‹ Un gentilhomme de grand chemin (volume 2)Chapitre 3 sur 16 · VI · texte numérisé non relu

VI

Nous savons quel spectacle s'offrit aux yeux épouvantés de Réginald !

Cependant les deux gentilhommes de grand chemin poursuivirent leur course furieuse parmi les détours des massifs.

Denis soutenait et entraînait Roncevaux dont les forces défaillaient de minute en minute.

A droite, à gauche, en avant, en arrière, ils voyaient, comme des feux follets sur un marécage, passer dans les allées les lueurs vacillantes des torches portées par des valets effarés.

• Roncevaux s'alourdissait de plus en plus

et chancelait à chaque pas.

Denis sentait une sorte de vertige lui monter au cerveau.

Eniîn ils atteignirent la brèche pratiquée dans les clôtures du parc.

Mais devant cette brèche se trouvaient deux gardes-chasse du château, debout et la carabine à la main.

A la vue de Denis et de son compagnon couvert de sang, ces hommes appuyèrent instinctivement la crosse de leur arme à leur épaule droite.

— Place ! — cria Denis.

— On ne passe pas ! — répondirent les gardes-chasse. —Faites un pas de plus, et vous êtes morts !

Par un mouvement prompt comme Té-

clair, Denis dégagea son bras du bras de Roncevaux et saisit ses pistolets.

Une quadruple détonnation retentit :

celle des deux coups de Denis , et celle des carabines braquées sur lui.

Atteints mortellement dans la poitrine, les gardes-chasse tombèrent à la fois.

— Allons!.. — s'écria le capitaine des bandits, — allons, Roncevaux, la place est libre !

Mais le lieutenant, au moment où le bras de Denis avait cessé de le soutenir, était tombé sur ses genoux , puis tout de son long, la face contre terre, et ne donnait plus signe de vie.

Marguerite et Mina.

Denis crut d'abord que Roncevaux était mort, frappé au cœur d'un coup de carabine.

Il souleva ce corps inanimé et le retourna.

Le lieutenant n'avait pas reçu de nou-

velle blessure, son évanouissement provenait de la blessure faite à son épaule par la morsure de Phanor, et de l'énorme perte de sang qui en était résultée.

Pendant quelques secondes Denis songea à abandonner Honcevaux.

Mais il réfléchit que, sans lui, il lui deviendrait impossible de trouver la grotte perdue au fond des bois et dans- laquelle attendaient le reste de la bande et Marguerite prisonnière.

Son parti fut pris aussitôt.

Avec cette force prodigieuse et invraisemblable qui réside toute entière dans le système nerveux surexcité, et que l'homme trouve à son service en certaines circonstances urgentes, il saisit le corps de

Roncevaux, l'enleva dans ses bras , et , pliant sous ce lourd fardeau, il franchit la clôture et gagna la campagne.

Après quelques centaines de pas dont la durée lui parut éternelle, il atteignit le petit bois et trouva les chevaux attachés au même endroit où il les avait laissés.

Par un dernier et suprême effort, il hissa Roncevaux sur sa selle où il l'assujetit solidement.

Il s'élança lui - même à cheval, après avoir essuyé son front baigné d'une sueur froide, — il saisit la bride de l'autre monture et il se dirigea à travers champs vers le lieu où il s'était séparé du gros de la troupe.

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