‹ Un gentilhomme de grand chemin (volume 3)Chapitre 13 sur 16 · SHO UN GENTILHOMME · texte numérisé non relu

SHO UN GENTILHOMME

paraisse et qu'elle passe pour morte...

— Mais , comment?

— Rien n'est plus facile, et, pour cela, je compte sur toi.

— Sur moi ?. . — répéta Roncevaux, tandis qu'une rougeur ardente remplaçait la pâleur livide de son front et de ses joues.

— Tu vas louer, sous un nom quelconque, une petite maison parfaitement isolée...

— • Et ensuite?..

— Sous un prétexte quelconque, tu y conduiras Marguerite... — elle ira sans défiance dans cette maison où elle restera prisonnière... Mais, sois en sûr, je ne négligerai rien pour métamorphoser cette prison en une cage dorée... — Nous laisse-

rons s'écouler quelques jours, et madame de Pessac sera censée avoir péri par accident dans un voyage. — Celui de nos hommes qui a L'habitude de ces sortes de détails rédigera en bonne forme (avec toutes les signatures et toutes les légalisations nécessaires), l'acte de décès qui m'est indispensable pour pouvoir contracter un nouau mariage...-*- Que dis-tu de ce projet?

— Je dis, — répondit Roncevaux en s'efforçant de cacher l'expression d'une immense joie intérieure, — je dis qu'il est très-réalisable, et que je vous aiderai de mon mieux...

— A merveille. — La femme de chambre de Marguerite est-elle su

— Je l'ai choisie de ma main ; — elle vous <st i lent dévou<

— Elle aime l'or ?

— Passionnément.

— Alors , l'appât d'un gain considérable pourra la décider à partager la prison de sa maîtresse?..

— .le n'en doute pas,

— Voilà qui va le mieux du monde. — Ne manque pas de t'occuper de la petite maison.

— Soyez tranquille, capitaine, je vais m'en occuper sur-le-champ , et il est vraisemblable que , dès aujourd'hui , j'aurai terminé...

— Je te donne carte blanche, — dépense tout l'argent qu'il faudra, —je veux que cette prison soit un véritable palais dans

lequel , sauf la liberté, il ne manquera rien à Marguerite.

— Soyez tranquille, capitaine...

Roncevaux sortit.

Le soir il revint et monta trouver Denis.

— Eh bien ? lui demanda ce dernier.

— Eh bien , capitaine , c'est fait.

— Tu as trouvé?

— Oui.

-Où?

— Dans ces vastes terrains qui avoisinent la Bastille.

-- La maison est-elle bien isolée?

— On v égorgerail \ ingt personnes sans

que qui que ce soit puisse entendre crier au secours.

— Et, est-elle jolie?

— Extérieurement, non. — Mais, d'ici à trois jours, l'intérieur sera devenu un véritable bijou.

— Y a-t-il un jardin ?

— Certes !..

— Vaste?

— Immense , et rempli des plus belles fleurs.

— Enfin, quoique enfermée on y peut vivre ?

— Je le crois bien !.. — que de gens en ce monde, échangeraient de grand cœur la liberté contre une prison semblable !..

— Allons, c'est affaire à toi, Roncevaux!.. termine tout, le plus vite possible.

— Dans trois jours, si vous le voulez, feue madame la vicomtesse de Pessac pourra venir prendre possession de son nouveau domicile.

Roncevaux en prononçant cette phrase, appuya sur le mot feue avec une intention toute particulière, et qui fit sourire Denis.

Il voyait approcher le moment où la réalisation de ses désirs et de ses espérances deviendrait possible.

ÏXIÏI

Pauvre Marguerite.

Le plan de Denis était des plus simples.

Une fois muni d'un acte de décès en bonne forme de la prétendue vicomtesse de Pessac (acte que les talents de faussaire de l'un des hommes qui se trouvaient sous $es ordres lui procurerait fuulenjcût), il

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irait trouver M. Locquard et Angélique.

Il leur avouerait à tous deux qu'entraîné par une passion coupable, mais irrésistible, il avait pris un faux nom pour essayer de s'emparer du cœur de la jeune fille ; mais que, rendu libre par la mort de sa femme, il accourait mettre aux pieds de mademoiselle Locquard son nom véritable, son titre et sa fortune.

Évidemment, cette fois, il ne serait point repoussé par Angélique, qu'une couronne de vicomtesse devait séduire plus que toute chose au monde.

Une fois le mariage célébré, une fois sa passion satisfaite, une fois maître des six cent mille, livres qui formaient la dot de mademoiselle Locquard, et qui, jcinteaà ce qu'il, possédait déjà, compléieiaienium

somme immense , il abandonnerait Paris et la France ; il quitterait son nom d'emprunt pour revêtir un autre pseudonyme, et il irait jouir en Angleterre de tous les plaisirs d'un riche et grande existence.

Rien ne s'opposerait alors à ce que Marguerite fut rendue à la liberté, et la malheureuse jeune femme, enfin éclairée sur les suites de son fatal amour, irait, si elle !le voulait, retrouver son père et sa sœur au château de Kergen.

Tels étaient les projets de Denis.

Mais tels n'étaient point ceux deKonceveaux.

Depuis bien longtemps le lieutenant des ex-gentilshommes de grand chemin nourrissait pour Marguerite Une passion ardenif.

