U.N GENTILHOMME
Un ruisseau rapide, mais sans profondeur, circulait à quelques centaines de pas du théâtre du crime.
Les bandits, avec cet instinct merveilleux que l'américain Cooper prête à ses Mohicans, avaient fait entrer leurs chevaux dans le lit de ce ruisseau, de façon à ce qu'il devint complètement impossible de les suivre à la trace . ? .
— Voilà des gens bien habiles et bien redoutables!., —s'écria le baron, quand il se fut aperçu de la circonstance que nous venons de mentionner.
"— Allons — pensa Denis de son côté ~ les gentilshommes de grand chemin sont commandés de main de maître, et Roncevaux deviendrait un grand homme si je ne l'arrêtais en route !..
Le soir du même jour, Marguerite et Denis se rencontrèrent dans l'une des allées les plus solitaires du parc.
Nous savons que les deux jeunes gens s'aimaient, mais qu'ils ne se l'étaient jamais dit.
Marguerite, comme toutes les jeunes filles dont l'amour s'unit à une ignorance complète du danger et à une chasteté absolue, était étrangère à toute pruderie ridicule.
Elle ne hâta donc point le pas, en voyant Denis s'approcher d'elle, et elle n'eut seulement point la pensée de l'éviter.
Seulement son cœur battit plus vite et
une légère teinte rose vint colorer ses
joues veloutées.
Marguerite et Denis essayèrent d'échanger quelques paroles banales.
Mais ces paroles, que leurs lèvres seules murmuraient, résonnaient faux à leurs "oreilles et formaient une discordance étrange avec ce qui se passait dans leur cœur.
Au bout d'un instant, tous deux se turent, et ils continuèrent à marcher à côté l'un de l'autre, le tement et en silence.
Ce silence était rempli d'une émotion charmante et d'un trouble délicieux.
Sans échanger un seul mot, ces amoureux se comprenaient.
— Mademoiselle — dit enfin Denis d'une voix légèrement tremblante - vous sou-
venez-vous de notre première entrevue, sur le sommet du mont Elster?..
— Gomment pouvez-vous me le demander?— murmura la jeune fille.
— Avec cette grâce adorable qui est dans tout ce que vous faites, vous m'engagiez à venir au château de Kergen...
— Et vous résistiez à mes prières...
— A vos prières et au vœu de mon cœur.
— Et pourquoi cette résistance?.. — Je ne l'ai jamais bien comprise , monsieur Raoul.
— Peut-être était-ce un pressentiment...
— Que voulez-vous dire?
— Qui sait si je ne partirai point d'ici
196 UN GEiNTILHOMME
bientôt, triste et désespéré, y laissant mon bonheur et le repos de toute ma vie...
Marguerite pâlit.
— Oh ! mon Dieu ! — s'écria-t-elle — oh ! mon Dieu !
— Qui sait, — poursuivit le jeune homme -- s'il n'eût pas mieux valu, pour moi, mourir que de vous rencontrer!., qui sait si de cette renconlre ne découlera point pour moi une souffrance amère et sans bornes...
— Mais pourquoi?., pourquoi donc?..
— murmura Marguerite éplorée.
— Parce que, — répondit le jeune homme— je n'ai plus qu'à mourir, si vous ne m'aimez pas !..
Un sourire d'une expression ravissante entr'ouvrit les lèvres roses de Marguerite
f^t découvrit ses petites dents d'une cheur nacrée.
— Si je ne vous aimais pas, Raoul — dit- elle avec une candeur angélique — vous n'auriez qu'à mourir?...
Le jeune homme fit un geste.
Marguerite , sans lui laisser le temps d'articuler un seul mot, continua :
— Mais vous ne mourrez point, Raoul, car je vous aime!...
Visite au château.
A cette parole , à ce doux aveu , Denis ne put que tomber à genoux devant Marguerite, saisir ses deux mains entre les siennes et les couvrir de baisers.
— Eh bien ! — demanda la jeune tille en souriant — regrettez-vous encore d'avoir cédé à mes prières?.. — Pegrettezr
200 UN GKNTILIiOMME
VOUS encore d'être venu au château de Kergen?...
Denis répondit par ces phrases entrecoupées et incohérentes, qui sont le langage de la passion sincère , par ces mots indistincts, mais échappés du cœur :
« qui, depuis six mille ans ,
« Se suspendent toujours aux lèvres des amants ! ... »
— Marguerite, chère bien-aimée — demanda-t-il au bout d'un instant - le bonheur qui m'inonde est trop grand pour que je ne craigne pas , malgré moi , de le voir s'évaporer comme un beau rêve... — Ètes-vous bien sûre que votre père ne mettra point d'obstacle à la réalisation de mes désirs et de nos espérances?...
— Mon père?...
