‹ Un gentilhomme de grand chemin (volume 3)Chapitre 8 sur 16 · CABINET DE MONSEIGNEUR LE LIEUTENANT DE POLICE · texte numérisé non relu

CABINET DE MONSEIGNEUR LE LIEUTENANT DE POLICE

« Il écrivit les mots suivants, qu'il lisait tout haut, à mesure qu'il les traçait :

« Reçu de monseigneur le lieutenant général de la police du royaume, la somme de{]Q laisse le chiffre en blanc, vous le remplirez après vérification), somme qui m'a été payée pour avoir procuré à monseigneur une entrevue avec le CHEVALIER.

« Paris, le 47..

« Le Chevalier. »

« — Voilà qui est parfaitement en règle, — ajouta le voleur quand il eut achevé ; — il ne me reste plus qu'à prendre congé de Votre Excellence, ce que fais avec le respect le plus absolu...

« Il s'inclina profondément et il sortit en effet du cabinet (après avoir remis sa perruque et repris sa physionomie de vieillard). — Il ferma la porte à double tour, et il mit la clef dans sa poche.

Le Chevalier.

(Suite.)

« Le chevalier traversa d'un pas posé les salons déserts, et se trouva bientôt dans la première pièce où travaillait le secrétaire du lieutenant de police.

« — Eh bien, monsieur le baron, — lui dit un peu ironiquement le jeune homme, qui avait sur le cœur son exclusion du ca-

binet de monseigneur, — votre audience est finie ?

« — Gomme vous voyez, Monsieur.

« — îl me semble qu'elle n'a pas duré bien longtemps.

« — Tout îe temps nécessaire, je vous assure.

c — Alors , vous avez dit à Monseigneur?...

« — Ce que j'avais à lui dire... entièrement et à loisir.

« — Ainsi, Monseigneur et vous, vous êtes contents l'un de l'autre?

c — Je pense qu'il est satisfait de moi ; et, quant à moi, je suis enchanté de lui, ie vous jure!... En voici des preuves parlantes...

■ Va Je faux vieillard, en disant ces mots, tira de sa poche de côté le paquet de vingtcinq billets de caisse.

« A la vue des précieux chiffons, le secrétaire comprit qu'il se trouvait en présence d'un homme qui venait, bien réellement, de rendre à la police un service immense.

« Il quitta son ton moqueur.

< Il se leva et accompagna le prétendu baron de Chandos jusqu'à la porte extérieure.

« Là, le vieillard monta dans un vieux fiacre qui s'éloigna au trot pesant de ses deux chétives haridelles.

« Où alla ce fiacre?

« Di le chevalier le sawni

« Le secrétaire, après un dernier salut, retourna se mettre au travail.

« îl s'attendait à être , d'une minute à l'autre, appelé par Monseigneur.

«Un quart-d'heure se passa... — puis une demi-heure... — puis uneheure,.. sans que la sonnette retentit.

« Ceci ne faisait point l'affaire du jeune homme , qu'une très-vive curiosité tourmentait.

« Aussi, comme on vint des bureaux demander la signature de Son Excellence au bas d'une pièce officielle, il saisit cette occasion de se présenter, sans y avoir été appelé, dans le cabinet du lieutenant de police.

« Muni du parchemin que Monseigneur devait signer, il alla frapper à la porte.

« Pas de réponse.

« Seulement il lui sembla entendre un gémissement sourd et douloureux. — Mais ce pouvait être une illusion.

« Le secrétaire frappa une seconde fois.

« Même silence et même gémissement plaintif, —mieux accentué seulement.

« Cette fois, le doute n'était plus possible... — 11 était arrivé quelque chose à Monseigneur !

« Le secrétaire essaya d'ouvrir.

«Nous savons déjà que la porte était fermée et que le chevalier en avait la clef dans sa poche.

i Le secrétaire hésita.

« Mais son zèle l'emporta sur l'étiquette.

« Peut-être y avait-il urgence?...— Monseigneur avait le cou court... — Qui sait si une attaque d'apoplexie ne l'avait point terrassé à l'improviste ?...