C'était lui dont la jalousie (peut-être l'at-on deviné déjà) frappait dans l'ombre tous ceux que la jeune femme paraissait distinguer.

S'il ne s'était point déclaré, c'est qu'il ne se faisait aucune illusion à l'endroit de l'amour de Marguerite pour son mari. — Il savait que cet amour existait encore, et que Marguerite, s'il osait parler, regarderait ses aveux comme des insultes, et le chasserait honteusement de sa présence.

Mais maintenant la situation lui apparaissait bien différente.

Il allait devenir le maître a'bsolu, l'unique arbitto du sort de la jeune femme.

Denis la lui donnait en quelque sorte ; il pouvait en disposer à son gré.

DE GRAND CHEMIN. ->Sl

Il faudrait bien alors qu'elle se résignât à l'entendre lui parler d'amour ; il faudrait bien, soit de gré, soit de force, qu'elle lui appartienne ; et Marguerite étant devenue sa maîtresse, au lieu de lui rendre la liberté et de la laisser retourner à Kergen, il la garderait auprès de lui comme une amie ou comme une esclave, et ne s'en séparerait jamais.

Pauvre, pauvre Marguerite! — Combien il aurait mieux valu pour elle périr jadis sous les morsures déchirantes de cette bête fauve de qui, pour son malheur, Denis l'avait sauvée!

Trois jours s'écoulèrent.

Koncevuux Uni parole.

— Tout est prêt, — dit-il à Denis. — Madame de Pessac quittera l'hôtel des Nèfles quand vous voudrez.

— Alors, demain.

— Soit. — Seulement, afin qu'elle me suive sans défiance, il est bon de]prendre une précaution.

— Laquelle?

— Celle-ci : — Absentez-vous ce soir de l'hôtel avec moi, et demain j'apporterai à votre femme une lettre de vous contenant ces lignes :

« Chère Marguerite,

« Montez en voiture avec Ronceveaux et « avec votre femme de chambre, et venez « me rejoindre sur-le-champ.

« Je vous expliquerai moi-même l'im- « portance de ce brusque départ.

« Munissez-vous des objets de première c nécessité dont vous pouvez avoir besoin « pour un voyage de quelques jours.

« Il est inutile de questionner Honce- « vaux ; il ne sait rien, si ce n'est l'endroit « où je vous attends. * — Vous comprenez que l'effet de ce billet sera magique, et que votre femme , après l'avoir reçu , me suivrait au bout du monde.

— Cela est évident, et tu as raison. — Mais, j'y pense... il n'est guère possible de faire conduire par un de mes gens la voiture qui emmènera Marguerite.

— Aussi prend rai -je un carrosse de louage, dont j'aurai soin de me munira l'avance.

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— A merveille ! — Je sors ; viens me rejoindre dans la soirée à l'Opéra ; et, ensuite, nous souperons ensemble à la taverne du Cliarriot d'Or, et nous irons passer le reste de la nuit dans quelque brelan.

Ce qui fut fait.

Le lendemain, Koncevaux revint seul à l'hôtel, et il chargea Simone de remettre à madame de Pessac un billet de son mari.

Nous savons déjà ce que contenait ce billet,

Une inquiétude dévorante s'empara de Marguerite en lisant ces lignes.

— A coup sûr, — se disait-elle avec terreur, — à coup sûr il est arrivé quelque chose à Raoul . . Mais quoi ?. . .

Cependant, d'après la recommandation écrite de son mari, elle ne songea même pas à questionner Roncevaux.

Kllc jeta dans un petit coffre un peu de linge et quelques bijoux, et elle dit à Simone qui la regardait faire ces apprêts :

— Mon enfant, donnez à mon cocher l'ordre d'atteler à l'instant même.

— Mon Dieu, Madame, — répondit la camériste, — M. de Roncevaux m'a chargé de dire à Madame qu'il avait en bas une voiture toute prête.

— Alors, partons... — reprit Marguerite en s'enveloppant à la hâte dans une mantille.

— J'accompagne Madame ?

— Oui.

Les deux jeunes femmes descendirent rapidement.

Un carrosse de louage attendait à la porte de derrière, du côté des jardins de l'hôtel.

Roncevaux se tenait debout auprès de la portière de ce carrosse.

Au moment où Marguerite franchit le marchepied pour monter dans la voiture, l'éclair d'une joie indicible rayonna sur le visage de Ronceveaux.

— Elle est à moi !..: — murmura-t-il.

Il s'élança dans le carrosse, s'assit à côté de Simone sur le siège de devant, et referma la portière.

Le cocher, sans doute renseigné à l'avance, fouetta ses chevaux , qui partirent au grand trot.

Du quartier où se trouvait situé l'hôtel des Nèfles aux vastes terrains qui avoisinaient la Bastille la distance n'était pas grande, aussi fut-elle rapidement franchie.

Chemin faisant, Marguerite, en proie à un pressentiment funeste, n'adressa pas une seule fois la parole à Roncevaux.

Enfin le carrosse s'arrêta devant une porte étroite pratiquée dans un grand mur.

Au-dessus du chaperon de ce mur, on voyait apparaître les sommets verdoyants d'arbres de la plus belle venue.

— C'est ici que nous allons, Madame, — dit Roncevaux.

— M. de Pessac est-il donc là? — demanda Marguerite.

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