— Oui.
r)E GUAND CHEAllN- 201
— Ne savez-vous donc pas, Raoul, que, certes, après ma sœur et moi, vous êtes en ce monde la personne qu'il aime le plus?.. — La pensée de notre union, j'en suis sûre , est au fond de tous ses rêves , et c'est avec une joie infinie qu'il va vous ouvrir les bras et vous appeler son fils.
Marguerite ne se trompait pas.
Lorsque, peu d'heures après la scène à laquelle nous venons de faire assister nos lecteurs, Denis fit officiellement au baron de Rergen la demande de la main de J\iarguerite, le bon vieillard leva vers le cil^I ses yeux mouillés de larmes de joie et étendit vers le faux Raoul de Navailles ses deux mains pour le bénir.
A partir de ce moment, Denis se trouvait officiellement le fiancé de Marguerite.
Nous avons dit plus haut que le projet du jeune homme était, aussitôt après avoir vu sa recherche agréée, de retourner passer quelques heures au château de Falkenhorst, afin d'y reprendre les sommes considérables déposées par lui en lieu sûr avant son départ.
Comme nul ne dispose de l'avenir et ne peut prévoir les événements, Denis pensa qu'il fallait en finir le plus tôt possible.
Aussi, le soir de ce même jour où il venait d'être agréé par le baron de Rergen, il dit à son beau - père futur, en présence de Marguerite et de ^Hna :
— Cher baron, demain de bonne heure, je prendrai congé de vous.
— Vous nous quittez !.. — s'écria Mar-
guérite , devenue aussitôt pâle et tremblante.
— Pour bien peu de temps... deux jours tout au plus.
— Mais, pourquoi?...
— Pour terminer une affaire d'argent assez importante, que mon séjour au château de Kergen m'a fait négliger complètement.
— Et — demanda Réginald — où vous appelle-t-elle, cette affaire ?
Denis nomma une petite ville distante d'une quinzaine de lieues.
— Eh bien ! - répliqua le baron — puisqu'il le faut, allez; mais revenez-nous bien vite... Vous voyez comme ma pauvre Marguerite est pâle.
— Oh! Raoul... Piaoul. . — 'murmura
204 UN GEiNTlLHUMME
I!iJarguerite —je ne vous dis pas comme mon père : Allez! — Je vous dis au contraire ; — A quoi bon nous quitter pour vous occuper d'une affaire qui n'intéresse que votre fortune?... — Q'importe que nous soyons un peu plus ou un peu moins riches?... —D'ailleurs, cette affaire, vous l'avez remise déjà, vous pouvez sans doute la remettre encore... Raoul, restez auprès de nous...
— Chère Marguerite —répliqua le jeune homme — vous savez bien que je n'ai et que je n'aurai jamais d'autre volonté que la vôtre... — Votre cœur souhaite que je reste... je resterai.
— Merci... merci !.. — balbutia la jeune tîlle avec un sourire et en tendant à Denis sa main, qu'il pressa contre ses lèvres.
• Réginald intervint.
— Vous êtes des enfants tous deux — dit-il — toi , Marguerite , de t'inquiéter ainsi sans motifs — vous, Raoul, d'obéir à cette chère folle... — Ne savez-vous donc pas qu'une courte absence ne sert qu'à faire paraître plus vif le plaisir de se retrouver ensemble ?... Deux jours de séparation , pour des amoureux bien épris , c'est une éternité, j'en conviens ; mais de ces éternités-là, on en voit facilement la fin... — Vous irez à vos affaires, Raoul, je le désire, je l'exige... Vous partirez demain matin...
Denis s'inclina.
— Je ferai mieux, monsieur le baron — répondit-il.
— Que ferez-vous donc ?
— Sur les deux jours que je vous de-
mandais tout à l'heure, je viens de trouver le moyen d'en gagner un.
— Comment cela?
— Au lieu de partir demain matin, je partirai dans une heure... je voyagerai toute la nuit— je serai à destination au point du jour — je ferai mes affaires dans la journée — je me remettrai en route demain soir — et , après-demain matin , je serai le premier à baiser la jolie main de ma belle fiancée...
Marguerite sourit et rougit.
Réginald approuva de la tète.
— Voilà — dit-il — un plan qui me paraît fort sagement combiné, et je n'entrevois aucun obstacle à sa réalisation... — Seulement, votre cheval est-il de force à faire trente lieues en deux nuits?
— ^fon cheval est à l'épreuve — répondit Denis — je lui ai fait faire plus d'une fois des marches forcées, plus fatigantes que celle dont il s'agit aujourd'hui.
— A la bonne heure.
— Permettez-moi de donner l'ordre de le iseiler et de le brider sans retard.
— Faites.
Denis salua.
Une demi-heure après, son cheval hennissait devant les larges marches du perron.
— N'y a-t-il donc- aucun danger à voyager ainsi la nuit? - demanda Marguerite d'une voix très énme.
— Aucun — répliqua Denis.