« Le secrétaire donna un vigoureux coup d'épaule dans un des panneaux.

« La porte s'ouvrit.

« Le lieutenant de police, bâillonné et attaché, avait la ligure violette et les yeux hors de la tête.

« Evidemment une congestion cérébrale était imminente.

« Quelques secondes suffirent au jeune homme pour dénouer le bâillon et trancher les cordes.

c< — Ah ! Monseigneur, — s'écria-t-il, — je cours chercher le médecin de Votre Excellence...

DE GRAND CHEMIN. ]'ô\

« Le haut personnage l'arrêta du geste,et, lorsque sa suffocation lui permit de par* 1er, il dit :

« — Non... non... n'allez chercher personne... et; surtout, que qui que ce soit au monde ne puisse se douter de cette déplorable aventure !

« — Oh ! Moi; if î qui donc s'est

permis?., et quel était donc cet homme... ce misérable?...

« — Cet homme... ce misérable... — répondit, ou plutôt balbutia le lieutenant de police , — c'était. . . c'était le chf.valiek ! .

t -*• Maintenant, Mes -ajouta le

marquis d'Àng< unes, — ; < maii : , il se peut faire

que cette anecdote soit parvenue à ma connaissance, malgré le secret si bien recommandé par Monseigneur à son secrétaire?

« C'est bien simple.

« Le jeune homme en question a gardé effectivement le secret avec tout le monde... excepté avec sa maîtresse... une fort jolie fille, ma foi!...

« Cette créature, que, dans un moment de distraction , j'ai honoré de quelques bonnes grâces, m'a fait le récit de ces faits que j'ai trouvé piquants et que je viens d'avoir l'honneur de vous raconter.

Tous les auditeurs, — y compris Raoul de Pessac, — déclarèrent d'une commune voix que le chevalier était un voleur modèle.

Ensuite on parla] d'autre chose, et le bal continua gaiement.

On connaît le peuple de Paris, — il est et il a toujours été le peuple léger et impressionnable par excellence.

L'audace et l'esprit lui plaisent plus que tout au monde.

Audacieux ou spirituel, un bandit deviendra facilement son héros.

Mandrin, Cartouche, Denis Poulailler lui-même, et, de nos jours, le fantastique Robert-Macaire , ce personnage plus réel qu'on le pense généralement, sont là pour le prouver.

On devine, par conséquent, combien les anecdotes que nous venons de mettre

sous les yeux de nos lecteurs, et beaucoup d'autres du même genre, avaient dû rendre populaire le nom du chevalier.

Aux plus hauts comme aux plus bas étages de la société, il était le sujet de toutes les conversations.

Beaucoup de sympathies lui étaient acquises.

La foule prenait parti pour lui dans cette lutte engagée entre lui et la police.

Et ce fait, quoique profondément immoral, se comprend cependant jusqu'à un certain point.

Par-dessus toute chose , Paris aime les émotions vives et les sujets de causerie.

Or, Paris prenait un intérêt prodigieux

DE GRAND CHEMIN. l'Ô'o

aux faits et gestes historiques ou apocryphes du chevalier.

On ne s'abordait qu'en se disant :

— Que savez-vous de nouveau du chevalier?

Or, que le chevalier fût appréhendé au corps et incarcéré au Grand-Chàtelet, et tout était fini.

Sans doute, il y aurait bien les révélations curieuses et les drames fortement accidentés du procès.

Il serait infiniment curieux de connaître enfin les traits de ce célèbre inconnu et de le voir bien en face.

Enfin et surfout, le bon peuple pjirisVn

trouverait un plaisir sans pareil à contempler son idole faisant amende honorable sous le parvis Notre-Dame, et à entendre la masse du bourreau briser ses membres et broyer ses os sur la roue...

Oui, mais le lendemain de l'exécution,

— de quoi s'occuper? — à qui penser?

Donc, il valait mieux, — cent fois mieux !

— jouir longtemps du mélodrame tragicomique et en reculer autant que possible le dénouement.

