‹ Un gentilhomme de grand chemin (volume 2)Chapitre 8 sur 16 · H2 UN GENTILHOMME · texte numérisé non relu

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position, il était impossible de lire ces deux pages baignées de pleurs contenus, sans se sentir ému violemment.

— Est-ce bien ainsi? — demanda la jeune fille à Denis.

Ce dernier ne répondit qu'en essuyant les larmes que lui avait arrachées cette lecture.

— Mais, vous Raoul, vous mon ami...

— s'écria tout-à-coup Mademoiselle de Kergen, — qu'allez-vous faire?., dans tout ceci il n'est pas question de vous...

— Oh ! — répliqua Denis avec un demisourire, — ne nous inquiétez pas de moi, chère Marguerite, — on ne me taxe pas si haut que vous,., on n'exige, pour ma rançon, que vingt mille livres...

— Vingt mille livres !..

— Pas davantage.

— Mais c'est une somme énorme, cela !.;

— Pour ceux qui ne l'ont pas, mon Dieu oui.

— Oh ! je sais bien que vous êtes riche, Raoul, mais cette somme, l'avez-vous à votre disposition immédiate ?...

— Oui, par bonheur.

— Comment cela?

— La petite valise que j'ai laissée au château de Kergen, se trouve, par le plus grand hasard du monde, contenir précisément les vingt mille livres en question.

— Et, cette valise, comment ferez vous pour l'avoir?

— Je vais vous demander tout simplement la permission d'ajouter quelques lignes à votre lettre, et le messager des bandits rapportera nos, deux libertés en même temps...

Denis, en effet, prit la plume, et, à la suite des dernières lignes de Marguerite, il traça un post-scriptum qu'il signa, en raccompagnant des expressions de son tendre respect pour Réginald.

Ceci fait il quitta de nouveau la jeune fille-

Son absence fut courte.

— Le messager vient de partir, — dit-il en revenant. — Le capitaine est enthousiasmé de votre style et me paraît regretter fort vivement de ne vous avoir pas fait

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demander cent mille livres, au lieu de cinquante...

— Cent mille livres !.. — répéta Marguerite, — mais jamais mon père ne serait venu à bout de réunir en vingt quatre heures une pareille somme !..

— C'est aussi le raisonnement que s'est fait le capitaine... — Heureusement pour vous, il ignorait que le banquier de votre père fut en ce moment au château, ce qui, pour lui, aurait bien simplifié les choses, attendu que Van-Goët porte toujours avec lui, dans son portefeuille, deux ou trois millions, et que ce portefeuille entier eut été mis à la disposition de votre père...

— Vous avez raison, — répliqua Marguerite, — et cette circonstance est heuiv. 10

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reuse pour nous, — elle évitera à mon père tout embarras, et l'argent, au moins, ne se fera pas attendre.

Denis sourit amèrement, mais à la dérobée, et la jeune fille ne pût voir l'expression sinistre de son visage.

En ce moment deux hommes soigneusement masqués parurent sur le seuil de la chambre, dont la porte était restée ouverte pendant l'entretien qui précède.

Il portait une petite table toute servie.

Cette table fut placée par eux au milieu de la chambre.

Ils disposèrent deux couverts et allumèrent les huit bougies de deux candélabres d'argent.

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L«t aux, l'argenterie et les mots témoignaient de cette richesse féerique et de bon goût qui se retrouvait jusque dans les plus petits meubles et dans les moindres ornements de la pièce.

Marguerite ne pût retenir un geste de surprise

Le luxe seigneurial du château de Kergen était dépassé, et de beaucoup, par ce qu'elle voyait.

Les deux hommes masqués se retirèrent silencieusement, comme ils étaient venus, et refermèrent la porté derrière eux.

— Il faut convenir, au moins, — dit le jeune homme avec une sorte de sourire.

— que ces étranges brigands n'ont pas l'intention de nous laisser mourir de faim!..

— Voulez-vous Mademoiselle, me faire

l'honneur de m'accepter pour convive?..

D'un léger mouvement de tête Marguerite fit signe que oui, et elle s'assit en face de Denis.

La réponse.

Deux jours s'écoulèrent.

Pendant ces deux jours Marguerite ne vit que Denis, et encore devons-nous à la vérité de déclarer qu'elle le vit fort peu.

Les bandits semblaient veiller rigoureusement sur leur captif et ne lui laisser qu'à

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de certains moments !a liberté de s'entre* tenir avec mademoiselle de Kergen.

A mesure que passaient les heures, Marguerite voyait approcher l'instant où la réponse de son père arriverait, et où, par conséquent, la liberté lui serait rendue.

Avons-nous 'besoin de dire avec quelle anxiété avide elle aspirait après ce moment. ♦

Le matin du troisième jour, la jeune fille entendit un grand mouvement et un grand bruit dans le château.

Ce bruit et ce mouvement mirent en éveil ce sentiment qui, chez les femmes, est aussi ancien que le monde, et dont -Eve,

notre première mère, a donné le premier exemple, — la curiosité.

Aussi, lorsque Denis arriva auprèsd'elle, elle lui demanda vivement :

— Qu'y a-t-il donc, et que se passe-t-il d'extraordinaire en ces lieux?

— Il paraît, —répondit le jeune homme, — que les bandits ont fait cette nuit une nouvelle expédition ; — ils ont attaqué un convoi de marchandises dont ils se sont emparé, — mais on leur a opposé une vigoureuse résistance, et deux d'entre eux ont reçu des blessures mortelles. — Ces misérables ont été rapportés ici, et le capitaine a donné l'ordre d'aller chercher un prêtre clans l'un des villages voisins et de le ramener de gré ou de force, pour administrer les mourants et les réconcilier avec

Dieu. — Cet ordre a été exécuté ; — de là, le bruit que vous avez entendu. ».

— Quoi!.. — - s'écria Marguerite,— de tels hommes croyent donc en Dieu?

— Ace qu'il paraît...

— Mais à quoi leur sert cette croyance, puisqu'elle n'a pas le pouvoir de les détourner d'une vie criminelle et infâme?..

Denis ne répondit point.

— Ainsi, — reprit Marguerite, — le prêtre qu'ils sont allé chercher est ici?...

— Je l'ai vu passer il n'y a qu'un instant, tremblant, et plus semblable à une victime qui marche à la mort qu'à un homme qui vient juger, consoler et absoudre au nom de Dieu...

— Et, quand il aura rempli les devoirs de son saint ministère, que fera-t-on de lui?

— Vraisemblablement on le ramènera à l'endroit où on Ta pris...

— Prions aussi , — dit Marguerite , — prions avec lui, — prions pour les coupables qui vont mourir....

Il y eut, entre les deux interlocuteurs, un silence de quelques instants.

Puis la jeune fille demanda :

— Raoul, pensez-vous que le messager qui vient du château de Kergen se fasse encore bien longtemps attendre?..

— Si mes calculs ne sont point trompés,

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