‹ Un gentilhomme de grand chemin (volume 4)Chapitre 10 sur 11 · F. GP.AM) CHEMIN 2G · texte numérisé non relu

F. GP.AM) CHEMIN 2G

— Quoi donc encore, mon Dieu'

— Vous savez, maintenant, que ce jeune homme n'est point le chevalier de Navailles... ~ Voulez-vous savoir ce qu'il est?

Réginald n'eut pas la force de répondre autrement que par un geste.

Van-Goët poursuivit :

— Cet homme est un bandit ! — un voleur ! — un assassin !..

Réginald bondit.

— Un bandit ! - cria-t-il.

— Oui.

26 i UN GEiNTILÎiaMME

— Un voleur !

— Ouiw

— Un assassin!..

— Oui !.. trois fois, oui!..

— La preuve de cette accusation nouvelle !.. la preii ve !.. la preuve ! . .

— Il y a quelques mois, à l'auberge du Faucon blanc, à Goldner, je fus dévalisé et laissé pour mort... — la bande de voleurs qui pilla mes bagages était la bande de cet homme... — la main qui me frappa était la main de cet homme !

Les yeux de Réginald s'agrandissaient

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démesurément de stupeur et d'épouvante.

— Ah ! — murmura-t-il — c'est impossible !

— Je l'ai reconnu — répondit le Juif.

— Et vous êtes sûr que c'est lui?

— Oui.

§ •— Sur le salut de votre âme vous le jureriez ?

— Je le jurerais.

Réginald ploya la tète, et, pendant un instant, garda le silence.

Puis il reprit ;

— Encore une fois, c'est imposible et je ne veux pas le croire!.. Une étrange ressemblance vous aiiuse... Aventurier...

peut-être .. mais, bandit !.. oh!..

— Cela aussi, je vous le prouverai... — reprit'Van-Goët — et, alors, pour en revenir aux titres et aux papiers de famille dont vous me parliez tout à l'heure, vous comprendrez qu'il n'est pas étonnant que l'assassin se soit fait faussaire !..

La Lettre.

Il y eut un assez long silence entre les deux interlocuteurs de la scène que nous racontons.

Le baron de Kergen, ébranlé dans ses croyances, terrassé dans ses doutes, s'efforçait de douter encore contre l'évidence.

2C8 UN GENTILHOMMC

11 ne pouvait se résigner, le noble vieillard, à enlever, d'un seul coup, son estime et son affection au sauveur de ^J arguerite.

— Ah ! — murmura-t-il enfin avec un accablement manifeste — Ah ! vous avez raison sans doute et je comprends combien la logique de vos raisonnements est inattaquable... mais ce ne sont que des raisonnements, et, ces preuves manifestes que vous m'aviez promises, vous ne me les donnez point...

— Quoi ! tout ce que je viens de vous dire — s'écria Van Goët — ne vous semble ni suffisant, ni convainquant?..

— Hélas! l'un et l'autre, mais que voulez-vous? je ne puis croire à tant de per-

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versiié, à tant de dissimulation!., je ne puis croire que Dieu ait voulu donner cette enveloppe si gracieuse et si charmante à l'àme d'un assassin !.. je cherche à me persuader que vous vous êtes trompé vousmême...

— C'est impossible!., on ne se trompe pas à ce point, et dans des choses aussi graves...

— Peut-être, à l'endroit du vicomte AymerdeNavailles, vos souvenirs sont-ils inexacts?

Van-Goët secoua la tête,

— Enfin, — reprit Réginald — je me trouve, vous le comprenez, dans une situation horrible!..— Songez que, quelque

soit ce jeune homme, il est aimé de Marguerite et que j'ai approuvé cet amour... — Songez que leur mariage était décidé, et qu'en le rompant je vais briser le cœur de ma fille !...

— Aimez-vous donc mieux la donner à un voleur, à un faussaire, à un meurtrier?..

— Non, certes! — aussi, dès aujourd'iiui, je vais éclaircir la situation, et, pour

cela faire, écrire à Paris...

— C'est inutile...

— Comment cela?