— jlais ces bandis dont on parle tant
208 m GENTILHOMME
et qui viennent d'incendier la ferme du pèredeRoschen...
— En cas d'attaque, j'aurais de quoi leur répondre — dit le jeune homme en souriant et désij^nant les fontes de sa selle. — D'ailleurs — ajouta-t-il en montrant du geste le ciel émaillé de constellations étincelantes — l'étoile de notre amour nous protège, elle me ramènera auprès de vous sain et sauf...
— Dieu le veuille!... —murmura la jeune iille, plutôt du cœur que des lèvres.
Denis s'approcha d'elle.
11 appuya ses lèvres sur son front charmant, qui frissonna sous ce baiser d'une volupté chaste et délicieuse.
Il prit entre les siennes les deux mains
de Réginald, et il ploya à demi le genou devant ce noble vieillard .
Puis, s'élançant achevai, il piqua résolument des deux , et partit a un galop impétueux qui promettait un prompt retour.
Bientôt sa forme, de plus en plus vague et indistincte, disparut dans l'obscurité, et le bruit des pas de son cheval sur le sol de la longue avenue se perdit dans le silence de la nuit.
Depuis bien longtemps, on ne voyait et on n'entendait plus rien , el cependant Marguerite, debout sur la plus haute marche de l'escalier, regardait encore et écoutait toujours.
L'aube du jour commençait à poindre, y. M
au moment où Denis arrêta son cheval, ruisselant de sueur et blanc d'écume, au pied de la montagne sur laquelle s'élevait le château de Falkenhorst.
Le fiancé de Marguerite de Kerven fit jouer ce ressort invisible dont nous avons déjà parlé à nos lecteurs , et s'engagea dans les souterrains.
Il n'avait fait encore que quelques pas, lorsqu'une voix légèrement endormie lui cria :
— Halte-là !... Qui vive?
— Ami.
— On ne passe pas — Le mot d'ordre , ou je fais feu...
— Le mot d'ordre — répondit vivement Denis — Je ne le sais pas, mais ce que je sais à merveille, c'est que tu es Guillaume
DE QRAND CHEMIN. 211
Enriclît, et que, moi, je suis ton capitaine, Jean-Denis de Poulailler...
— Ah! c'est vous, capitaine... — répliqua la voix — Oh ! alors, c'est bien différent... passez... passez...
Denis s'approcha de la sentinelle.
— Mon brave — lui dit-il — Roncevaux est-il au château ?
— Non, capitaine.
— Diable ! il est absent!
— Oui, capitaine.
— Depuis quand ?
— Depuis douze jours.
— Avec combien d'hommes ?
— Avec dix hommes, capitaine.
m GENTILHOMME
Sais4u OÙ ils sont allés?
— ?^on, capitaine.
r.A ik doivent revenir ?
— Sais-tu quand us ttoiv
Pas davantage.
combien êtes-vous.a,.châteauî
>- Trois.
.raites-vous bonne gavde?
„ Comme vous voyez, capitaine.
^Quoi de nouveau, depuis mon départ?
--Rien.
^Comment? -Pas une affaire?...
nn«; une du moins qui
Ma foi non, pas ^"'^
r . i^nrler... — 3e crois vaUle la peine d en parler...
bien que c'est pour cela que le lieutenant Roncevaux est allé chercher fortune ailleurs et battre le pays...
L'absence de Roncevaux ne dérangeait en rien les projets de Denis.
Il laissa Guillaume continuer sa faction endormie , et il suivit les galeries souterraines qui conduisaient à l'intérieur du château.
Un Hôte inattendu.
La cachette où Oenis avait renfermé son or et ses bijoux était intacte.
Le jeune homme reprit son trésor, et il aurait quitté immédiatement le château si son cheval, épuisé de fatigue, n'avait eu besoin de douze ou quatorze heures de repos avant de pouvoir se remettre en route pour retourner à Kergen,
21 O LN GE:VriLllU.MAlE
Comment Denis employa-t-il cette journée , qui lui sembla d'une mortelle longueur ? — Nous serions fort embarrassés de le dire.
Sans doute il se jeta sur un lit — il mangea , il but — il visita dans tous ses coins et recoins ce château, qu'il espérait bien voir en ce moment pour la dernière fois.
Enfin, le soir arriva.
Le soleil cacha derrière les montagnes son disque enflammé.
Denis attendit jusqu'à dix heures du soir.
Puis, il donna Tordre de seller et de lui amener son cheval, reposé et rafraîchi.
Ui: GRAND CHEMIN. 217
Guillaume entendit donner cet ordre avec une surprise extrême.
— Gomment , capitaine — s'écria-t-il — vous partez encore?...
— A ce qu'il paraît... — répondit Denis en souriant.
-^ Et, où donc allez-vous, capitaine?
— Je ne le sais pas moi-même.
— Serez-vous longtemps absent?
— Peut-être.
— Mais, enfin, vous reviendrez?...
