas et semblait livrée à de profondes réflexions.
À quoi pensait-elle ?
Était-ce au garçon boulanger, son intéressant futur?
Était-ce à l'un de ces galants suppôts du dieu Mars, qui lui composaient une famille si belliqueuse et surtout si nombreuse?
Bien fin serait celui qui pourrait le dire.Y
Quant à nous , nous ne l'essayerons même pas.
Tout-à-coup Simone poussa un petit cri d'oiseau effrayé et tourna vivement la tête.