— Je puis, dès demain, mettre sous vos yeux une lumière si vive que, malgré

DE GRAiND CHEMIN. 271

VOUS, VOUS serez forcé d'y voir clair...

— Et cette lumière , d'où viendrat-elle?

— Du comte de Salberg, dont je parlais pendant le dîner, au prétendu Raoul de Navailles... — le comte habite Manheim, et je sais qu'il connaît personnellement, non-seulement le vicomte Aymer , mais encore son véritable fils. ..

— Eh bien?

— Eh bien, je vais, à l'instant même, expédier un de mes gens à Manheim, avec une lettre pour le comte. -- Ce courrier arrivera ce soir. — Le comte, par conséquent, pourra se trouver auprès de nous demain dans la matinée. ~ La confronla-

2" 2 UN fxKNTILHOMMK

tion aura lieu, et j'espère que vous ne douterez point du témoignage de mon vieil ami... — Quant à la seconde et à la plus grave accusation, permettez-moi de tendre à l'aventurier en question un piège dans lequel il est impossible qu'il ne tombe pas devant vous...

— Soit... — répondit Pièginald.

— Et, — poursuivit Van-Goët — s'il vous est prouvé qu'il est coupable sur tous les points, vous l'abandonnerez à la vindicte des lois irritées?..

— îl le faudra bien,.. — répondit le baron, — cependant, je ne puis souffrir que la justice vienne s'emparer de lui jusqu'ici.. . — il faut que le sauveur d'une fille de la maison lie Kergen puisse sortir sain et

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sauf du château de Kergen... — Je lui dirai quel péril le menace... il fuira, et je prierai Dieu de le protéger et de le ramener au bien...

— Ainsi soit-il, — dit Van-(ioël. — Je vous quitte, mon cher baron, et je vais écrire à l'instant même au comte de Salberg... Soyez assez bon pour faire donner à l'un de mes gens l'ordre de se tenir prêt à monter à cheval à l'instant.

Ainsi se termina la conversation du baron et de son hôte.

Tous deux sortirent de la bibliothèque.

A peine venaient-ils de refermer la porte

derrière eux, que la tapisserie dont nous

avons déjà parlé s'agita de nouveau.

On entendit s'exhaler un faible gémissement.

A ce bruit, succéda celui de la chute d'un corps qui roulait sur le plancher.

C'était Marguerite qui venait dé s'évanouir.

La malheureuse enfant avait tout ^entendu.

Il pouvait être six heures du soir.

Le courrier de Van-Goët était parti, em-

portant non pas seulement une lettre, mais deux.

La première était adressée au comte de Salberg, et nous en devinons le contenu.

La seconde portait la suscription suivante :

A monsieur.

Monsieur le lieutenant criminel de la ville de Manheim.

En son hôtely

à Manheim,

Nous croyons devoir reproduire cette lettre, qui, d'ailleurs, n'était point longue.

2'G UN r,E.\TIl.JI(iM>Jli

Monvsieur le lieutenant criminel,

« J'ai l'honneur de vous informer qu'un « misérable de la plus dangereuse espèce, « et, sans doute, le chef de cette troupe de « bandits qui infestent vos contrées, s'est « introduit, sous un faux nom, au sein de « l'une des familles les plus nobles et les c plus vénérables de toute l'Allemagne.

« Cette famille est celle du baron Uégi- « nald de Kergen.

« Le jeune aventurier prend le nom d'un « gentilhomme français , et se fait appeler € le chevalier Raoul Hector de Navailles.

« Par malheur, ce dangereux bandit est « doué de l'extérieur le plus sédijisant. « Il a d'ailleurs sauvé d'un péril fort

€ .orave l'une de mesdemoiselles de Ker- • gen.

« Le baron , par un sentiment de « loyauté chevaleresque, veut que ce jeune « homme, une fois démasqué, puisse sor- « tir de chez lui sain et sauf, et aille se « faire pendre ailleurs.