— Cela n'est pas douteux.
— Si le lieutenant Roncevaux arrive avant votre retour, faudra-t-il lui dire que vous êtes venu?
— Sans doute.
Et vous ne me chargez de rien pour lui?...
— AJafoi, non.
— Alors , capitaine , au revoir... — au revoir, et bon voyage...
— Merci, mon brave Guillaume.
Et , tout en parlant ainsi , Denis mit quelques pièces d'or dans la main du bandit.
Le cheval était prêt.
Le fiancé de Marguerite s'élança lestement en selle, et s'enfonça dans les galeries souterraines par lesquelles il éiait arrivé.
Au bout de quelques minutes il sortait des flancs de ia montagne, et il mettait sa monture au grand trot dans la direction de Kergen.
Comme la veille au matin, l'aube blanchissait au moment où le jeune homme atteignait l'extrémité de cette longue avenue plantée de grands arbres et dont Tune des extrémités se terminait par la cour d'honneur du château.
En dépassant les premiers arbres de cette avenue, le cheval du jeune homme, comme s'il eût deviné et partagé l'impatience de son maître, prit de lui-même un galop rapide
Une forme blanche et gracieuse se dessinait en haut du perron.
C'était Marguerite.
On eut dit que, depuis le moment du départ, elle n'avait pas quitté cette place.
En voyant Denis descendre de cheval, elle ne put retenir un faible cri de joie.
— 0 Raoul ~ murmura-t-elle , en abandonnant avec une chaste confiance son front virginal aux lèvres de son fiancé — ô Raoul, vous avez compris que je me mourais d'impatience... que je devenais folle d'inquiétude... vous ne m'avez pas fait attendre, merci...
Puis, après quelques paroles d'amour, échangées rapidement et à voix basse, elle ajouta :
— Pauvre ami, vous devez être épuisé de fatigue, après deux nuits passées à cheval... — Montez vite à votre chambre, jetez-vous sur votre lit, et dormez jusqu'à
ce que j'envoie mon vieux Fritz vous éveiller pour le dîner... — Vous allez trouver, sur la table cl'ébène qui est a côté de la fenêtre, du bouillon, des viandes froides, une tranche de pâté de venaison, et du vin d'Espagne...
Denis avait, en effet, autant d'appétit que de fatigue.
Il ne se fit donc pas répéter les recommandations de Marguerite.
11 monta dans sa chambre, il dévora la moitié d'une volaille, il fit une large brèche au pâté, il dégusta deux larges rasades d'un xérès couleur d'ambre , et , réconforté par ce déjeuner rapide, il se jeta sur le Ht, sans même prendre la peine de se déshabiller.
Au bout de trois secondes, il dormait.
Vers onze heures et demie, son sommeil calme et profond fut interrompu par le bruit de plusieurs petits coups , frappés discrètement contre la porte.
— Qui est là? — demanda Denis.
— Moi, monsieur le chevalier, moi, Fritz...
— Entrez.
— Je viens — reprit le vieux serviteur, après avoir salué profondément et à trois reprises — je viens pour avoir l'honneur de prévenir monsieur le chevalier que dans une demi-heure on servira le dîner sur table...
— Bien, mon vieux Fritz - répondit le jeune homme — je vais me mettre à ma toilette à l'instant même, et je serai prêt...
— 11 est de mon devoir de prévenir monsieur le chevelier que nous avons au château un étranger de la plus haute distinction...
— Ah ! ah ! — dit le chevalier — et depuis quand est-il arrivé, cet étranger?...
— Depuis hier au soir.
— Doit-il rester longtemps ici ?
— Je l'ignore.
— Savez-vous son nom, au moins?..
— Oh ! très bien.., c'est uu commerçant de Cologne, immensément riche... il est le banquier de monsieur le baron, et il s'appelle Van-Goët.
22 i UN GENTILHOMME
Denis chancela, comme s'il allait tombera la renverse.
Ce nom venait de le foudroyer.
Quoi, Van-Goët était dans cette maison!
Van-Goët, frappé par lui un an auparavant, à l'auherge du F«Mcow-/i/«wc /
Ainsi donc, chose étrange ! l'assassin et la victime allaient se trouver en présence l'un de l'autre, et s'asseoir à la même table!..
La Trovidence ou la fatalité le voulaient ainsi !
Le vieux Fritz, voyant que Denis ne le questionnait plus, s'inclina de nouveau, profondément et à trois reprises, et quitta la chambre.
Denis, demeuré seul, se sentit en proie à un frisson convulsif et douloureux.
L'avenir lui semblait revêtu des plus sombres couleurs.
Le bizarre incident de cette rencontre invraisemblable remettait en question le résultat de tous ses projets.
Qui sait même, si sa sûreté persoiînelle n'allait pas se trouver compromise ?
