ION UN GENTILHOMME
OÙ elles nous feront passer quelques instants agréables, — il y a diablement longtemps que nous n'avons joui de la société du beau sexe!...
— Ah ! — pensa Denis avec amertume , — tu me payeras tout cela, Hermann !... Patience !... patience !...
— Chut ! — dit tout à coup Roncevaux en prêtant l'oreille.
On fit silence, et tout le monde écouta.
On entendait, à une faible distance , le bruit des roues d'une voiture lancée rapidement, et les grelots de chevaux.
Le carrosse approchait.
Deux ou trois bandits armèrent leurs mousquets.
— Voyons, — s'écria Denis qui sentait
que dans quelques secondes il ne lui serait plus possible d'empêcher l'attaque; — voyons — faites vos conditions vous-mêmes!...—à quel prix voulez -vous m'obéir?...
— Vous nous donnerez vingt pièces d'or à chacun, capitaine, — reprit Hermann, — ou sinon nous courrons la chance...
— Soit , — répliqua Denis , — vingt pièces d'or à chacun, c'est convenu...
— N'importe, — murmura le bandit, — c'est dommage ! . une belle femme ça vaut mieux que de l'argent ! . ..
Le carrosse avançait toujours.
Enfin il atteignit l'entrée du petit bois.
Le postillon , — comme s'il eût deviné que l'endroit était dangereux , -— excita son attelage du fouet et de l'éperon.
liO UN GENTILHOMME
Les chevaux prirent le galop et entrainèrent rapidement Marguerite et Mina, qui ne se doutaient guère du terrible péril auquel elles venaient d'échapper.
Revenons, s'il vous plaît, au château de Falkenhorst, le surlendemain de la soirée pendant laquelle s'étaient passés les incidents mis par nous sous les yeux de nos lecteurs.
Les gentilshommes de grand chemin , revenus depuis deux heures dans leur aire, achevaient de souper.
Denis quitta pendant un instant la salle voûtée où toute la bande se trouvait rassemblée.
Il revint, apportant un petit sac rempli d'or qu'il posa sur la table.
— Camarades , — dit-il en ouvrant ce sac, — je suis votre débiteur et je vais vous payer.-..
Et il donna successivement vingt pièces d'or à chacun, des bandits qui avaient assisté à l'expédition de l'avant-veille.,
Hermann seul parut être oublié par lui dans cette distribution.
Mais il ne pouvait s'accommoder de cet oubli ; — aussi se leva-t-il de table en s'écriant :
— Eh bien! et moi, capitaine, et moi?., est-ce que je ne dois pas recevoir comme les autres ce qui me revient?...
— C'est juste , — répliqua froidement Denis, — il est juste de te payer , et même de te payer double !... viens chercher ton or...
112 UN «ÎENTILIlOMMi:
Hermann s'avança.
Quand il ne fut plus qu'à quelques pas, Denis, de la main gauche, luijeta les pièces d'or, tandis que de la droite, prenant un pistolet à sa ceinture, il le lui déchargeait en pleine poitrine.
Le brigand tomba raide mort.
Alors Denis s'écria, au milieu de la stupeur générale :
— Voilà ce que je lui devais pour avoir mis aux enchères la volonté de son capitaine, comme le ferait un usurier juif avec un débiteur affamé!. . — il en arriverait autant à quiconque essaierait d'imiter son exemple!... — Jetez ce corps auxoubhettes, et répandez du sable sur le sang...
Les ordres de Denis Poulailler furent
DE GUAKD CHEMIN. iid
exécutés à l'instant même et avec une obéissance passive.
L'acte de farouche énergie du jeune chef, venait de raviver pour longtemps son autorité de capitaine.
Nous avons entendu Denis répondre à Marguerite, sur le sommet du mont Elster, qu'il ne la reverrait jamais ; — il était de bonne foi en parlant ainsi.
Pour la première fois depuis qu'il était homme , en présence de cette enfant adorable dont il venait de sauver la vie, il avait éprouvé un sentiment doux et tendre , et tel qu'aurait pu le ressentir la plus candide et la plus honnête nature.
La brune et charmante fdle du baron de