‹ Un gentilhomme de grand chemin (volume 2)Chapitre 6 sur 16 · IL\ GENTILHOMME · texte numérisé non relu

IL\ GENTILHOMME

— Raoul, - murmura-t-elle, — est-ce vous?,, est-ce bien vous?..

— Oui, — répondit le jeune homme d'une voix basse et profondément émue, — c'est bien moi, qui suis prêt à mourir pour vous, et qui tremblais de ne plus vous revoir...

— Ah ! — répliqua Marguerite avec expansion, — puisque vous êtes auprès de moi, il me semble que je n'ai plus peur !...

— Et vous avez raison, car, après vous avoir perdue, je vous sauverai, je le jure !..

Après un silence, Raoul ajouta :

— Combien je voudrais pouvoir presser vos mainschéries dans les miennes!., mais, hélas! mes mains sont attachées !..

— Comme les miennes... — balbutia Marguerite, — il n'y a qu'un instant encore, que leurs cordes me meurtrissaient cruellement...

— Pauvre chère bien-aimée, ces misérables payeront ces souffrances au prix de leur vie!..

— Oh ! ne parlez pas ,de vengeance ! — s'écria Marguerite, — à quoi bon se venger?.. — dites-moi seulement, Raoul, savez-vous quels sont ces hommes?..

— Ils appartiennent , je n'en puis douter, à cette troupe de bandits qui désolent cette partie de l'Allemagne...

— Mais, comment se fait-il qu'ils se

soient trouvé là, ce soir, pour nous surprendre?...

— Leur intention, à coup sur, était d 'attaquer et de piller cette nuit le château de Kergen... — ils attendaient l'heure favorable...

— Mais, alors, pourquoi se sont ils emparé de nous et semblent-ils avoir renoncé à leur horrible projet de pillage et peutêtre de meurtre?..

— C'est bien simple. , .

— Comment cela ?. .

— Ils savent que vous êtes Tune des filles du baron Réginald , — ils n'ignorent point sans doute que je suis gentil-

homme et riche ,ils comptent, et non sans raison, tirer de vous et de moi une rançon bien supérieure à ce qu'aurait pu leur rapporter le brigandage et l'incendie...

— Vous avez raison, Raoul ! — pour ravoir sa chère Marguerite et pour vous racheter vous-même, mon père donnera de grand cœur sa fortune entière, s'il le faut...

— Oh ! — répondit le jeune homme, ma on ne lui demandera pas tout, et, quant à ce qui me concerne, je vous le répète, je suis riche...

— Mais, en attendant que ces rançons soient payées , que pensez-vous que ces hommes se proposent de faire de nous?..

— Je l'ignore. — Cependant il me paraît vraisemblable qu'ils vont nous conduire

dans quelque retraite introuvable, — dans l'un de ces antres où ils se cachent comme des bêtes fauves quand ils ne trouvent pas de crimes à commettre...

— Oh! mon Dieu!., et vous ne voyez aucun moyen de leur échapper immédiatement?..

— Aucun. — Je crois même qu'une tentative de fuite serait une imprudence funeste et sans résultat... — ainsi que nous le disait tout à l'heure celui qui nous paraît être le chef de ces hommes, ces bandits font bonne garde...

— Alors, il faut se soumettre?..

— C'est le mieux, — du moins jusqu'à ce que se présente une occasion de mettre leur surveillance en défaut, et, vienne cette

occasion, soyez sûr que je ne la laisserai point échapper...

— Pourvu qu'ils n'aient point la pensée de nous séparer...

— Je ne le suppose pas...— Chacune des actions de ces hommes a un but, — or, notre séparation ne peut en rien servir leurs intérêts...

— Que Dieu vous entende, Raoul !..

Marguerite venait à peine de prononcer ces derniers mots , qu'un des gentilshommes de grand chemin entra dans la grotte.

— Le capitaine veut vous parler, — ditil à Denis d'un ton brutal : — venez avec moi...

— Vais-je donc rester là, moi ? — . de-

manda Marguerite d'une voix suppliante.

— Oui, Mademoiselle, jusqu'à nouvel ordre, — répliqua le bandit, en adoucissant quelque peu son rude organe, — mais ne vous tourmentez pas, on vous ramènera ce gentilhomme, quand le capitaine l'aura questionné...

Cette dernière affirmation rassura quelque peu la jeune fille.

— Par ici, — ajouta le bandit en s'adressânt à Denis, — et dépêchons-nous, — le capitaine n'aime pas à attendre !..

Le jeune homme sortit de la grotte avec son compagnon qui, chemin faisant, lui délia les mains.

A quinze ou vingt pas, dans le bois, ils trouvèrent Hermann.

— A-t-on pansé la blessure de Roncevaux? — demanda Denis.

— Oui, capitaine.

— Et, comment va-t-il ?

— Beaucoup mieux. —Fritz, qui sait un peu de chirurgie, et qui, à ce qu'il prétend, a étudié jadis pour être docteur, affirme que cela ne sera absolument rien... — On a lavé les morsures avec du vin et appliqué des herbes, dont le suc est souverain pour fermer les plaies , — du moins c'est Fritz qui le dit.

— Alors Roncevaux est en état de monter à cheval cette nuit même?

— Il souffrira peut-être un peu, — mais il ira comme les autres.

— Fort bien.

— Puis-je vous demander, capitaine, ce que vous avez décidé?

— Dans cinq minutes , nous allons nous mettre en route pour Falkenhorst.

— Il est bien tard pour y arriver cette nuit...

— Nous nous arrêterons au point du jour dans la forêt d'Heischtal.

— Et, mademoiselle de Kergen?...

— Nous l'emmenons avec nous, pardieu!...

— N'opposera-t-elle aucune résistance?

— Aucune.

— Comment, elle -nous accompagnera de son plein gré?...

— Oui... — Donnez l'ordre de brider immédiatement les chevaux, — faites préparer la selle de l'un d'eux de façon à ce qu'elle puisse servir à une femme, et, pendant ce temps, je vais vous dire comment nous devons nous y prendre pour que mademoiselle de Kergen nous suive avec une docilité et une résignation parfaites...

Au bout de quelques minutes , Denis , qui venait d'avoir avec lîermann un nouvel entretien, fut reconduit dans la grotte.

— Eh! bien?.. — lui demanda vivement Marguerite, — cet homme, que vous voulait-il?..

— Ce que je vous disais tout à l'heure

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