Pendant quelques instants , Denis songea à s'éloigner immédiatement du château, et à n'y revenir qu'après le départ de Van-Goët, saut' à chercher plus lard les moyens d'expliquer d'une façon plus ou moins plausible cette fuite au moins étrange.
lu. 15
^26 U.\ GKMILHOMME
Mais il ne s'arrêta point à cette idée.
Un semblable parti ne pouvait manquer de faire naître des soupçons sur son compte, et, si une fois le plus léger soupçon venait à prendre naissance dans l'esprit du baron de Kergen, tout serait inévitablement perdu.
Peu à peu, Denis arriva, parla réflexion, à se rassurer d'une façon presque complète.
11 se dit qu'il était impossible que dans le désordre de la nuit de l'assassinat, le marchand juif ait pu remarquer assez bien les traits de celui qui le frappait, pour en conserver un souvenir distinct.
D'ailleurs, comment supposer que Van- Goët, dans le cas même où ses souvenirs
DE GRAND CHEMIN. ^Sl
seraient restés fidèles, pourrait s'arrêter seulement à cette idée absurde d'une identité impossible entre un gentilhomme français, admis sur le pied de la plus grande intimité dans la noble famille de Kergen, et le nocturne bandit des bords du Rhin !
Certes, il y aurait fohe à supposer cela !
Van-Goët se croirait dupe d'une illusion , ou jouet d'une étrange ressemblance, avant d'admettre l'identité impossible dont nous parhons il n'y a qu'un instant.
Denis, rassuré par ces réflexions, reprit donc calme et courage.
Il se persuada que rien de grave ne le menaçait, qu'aucun événement fâcheux ne
pouvait l'atteindre, et il ne songea plus qu'à paraître avec tous ses avantages devant le banquier du baron.
11 commença donc sa toilette sans retard, et il y mit un soin extrême et une coquetterie inaccoutumée,, ou, du moins, plus grande encore que de coutume.
Des parfums d'un arôme merveilleux inondèrent son linge d'une finesse extrême.
Ses manchettes et son jabot présentèrent des dentelles choisies, et d'une beauté telle que, certes, elles auraient fait envie à toutes les grandes dames de la cour de France.
Des bagues d'une valeur infinie, — une chaîne de montre et des breloques pré-
cieusement ciselées, achevèrent de donner à l'ajustement du jeune homme un cachet de suprême élégance et de luxe aristocratique et de bon goût.
Cette toilette achevée, Denis se regarda successivement dans les quatre glaces qui se trouvaient enchâssées dans son appartement entre des panneaux de tapisserie.
Ces larges miroirs lui renvoyèrent son image d'une façon si charmante, qu'il se sourit, comme une jolie femme prête à partir pour le bal se sourit à elle-même, et qu'il se vit contraint de s'avouer qu'il était éblouissant.
Quelques minutes s'écoulèrent dans cette occupation gracieuse.
Puis Denis entendit l'horloge du château
piquer le premier des douze coups de midi.
En même temps, et avec une ponctualité qui faisait le plus grand éloge de l'exactitude du cuisinier et des autres valets, on entendit retentir une grosse cloche.
C'était le dîner qu'on annonçait, selon l'usage quotidien.
Denis prit son chapeau, le jeta sous son bras gauche, et sortit de sa chambre.
Le dîner. ^i
La salle à manger du château de Kerven était une pièce ovale et d'un grand caractère.
Des panneaux de vieilles tapisseries flamandes, aux couleurs un peu effacées par le temps, s'ajustaient dans des encadrements de chêae noir.
232 ^'S Gt:sTlLIlO.MMC
Le plafond était en chêne sculpté, ainsi que la lourde table et les chaises à haut dossiers , recouvertes en point de hongrie.
Une argenterie massive, et d'une grande valeur, s'étalait majestueusement sur les dressoirs.
Ce jour-là toute la livrée du château était sous les armes.
On voyait qu'on avait à traiter un hôte d'importance.
Les convives se trouvaient déjà réunis dans la salle à manger.
Ces convives étaient le baron, Marguerite et Mina, etlebanquierjuif de Cologne.
Nous avons déjà décrit Van-Goët.
Nos lecteurs savent que cet illustre millionnaire avait quarante ans, tout au plus, une taille haute et riche, un regard d'aigle dans de grands yeux noirs, et une forêt de cheveux sombres, légèrement ondulés.
La tète du banquier aurait fourni un magnifique sujet d'étude aux pinceaux d'un Van-Dick, d'un Rubens ou d'un Vélasquez.
Denis entra et s'approcha vivement de Uéginald.
Ce dernier lui serra la main avec une affection paternelle et lui dit, en regardant à la dérobée Marguerite qui sourit et rougi i légèrement. :
~ J'ai déjà eu de vos nouvelles, mon cher chevalier, et je sais que votîe voyage a été aussi bon que rapide.
