VS GENTILHOMME
épaule à l'autre et finit par tomber sur sa poitrine.
11 doruiait de ce lourd et profond sommeil que proeuîe l'ivresse de genièvre.
Alain le porta sur le lit et revint, au coin du foyer, reprendre sa place auprès de Thémise.
La vieille mère mena coucher les petiii^ tilles, et feignit ensuite d'avoii^ ai s'occuper d'une foule de menus détails domestiques.
En réalité son but était de laisser les amoureux s'isoler dans leur causerie.
Cette causerie fut longue et charmante.
..C'étaient des projets sans ût) pour Favenir qui apparaissait aux deux jeunes gens sous les plus riantes couleurs.
Ils se voyaient d»^jà installés dans leur
cliauinière dont /Main allait faire reblaiichir à neuf tous les murs, — ils se vovaieni heureux et souriants, entourés d'une demidouzaine de petits gafçons et de petites filles, desquels Alain se promettait de faire de hardis marins, et Thémise de bonnes ménagères.
Pourquoi faut-il que, presque toujours, la réahté vienne si vite jeter son crêpe sombre sur les beaux rêves et les riantes illusions de la jeunesse ?. . .
Les remontrance et surtout, disons-le, les menaces de l'abbé Bricord, avaient décidé Denis Coquin à renoncer aux projets d'extermination que nous l'avons entendu manifester, relativement à l'hôte de la Tour-M^udite.
\2h^ U.N GEiNTILIlOMMIi:
Une quinzaine de jours s'étaient écoulés.
Les pêcheurs s'accoutumaient peu à peu à voir le canot â la voile brune, monté par l'inconnu^ traverser la baie le matin, et revenir le soir à la Tour.
L'un d'eux, monté sur la plus haute des falaises, avait observé la marche et les allures de l'esquif mystérieux.
Il avait vu l'homme à la barbe rousse cueillir iranqmWemeni les cordes, lever les imnbours placés par lui la veille, et rempHr ainsi le réservoir de sa barque, de congres, de plies, de carrelets, de tourteaux, de homards et de salicoques.
Cette occupation n'avait rien d'infernal.
()uand le bruit se fut répandu dans le
village que rinconnu, au lieu de passer son temps à des conjurations bizarres pour évoquer les esprits de la mer et pour faire naître la tempête, l'employait tout bonnement à pêcher, la disposition des esprits à son égard changea peu à peu et devint insensiblement moins hostile.
Au heu de la terreur qu'il faisait naître d'abord, il n'excita plus que beaucoup de curiosité et de défiance.
On ne croyait plus aussi fermement qu'il fut un démon, mais cependant les marins, quand ils le rencontraient au large, forçaient aussitôt de voiles pour éviter de passer trop près de son canot.
Personne ne pouvait se persuader qu'une créature humaine, qui n'aurait pas eu quelques accointances plusou moins lointaines vec l'enfer, ait poussé l'audace et la folie