Chacun comprenait cela à merveille, et chacun faisait des vœux, nous le répétons, pour que Dieu, dans sa bonté et dans sa justice, accordât longue vie et bonne santé au chevalier.

Que devenaient cependant Denis, Mar-

DE GRAND CHEMIN. ! o~

guérite et les autres personnages plus ou moins secondaires de notre histoire, et que se passait-il à l'hôtel des Nèfles ?

Nous allons le savoir.

XVÎ

Marguerite.

Raoul de Pessac, ou, pour mieux dire, Jean-Denis Poulailler, avait fait de l'hôtel des Nèfles, — nous n'avons pas besoin de le dire, — le quartier général des gentilshommes de grand chemin.

Les souterrains de la splendide habitation du Marais avaient remplacé ceux du château de Falkenhorst.

Tous les bandits allemands sans exception étaient venus à Paris à la suite de leur capitaine et de leur lieutenant.

Quelques-uns remplissaient, en apparence, des fonctions dans la domesticité de l'hôtel.

Nous disons en apparence , car Denis et Roncevaux avaient eu soin que ces fonctions fussent de véritables sinécures.

Les autres ne quittaient la partie souterraine de l'hôtel que pour des expéditions nocturnes, fréquentes et lucratives, et, aussitôt après ces expéditions terminées, ils rejoignaient, par le pavillon du jardin, leur asile mystérieux et introuvable.

Deux ou trois fois la police s'était crue sur les traces de ces adroits bandits.

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Mais toujours elle avait perdu leur piste, juste au moment où elle croyait n'avoir plus qu'à ouvrir la main pour la refermer sur eux.

Malgré les libéralités princières dont nous avons donné quelques exemples, — libéralités calculées fort habilement pour attacher h son nom une popularité prodigieuse et un prestige presque fantastique, — Denis amassait des sommes considérables.

Il se proposait fermement, lorsqu'il se trouverait assez riche, de renoncer a la profession hasardeuse de voleur, de licencier ses subordonnés et de vivre en bon gentilhomme.

Seulement, comme ses goûts de luxe grandissaient de jour en jour, et qu'il ne voulait renoncer à aucune de ses ias-

v. Il

tueuses habitudes, il s'était juré à luimême d'atteindre le chiffre énorme d'un million de livres avant de se retirer des affaires.

Or il s'en fallait encore, et de beaucoup, que ce million fût réalisé.

Iloncevaux , ainsi que nous le savons déjà, cumulait les fonctions d'intendant avec celles de lieutenant.

Mais cet emploi d'intendant, il semblait l'avoir accepté beaucoup plus par attachement pour Denis que pour tout autre motif.

Le prétendu Raoul de Pessac avait présenté à sa femme M. de Honcevaux, lors de leur arrivée à Paris, en lui disant que ce jeune homme, son ami d'enfance, appartenait à une excellente famille entière-

ment ruinée par de récents malheurs. — — Je l'ai prié de vouloir bien s'occuper de l'administration de notre maison, et il y a consenti, — ajoutait-il. — Il est donc le maître dans notre maison aussi bien que nous-mêmes, et sa position n'a quoi que ce soit de subalterne.

En effet, Roncevaux était traité par Denis sur le pied de la plus parfaite égalité.

11 mangeait à la table de M. et de madame de Pessac, et, le soir, somptueusement vêtu, il paradait dans les salons avec l'aimable assurance d'un jeune seigneur.

Marguerite, elle, s'étourdissait de son mieux au milieu du bruit incessant qui se faisait autour d'elle.

Chacuns de ses jours étaient des jours de fête.

164 UN GEiSTILHOMME

Pour elle, les plaisirs les plus variés se succédaient sans relâche, car, en outre de ce qu'elle recevait plusieurs fois par semaine, elle était accablée d'innombrables invitations.

Aussi n'avait-elle pour ainsi dire pas le temps de penser.