Puis, sans quitter la main de Denis qu'il conduisit jusqu'auprès du banquier juif, il ajouta :
— Meyn-herr Van-Goët, j'ai l'honneur de vous présenter mon jeune et excellent ami, le chevalier Raoul Hector de Navailles.
Denis et le' juif s'inclinèrent en même temps l'un que l'autre.
Quand le jeune homme releva lés yeux, il s'aperçut que le regard du juif s'attachait sur son visage avec une étrange fixité.
Les sourcils légèrement froncés de Van-
Goët expriniaieni un mélange de surprise
et d'hésitation.
Mais cette ride presqu'imperceptible s'effaça au bout de quelques secondes.
Le dîner était servi.
Chacun prit place à table.
Voici de quelle façon se trouvaient disposés les convives.
Le baron de Kergen à la place d'hon- « neur.
En face de lui, et comme remplissant le rôle de maîtresse de maison , Marguerite.
A la droite de la jeune fdle, Van-Ooët.
Denis à la droite du baron, ayant la blonde Mina à sa gauche.
Dans les premiers moments, la conversation fut languissante.
En vain Réginald s'efforçait de la raviver, en adressant la parole tantôt à Van- Goët et tantôt à Denis.
Tous deux ne répondaient qu'à peine.
Le banquier semblait soucieux, et le jeune homme préoccupé.
Van-Goët, presque sans cesse et comme malgré lui, attachait son regard sur la figure du fiancé de Marguerite et paraissait ne plus pouvoir l'en détacher.
Par instants , ce même froncement de
sourcil dont nous avons déjà parlé, se reproduisait sur son front.
On eût dit alors qu'il cherchait à fixer une image confuse et à préciser des souvenirs.
Sous Tobscession de ce regard le malaise de Denis augmentait, et, malgré tous les efforts du jeune homme, il ne devait point tarder à devenir visible.
— Monsieur le chevalier, — dit tout à coup Van-Goët, — me permettez-vous de vous demander à quelle branche de la maison de Navailles vous appartenez?...
Quoique ces paroles eussent été prononcées avec la plus parfaite courtoisie, Denis se sentit frissonner de tous ses membres, •
Cependant il fit bonne contenance.
Nous n'ignorons pas qu'il avait étudié la généalogie et les alliances de la famille à laquelle il prétendait appartenir.
Les papiers trouvés dans les bagages du Français assassiné par les gentilshommes de grand chemin lui avaient rendu cette étude facile.
Aussi répondit-il, sans hésitation :
— Monsieur, je suis l'unique représentant , en hgne directe , de la branche aînée.
— Ainsi, vous êtes le fils du vicomte • Aymer de Navailles ?..
— Oui, monsieur, son second fils, — mon frère aîné, le vicomte Arnaud, est colonel des dragons de la reine, — ma sœur cadette est mariée au marquis de Montarby...
Van-Goët s'inclina.
— Lors d'un voyage que je fis à Paris il y a quatorze ans, — reprit-il, j'eus l'honneur d'être présenté à monsieur votre père.
Ce fut au tour du jeune homme à s'incliner.
Le banquier poursuivit :
— Un de mes correspondants, le fermier général Laujon, me conduisit à l'hô-
240 UN GENTILHOiMMC
tel de monsieur votre père, rue du Pas-dela-Mule, et j'eus l'honneur d'être invité deux fois à dîner par lui en compagnie de plusieurs personnages érainents... — J'ai dû vous voir en cette circonstance, monsieur le chevalier.
— Cela est vraisemblable en effet, — répliqua Denis, — mais, à cette époque, je n'étais encore qu'un enfant, et vous comprenez que je n'ai pu conserver aucun souvenir du fait dont vous me parlez.
— Oh ! je le comprends à merveille.,.— D'ailleurs monsieur votre père, tenant table ouverte, avec une prodigalité de grand seigneur, recevait tant de monde que vous ne pouviez accorder aucune attention à ses convives de passage... ~ Est-il bien changé, depuis ce temps-là, monsieur votre père?..
— Mais , non... — répondit le jeune homme , — il se conserve le mieux du monde.
— Ce doit être un beau vieillard. ..
— Magnifique .
— Sa haute taille est elle encore droite?.
— Toujours.
— Ses cheveux grisonnaient beaucoup, ils doivent être aujourd'hui blancs comme de l'argent.
— Sans doute... mais, vous savez, la poudre...
— C'est juste. — Il avait un regard de
faucon.
— Ses yeux brillent comme autrefois.
— Ses jarrets étaient d'acier.
— Il les a conservés.
— Mais, alors, il atteindra sa centième année?
— Tranchement je l'espère bien, et, à moins d'un accident inattendu, je puis même dire que j'y compte.
— Excellent fils !.. — murmura Réginald à part lui.
Van-Goët continua :
— Je trouve que vous ressemblez beaucoup au vicomte votre père, monsieur Je chevalier.
r DE GRA\D CHKMIN. 243
— Vraiment ?