« Mais moi qui ai failli devenir sa vic- « time et qui n'ai pas les mêmes raisons « que monsieur de Kergen de m'intéresser «à lui , je viens vous prier de prendre

des mesures pour que le bandit ne puisse « s'éloigner sans tomber entre vos mains.

€ Vous pouvez vous concerter à ce su- « jet avec monsieur le comte de Salberg, « votre concitoyen, à qui j'ai l'honneur « d'éci'ire en mêiu<.' temps ([u'à vous , et

« qui , demain , viendra me rejoindre au « château de Kergen , atin d'y démasquer e l'imposteur. »

Cette lettre finissait par les formules usitées en pareille circonstance.

On voit quel péril imminent planait audessus de la tête de Denis , précisément à l'heure où il se croyait désormais à l'abri de tout danger.

Rien ne fut plus triste , pendant la dernière partie de cette journée , que l'intérieur du château de Kergen.

Le baron , afin de ne pas se trouver en présence de Raoul , s'était enfermé dans sa chambre.

DE GIUND CHK^'IN. 279

Personne ne savait où se trouvait Marguerite , que nous avons laissée évanouie derrière une des portières de la bibliotiièque.

Van-Goët, après avoir écrit les deux lettres que nous connaissons , s'était mis à travailler avec son secrétaire.

Denis errait comme une àme en peine, à travers les allées les plus solitaires du parc.

Mina, la blonde Mina, seule dégagée de toute préoccupation , par conséquent seule joyeuse , voltigeait , comme un papillon ou comme un oiseau , parmi les plates-bandes et les corbeilles , s'amusant à recueillir une véritable moisson de fleurs.

2S0 UN OEMILIIUMME

L'obscurité commençait à descendre du ciel , quand une forme blanche et svelte se dessina en iiaut des degrés du perron.

C'était Marguerite dont l'évanouissement venait seulement de finir.

Elle était excessivement pâle , et sem- ])lait ne marcher qu'avec peine.

Denis, qui se préparait à rentrer au château , l'aperçut île loin et s'avança vivement vers elle.

Arrivé à quelques pas , il remarqua son étrange f âJeur.

— Oh! rnon Dieu!... •*- murmura-l-il — qu'avez-vous?

DE (a'.AND CHEMIN- 281

La jeune tille ne répondit pas à cette question.

— Raoul , — dit-elle d'une voix basse et tremblante , qui ne ressemblait en rien à sa voix ordinaire. — Il faut que je vous parle...

— Eh ! bien , chère Marguerite , me voilà... Je vous écoute...

~ Non... pas maintenant...

— Pourquoi?

— Il faut qu'on ne puisse ni nous écouler, ni nous surprendre...

— Eh ! bien , quand ?

— Ce soir.

— A quelle heure?

— A neufheures ..immédiatement après le souper...

-Où?

— Au bout de la grande charmille...

auprès de la statue de Diane chasseresse...

— J'y serai... Mais , au nom du ciel , de quoi s'agit- t-il donc ?. . .

— De vie et de mort , pour vous et pour moi... - répondit lentement la jeune fille.

Et, après avoir prononcé ces terribles paroles , qui retentirent aux oreilles de

Denis comme la trompette du jugement dernier, elle rentra dans l'intérieur du château, d'une marche hésitante et brisée qui ressemblait à celle des fantômes.

Denis , lui , resta immobile dans l'endroit où il se trouvait.

Lejeune homme représentait assez bien la statue de la Stupéfaction et de l'Inquiétude.

Un laquais lui vint annoncer que le souper était servi.

11 se rendit machinalement dans la salle à manger.

lîl

Le souper ne dura guère plus d'une demi-heure et , attendu la disposition d'esprit de chacun de nos personnages , il fut singulièrement triste.

Aussitôt cpie les convives eurent quitté la salle à manger, Denis , rempli de vagues appréhensions et d'une mortelle inquié-

tude , s'enfonça dans le parc et se dirigea, guidé par l'incertaine clarté de la lune, vers l'endroit désigné par la jeune fdle.

Cet endroit était une salle verte. (Gomme on disait à cette époque.)