D'ailleurs elle aimait son mari, — nous l'avons dit déjà, — elle l'aimait d'un amour violent qui semblait augmenter d'intensité de jour en jour et pour ainsi dire d'heure en heure.

Seulement, — et ceci arrivait de temps à autre, — Raoul de Pessac, forcé de surveiller des affaires d'intérêt d'une grande importance , s'éloignait de l'hôtel et de Paris pendant un ou deux jours, — quelquefois même pendant un peu plus.

DE GRAND CHEMIN. I Oo

Alors une profonde et invincible tristesse s'emparait de Marguerite.

Alors elle pensait à tout ce qu'elle avait quitté, — à tout ce qu'elle avait perdu...

Elle pensait au baron îléginald , son vieux père si noble et si bon, dont elle ne verrait plus la tète blanchie doucement inclinée sur les pages gothiques du traité de chasse de messire duFouilloux, — dont % elle ne recevrait pas la bénédiction dernière , — dont elle ne fermerait pas les yeux à l'heure de la mort...

Elle pensait à sa sœur, à sa douce et bien-aimée Mina, qu'elle avait vu grandir à ses côtés, — qu'elle entourait de la double affection d*une mère et d'une sœur, — dont elle ne recevrait plus les baisers, les touchantes caresses, et qui peut-être, bientôtj trouver seui bandom

IGfi UN GENTILHOMME

dans ce grand château de Kergen , tout tendu de draperies noires pour la mort du dernier baron!.,.

Elle revoyait , avec les yeux de l'âme et du souvenir, le parc verdoyant aux larges allées ombreuses , aux perspectives infinies.

Elle savait le nom de chaque arbre, — elle savait son âge , — elle avait en lui un ami.

Ici, sa main enlacée à la petite main de Mina, elle courait jusqu'à perdre haleine sur la marge gazonnée des taillis.

Là, sous l'ombre épaisse de ce hêtre centenaire, les deux enfants se plaisaient à tresser des couronnes de feuillage.

Partout des souvenirs , — doux et frais

comme la jeunesse , comme le printemps, comme les fleurs.

Oh! combien Marguerite n'aurait-elle pas donné, pour revoir, ne fût-ce qu'un

instant, les tourelles pointues du château,

— les marches de granit du perron, — les honnêtes figures des vieux domestiques,

— les solives saillantes et sculptées qui rayaient les plafond? des salles antiques,

— pour entendre honnir les chevaux du baron, et les grands lévriers aboyer joyeusement sous la feuillée...

Mais, hélas!., c'était impossible !..

Impossible !..

Et alor a' se

serrer, — ■ . . muettes, mais

amères , coulaient une a une le loirj de ses joues pâlies.

Elle se sentait malheureuse... elle aurait voulu mourir...

Mais, qu'un bruit soudain vint lui annoncer le retour de Raoul, pleurs, chagrins, tristesses , souvenirs de famille, tout était oublié !..

Marguerite bondissait comme une jeune biche à la rencontre de son bien -aimé mari.

Elle l'enlaçait de ses deux bras, elle se suspendait à son cou.

Radieuse , souriante , elle lui prodiguait les caresses les plus douces et les noms les •dus tendres.

Enfin la jeune femme, un instant auparavant courbée et languissante comme la fleur pendant l'orage , se ranimait et revi-

vait par l'amour, comme la fleur avec le beau temps.

Quelle était, cependant, la situation du cœur de notre héros ?

Marguerite était-elle encore aimée?

Il y aurait ici toute une étude à taire, — étude longue et difficile, mais curieuse.

Balzac l'aurait entreprise et menée à bien , — mais Balzac était un grand homme.

Nous ne sommes, nous, qu'un pygmée.

Si nous voulons qu'on nous lise, nous n'avons pas le droit d'être sérieux un instant.

Ce qui, sous une plume magistrale, aurait l'intérêt immense d'un coin du cœur

humain dévoilé, ne serait, en nos pages , qu'une longueur aride.

Nous devons donc nous contenter de répondre en quelques mots à cette question que nous posions un peu plus haut :

— Marguerite était-elle encore aimée?