— Ne vous l'a-t-on pas dit, déjà ?
— On me l'a dit souvent, mais je crois, comme le proverbe, que, le plus souvent, les ressemblances sont dans les yeux des per-^ sonnes qui regardent.
— Peut-être avez-vous raison, en thèse générale, mais cette circonstance est bien certainement une exception. — Quand je vous regarde, je crois voir monsieur votre père, rajeuni. — Même coupe de visage, même front, même regard. — A votre âge il devait être identiquement ce que vous êtes aujourd'hui... —C'est assez dire un charmant cavalier.
Denis s'inclina profondément avec une feinte modestie.
244 UN GENTlLHOMiME
Van-Goët reprit :
— Je pense que vous trouvant en Allemagne, vous n'aurez pas manqué d'aller jusqu'à Manheim?
— Non, en vérité, — répondit Denis.
— Vous comptez y aller, du moins?
— Pas le moins du monde.
— Ah ! par exemple ! voilà qui est étrange !..
— Pourquoi donc cela?
— Il est impossible que votre père ne vous ait pas donné une lettre.
— Une lettre?.. — répéta Denis.
UE GRAND CIItMIN. 243
— Eh ! oui , une lettre pour son vieil ami le comte Frédéric de Salberg, qui, l'année dernière encore, est allé passé trois mois au château de Navailles, en Poitou...
Denis comprit à merveille qu'un immense embarras allait fondre sur lui, s'il ne trouvait un moyen immédiat de tourner la difficulté.
— L'année dernière, — répondit-il aussitôt, — j'étais absent de France, lors de la visite du comte de Salberg. — J'ai bien souvent entendu parler de lui, dans ma famille, et avec une vive affection, mais j'ai commencé mon voyage par l'Italie, j'ignorais moi-même que je viendrais en Allemagne, et mon père, par conséquent, ne pouvait me donner de lettre pour son vieil ami.
— C'est parfaitement juste, mais, maintenant que vous savez que le comte habite Manheim, vous irez le voir, n'est-ce pas?
— Sans aucun doute.
— D'abord, s'il apprenait que vous êtes retourné en France sans avoir passé quelques jours auprès de lui, il ne vous le pardonnerait point... et il aurait raison.
— Je ne m'exposerai point à mériter son courroux, — répondit Denis en souriant.
A partir de ce moment, Van-Goët cessa de questionner Denis et ne s'adressa plus exclusivement à lui.
La Conversation devint générale, et le
fe.-
DK CHAMt nu-MIN. 24*
dîner s'acheva plus ^aiment qu'il n'avait commencé.
— Van-Goët ne m'a point reconnu et ne soupçonne rien!.. — pensait Denis radieux, — tout va bien ! le péril est passé !.
Fiat Lux.
Immédiatement en sortant de table, le baron de Kergen proposa une promenade dans le parc.
Cette proposition fut acceptée avec empressement.
Deux groupes se formèrent aussitôt.
250 Ui\ GENTILHOMME
L'un, grave, et qui marchait à quelques pas en avant de l'autre.
Le second, rieur et causeur.
Ici, Réginald et Van-Goët.
Là, Denis et les deux jeunes tilles.
— Eh bien, Meyn-herr, — demanda le baron au banquier, — parlez-moi franchement, comment trouvez vous notre jeune ami, le chevaUer Raoul ?..
En ce moment, Marguerite s'approchait pour dire quelques mots à son père.
Elle entendit la question, — c'est assez dire qu'elle voulut entendre la réponse.
Elle ralentit donc son pas et elle écouta, la tête gracieusement penchée en avant, dans l'attitude d'un oiseau prêt à s'envoler.
— Cher baron , — répondit gravement Van-Goët . - Quand nous rentrerons au château , accordez-moi , je vous prie , la faveur d'un entretien particulier... — 11 faut que je vous parle d'une façon très sérieuse...
— Au sujet du chevalier de Navailles?
— demanda Kéginald extrêmement surpris.
— Au sujet de ce jeune homme, oui.
— Ne pouvez-vous donc m'en parler
— C'est impossible.
— Pourquoi ?
— Vous le comprendrez en m'écoutant.
— Il s'agit donc de quelque chose d'une grande importance ?
— Oui.
— Vous m'intriguez au plus haut point ! — Voulez-vous que nous rentrions tout de suite?...
— Oh ! rien ne presse. — Vous saurez assez tôt ce que j'ai à vous dire...
Piéginald n'imista pas.
Seulement, la promenade fut considérablement abrégée.
Marguerite, au lieu d'adresser la parole à son père , battit immédiatement en retraite, et, de vive et joyeuse qu'elle était auparavant , devint aussitôt silencieuse et préoccupée.
— Qu'avez-vous donc ? — lui demandait vainement Denis.
Elle répondait :
— Je n'ai rien...