Cette salle verte se trouvait à l'extrémité d'une longue et magnifique allée de tilleuls qui formait l'une des lisières du parc.

Au centre , sur son piédestal de granit , trônait une blanche statue de Diane chasseresse.

Tout à l'entour, des bancs rustiques semblaient offrir aux promeneurs le repos et la solitude sous les grands arbres.

Denis, arrivé tout haletant au lieu du rendez-vous , se laissa tomber sur un de ces bancs.

Un quart-d'heure se passa.

• Puis un autre.

Puis un autre encore.

Denis commençait à craindre que Marguerite n'eut été retenue au château par quelque circonstance imprévue et impérieuse.

Et , du fond de son âme il maudissait ce retard qui Fallait laisser plongé, pour toute la nuit, dans une perplexité désespérante.

28H 1:N CKNTILHiKMMi:

Enfin un pas . tout à la ibis rapide et hésitant se fit entendre, et la jeune fille apparut à quelque distance.

\ mesure qu'elle approchait , sa forme blanche et svelte prenait , à travers les ombres de la nuit, l'aspect d'une apparition surnaturelle.

On eût dit un de ces génies familiers, hôtes charmants des forêts de la fantastique Allemagne.

DQjfîis se précipita au-devant d'elle.

La jeune fille , haletante , épuisée par la fiévreuse rapidité de sa course et tremblante d'émotion , s'appuya sur son bras , sans prononcer une parole , et se laissa

DE GRANU CHEMIN. 589

guider par lui jusqu'auprès du banc rustique dont nous avons déjà parlé.

Au milieu du profond silence de cette nuit étoilée , on entendait distinctement le ^aible bruit des pulsations réitérées du cœur de xMarguerite.

Elle appuyait ses deux petites mains contre sa poitrine violemment soulevée , et elle attachait son regard fixe et étrange sur son amant , debout devant elle.

— Marguerite... Chère Marguerite... — murmura Denis. — Mon Dieu , qu'avez- Yous et que sepasse-t-ildonc?...

En entendant le son de la voix de son

amant, la jeune fille tressailHt avec une

sorte d'effroi.

590 m GEMJLHOMME

-— Raoul , demanda-t-elle en se levant. — Raoul , jurez-moi que vous allez me dire la vérité... Toute la vérité !...

— La vérité ! . . . toute la vérité ! .. . — répéta Denis. — Mais à quel sujet?., à quel propos?...

— Jurez 1...

— Eh bien , je le jure...

— Sur votre honneur?...

— Sur mon honneur.

— Sur la mémoire de votre mère?...

— Sur la mémoire de ma mère... — Mais , au nom du ciel , pourquoi me demander cet étrange serment?...

— Ne le devinez-vous pas ?

DE GRAM) CHEMW. toi

— Non , certes !

— Eh ! bien , vous allez tout savoir...

— Parlez vite, je vous en supplie , car,' vous devez le comprendre , je suis sur des charbons ardents...

— Connaissez-vous cet homme qui , depuis hier, est l'hôte de mon père?...

— Le banquier Yan-Goët?

— Lui-même.

— Vous me demandez si je le connais ?

— Oui.

— Je l'ai vu aujourd'hui pour la première fois.

— Ainsi donc, jamais vous ne vous étiez trouvés en face l'un de l'autre ?..

— Jamais.

— Ni le jour, ni la nuit ?..

Marguerite appuya sur ces trois derniers mots.

— Ni le jour, ni la nuit... — répondit le jeune homme avec un calme admirablement joué, quoiqu'il se sentît au moment de défaillir.

— Et , — poursuivit Marguerite, — et , vous vous appelez bien Raoul Hector de Na vailles?...

— Certes î

— Et, VOUS êtes bien le tils du vicomte Aymer de Navailles !...

•—Eh ! — s'écria le jeune homme avec une feinte indignation , — qui donc a le droit d'en douter?...

—Ah! — murmura Marguerite, avec une expansion délirante. — Si vous dites la vérité , que le ciel soit béni cent fois !..