— Oui et non.

Ou nous avons bien .mal indiqué les traits saillants du caractère de Denis , ou il est impossible de croire que la nature de notre héros fut susceptible d'un amour bien vrai, bien profond, bien sincère.

Tout amour, véritablement digne de ce nom, comporte, d'abord et avant tout, un dévouement absolu, exclusif, passionné.

Denis pouvait-il être dévoué?

DE GRAND CHEMIN. I Tt

Nous ne le croyons pas.

Denis , ce nous semble , ne pouvait aimer que de deux façons.— Avec sa tête et avec ses sens , mais, avec son cœur, jamais.

Sans doute , il pouvait se faire illusion à lui-même à cet égard, — mais combien de temps durent les illusions ?

A l'époque ou Denis s'était présenté au château de Kergen , sous le nom de Raoul deNavailles, il avait aimé Marguerite autant qu'il lui était donné d'aimer, — il l'avait aimée d'autant plus, qu'en outre de sa jeunesse , de sa beauté, des séductions infinies de sa grâce et de son innocence , elle lui offrait la réalisation d'un rêve de fortune , si beau qu'il en était éblouissant.

Devenu le gendre du baron de Kergen,

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le bandit se trouvait, comme par enchantement, riche et noble.

Ce rêve évanoui, Denis aimait encore Marguerite, ou, pour mieux dire, la désirait toujours.

Son amour pour elle résidait alors presqu'entièrement dans les sens.

Lorsque, à la suite de la comédie sacrilège que nous avons racontée, la jeune fille lui appartint , — ■ la possession ne fit qu'attiser la flamme sensuelle allumée en lui par la rayonnante beauté de Marguerite.

Mais, peu à peu, cette flamme, sans s'éteindre absolument, diminua d'intensité.

Nul doute que, si les deux jeunes gens eussent vécu dans une solitude, quelques mois auraient suffi pour que Denis se dégoûtât absolument de sa femme.

Mais ils vinrent à Paris . —ils vécurent au milieu du monde.

Là. Marguerite étincela comme une étoile lumineuse.

Denis la vit entourée d'hommages, — il la vit reine parmi toutes les femmes , et la première entre les plus jolies.

Ces succès flattèrent son orgueil.

L'enthousiasme du monde lui confirma la valeur immense de ce diamant sans tache dont une infâme trahison l'avait rendu possesseur.

La vanité le rattacha a Marguerite.

Cependant il lui faisait de nombreuses et continuelles infidélités, avec une foule de femmes qui étaient bien loin de la valoir.

Mais la pauvre Marguerite était confiante jusqu'à l'aveuglement.

Aimant son mari plus que tout au monde, elle ne doutait point qu'elle ne fût aimée de même.

Elle croyait en lui , et ne le soupçonnait point.

Restait la jolie Simone, — la ravaudeuse devenue soubrette , Y amante du tendre Benoit.

Roncevaux ne lui avait exagéré en rien l'importance de ses fonctions et l'influence dont elle jouirait à l'hôtel des Nèfles.

Il va sans dire qu'elle avait fait admettre, sans conteste, le patron de son amoureux parmi les fournisseurs de l'hôtel.

Benoit apportait chaque jour une incommensurable quantité de pains, petits et gros , sur lesquels, mettant en œuvre fort habilement les sages conseils de Simone , il réalisait un fort raisonnable bénéfice.

Marguerite aimait beaucoup Simone, — elle se plaisait à la faire causer, — à l'interroger sur les mœurs populaires de Paris, — et elle lui témoignait, en tout occasion, la confiance la plus entière.

Le crédit dont elle jouissait auprès de sa maîtresse , valait à Simone beaucoup d'égards et de considération parmi la valetaille qui encombrait les antichambres.

Bref, elle commandait à tout le inonde.

Roncevaux seul avait su prendre sur elle un empire absolu; — il avait avec elle

d'assez fréquentes conférences , et il semblait la façonner comme un instrument dont il aurait compté se servir plus tard pour quelque mystérieux projet.

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