Et le nuage , amassé sur son front , ne se dissipait pas.
Nos personnages rentrèrent au château,
une demi-heure , minute pour minute , après le moment où ils en étaient sortis.
-— Voulez-vous que nous passions dans la bibliothèque ? - demanda le baron à Van-Goët.
— Où vous voudrez , — répondit ce dernier, — pourvu que nous soyons seuls. . .
Le gentilhomme el le banquier se dirigèrent vers la pièce dont Réginald venait de parler.
Marguerite avait disparu.
Aucun des deux graves personnages ne remarqua, en entrant dans l'immense salle, encombrée de livres et de parchemins, qu'une des portières de tapisserie qui m a
quait une profonde embrasure s'agitait légèrement, comme si quelqu'un se cachait derrière ses plis.
Le baron fit asseoir son hôte dans un large fauteuil centenaire , armorié aux armes de Kergen , et , se tenant debout en face de lui , il lui dit :
— Eh ! bien , Meyn-herr Van-Cioët , j'attends les confidences que vous m'avez promises...
— Cher baron, — répondit le banquier, — me permettez vous, avant toute chose, de vous adresser quelques questions?...
— Des questions /*
— 11 le faut, pour que nous en arrivions à nous comprendre...
'^l\(') UN GENTILHOMME
— Faites donc, je répondrai.
'— Eh ! bien, ce jeune homme...
— Le chevalier Raoul de Navailles ? — interrompit Réginald.
— Oui.
— Eh ! bien ?
— Depuis combien de temps le connaissez-vous?
— Mais... depuis quelques semaines...
— Par qui vous a-t-il été présenté ?
— Par personne...
DE ghanb chemin. 25"î
— Ah ! Ah !
— 11 s'est, pardieu , présenté iui-méme , et d'une façon qui en valait bien une autre!...
— Que voulez-vous dire ?
— Je veux dire qu'il a sauvé la vie de ma fille Marguerite , de mon enfant bienaimée , qui bientôt sera madame de Navailles...
Van-Goët tit un brusque haut de corps.
— Qu'avez-vous donc? — demanda Régi nald.
— Sa femme î... — s'écria le .îuif, — ai-je
bien entendu!... votre fdle deviendrait la
femme de cet homme !..
258 Uv GENTILHôMiME
— Quoi d'étonnant à cela? — N'est-il pas jeune , riche , courageux? Les Navailles , enfin, ne valent-ils pas les Kergen?...
— (>h*er baron , racontez-moi , je vous prie, de quelle façon la personne qui nous occupe a sauvé la vie à mademoiselle Marguerite?
Le baron fit en peu de mots le récit de la soirée du mont Elster.
— Ah! — murmura Van-Goët , après avoir écouté, — ce jeune homme vous a rendu, en efl'et , un service immense...
~ Immense ! .. inappréciable ... infini!... — s'écria Réginald.
— Et j'en suis désespéré !.. — poursuivit Van-Goët.
— Désespéré !... — répéta Réginald stupéfait.
— Oui.
— Pourquoi?
— Parce que vous êtes la dupe d'un misérable aventurier, qui veut exploiter à son protit votre aveugle reconnaisance.
— Un misérable aventurier!... lui!...
lui, Raoul ! ... — Songez-vous à ce que vous dites?... — murmura le baron avec une colère indignée.
— J'y songe , et , tout ce que je dis , je le prouverai, soyez-en sûr. !
— Alors, j'attends vos preuves... — parlez, Monsieur, parlez vite !...
260 UN CFNTILIIOMME
— D'abord , ce jeune homme a pris un nom qui ne lui appartient pas.
— La preuve?
— • Il n'est point le fils du vicomte Âymer de Navailles.
— La preuve ?
— Avez-vous entendu ma conversation avec lui pendant le dîner?
— Oui.
— Vous souvenez-vous de cette conversation ?
♦ — Oui.
— Quel portrait ai-je fait du, vicomte Aymer ?
— Vous avez dit que c'était un homme de haute taille, d'une grande vigueur et d'une grande beauté...
— C'est cela même.
— Eh bien ?
— Qu'a-t-il répondu?
— Que tel était en effet son père et que l'âge ne l'avait point changé.
— C'est là que j'en voulais venir.
— Que prétendez-vous donc en con^ dure?
— Que ce faux Raoul de Navailles ne connaît même pas celui dont il se dit le fils. — Le vicomte Aymer est petit, malingre, souffreteux, et, depuis dix ans, ne prolonge que par artifice un misérable souffle de vie, toujours prêt à s'éteindre.
Réginald laissa tomber ses bras le long de son corps, d'un air accablé.
— Cependant — murmura-t-il — j'ai vu ses papiers de famille... sa généalogie... des lettres de son père...
— Attendez ! . . attendez !.. — interrompit Van-Goët — nous reviendrons à cela tout à l'heure... —je n'ai pas tout dit, attendez...