— Marguerite... Marguerite... — demanda notre héros d'une voix suppliante, — que signifient ces questions étranges , qui me bouleversent et qui me rendent fou 1... — J'entrevois sous mes pas un abîme , mais je ne puis deviner par qui cet abîme a été creusé!... — Suis-je accusé?., — Par qui le suig-je?.. que me re-

294 UN GENTILHomiE

proche-l-on? Et VOUS, >!aroiierite, vous qui êtes mon espoir, mon bonheur et ma vie, vous aussi, doutez-vous de moi?...

— Je n'ai jamais douté, Raoul, —répondit la jeune fille avec une indicible tendresse, — si j'avais eu un doute... un doute réel, au fond du cœur, serais-je venue?.. Non , je n'ai pas douté , mais... pardonnez-moi, lîaoul... Je suis femme... Je suis faible... J'ai frémi... J'ai tremblé... J'ai eu peur...

— Frémi?., tremblé?., pourquoi? Que craignez-vous?... •

— Ah! Raoul... Si vous aviez entendu comme moi...

— Quoi donc ?

— Ce que cet homme disaît à mon père...

— Le banquier Van-Goët, n'est-ce pas?

— Oui.

— Eh bien?

— 11 parlait de vous...

— De moi?... Mais il ne me connaît pas plus que je ne le connais moi-même...

— Oh! je vous crois!.. Je vous crois, Raoul!...

— Entin, que disait-il?... — Je vous en supplie, parlez...

— Je n'ose vous répéter ses mensonges et ses calomnies...

296 Ui\ GEiNTILHOMME

— Pourquoi? rp eD -

— Parce que vous ne me pardonnerez pas de les avoir écoutées jusqu'au bout...

— C'était donc bien odieux?...

— Oui , bien odieux et bien infâme...

— Cependant il ne m'accusait point d'être un voleur ou un assassin , je suppose...

— 11 vous accusait , d'abord , Raoul , de porter un nom qui n'est pas le vôtre...

l.e jeune homme haussa les épaules.

— Et, ensuite? — demanda-t-il.

— 11 vous accusait d'être le chef de cette

DE GRAlNU CHEMIN. 297

Lande d'audacieux uialfaiteurs qui ravagent ce pays...

Denis se mit à rire , d'un rire strident et en quelque sorte métallique.

— Et, ensuite? — fit-il pour la seconde fois.

La jeune fille reprit:

— Il vous accusait , enfin , d'avoir voulu l'assassiner , de voire propre main , il y a quelques mois , dans une petite auberge des bords du Rhin...

— Bravo !.. — s'écria Denis , — bravo!'.. Ce banquier Van-Goët n'est point de mes amis, à ce qu'il paraît!... ïudieu!...

quelle imagination fertile !... Le chevalier de Navailles , voleur de grands chemins '.. Franchement je n'aurais jamais imaginé

cela , moi qui vous parle ! . . . Et que répondait votre père à toutes ces belles choses?...

— Il demandait la preuve.

— C'est précisément ce que j'aurais fait à sa place. — Et cette preuve , l'autre , le Juif, le banquier, trouvait assez embarrassant de la donner, j'imagine...

— Il la promettait du moins... — un de ses gens est parti à franc étrier, il y a quelques heures, pour aller chercher à Manheim ce vieil ami de votre père dont il vous parlait à dîner, et qui, selon lui, affirmera que le véritable Raoul de Navailles n'a pas le moindre rapport avec vous.

Denis devint excessivement pâle.

Mais la clarté des étoiles était trop fai-

ble pour permettre à Marguerite de remarquer cette pâleur.

— Misérable calomniateur !.. — s'écriat-il — je te confondrai !..

— Quant au reste — reprit la jeune fille, — il se fait fort de vous tendre un piège dans lequel vous tomberez et qui démontrera, jusqu'à l'évidence, que c'est bien vous qui avez tenté de l'assassiner...

— Toute la honte de cette folle entreprise retombera sur lui !.. — répliqua Denis.

— Oh ! que vous me rendez heureuse en parlant ainsi!.. — murmura Marguerite.

— Jurez-moi de nouveau, ma bien-ai-

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