Ou : Conseil d'Etat
PT ect
« Nous, Membres du Conseil d'Etat de la Syrie, « du Conseil Municipal de Damas, représentants offi- « ciels des habitants, des chefs religieux et des no- « tables de ce pays, par ce télégramme, mandatons « son Excellence l’Emir Fayçal pour faire connaître « au Congrès de la Paix nos désirs et nos espérances « d'indépendance complète. »
L'arrivée de ces deux télégrammes en Europe ne put dissiper l’équivoque qu’avaient créée les affirmations contradictoires de l’Emir Fayçal et du Comité central syrien. La question de l'avenir de la Syrie restait entière.
La manifestation de Damas n'avait fait connaître que l’opinion d’une fraction infime de la population syrienne. Dans les provinces littorales, beaucoup de Musulmans, d’Alaouites, la presque totalité des Chrétiens et des Druzes ne cachaient pas leur vive sympathie pour la France et souhaitaient ardemment que le manda£ sur la Syrie lui soit accordé. La délégation libanaise avait été entendue par la Conférence de la paix; ses déclarations furent courageusement hostiles à la création d’un royaume arabe, sous l'égide de Fayçal. |
Même en zone Est, les'agents chérifiens, qui cependant avaient à leur disposition de puissants moyens de séduction, n'avaient pu obtenir des autorités alépines de déclarer solennellement leur adhésion à la politique chérifienne.
L'Emir Fayçal sentit que sa présence était plus nécessaire en Syrie qu’en Europe.
La Commission internationale d'enquête qui, par suite de l’abstention dela France et de l’Angleterre, n'était plus composée que des délégués américains, allait s'embarquer ; il fallait Jui préparer le terrain, activer la propagande, rallier les hésitants, exalter le nationalisme syrien. Au début de mai 1919, l’'Emir Fayçal débarquait à Beyrouth, au milieu des acclamations de ses partisans venus, sur un mot d'ordre de Damas, de toutes les régions de la Syrie pour le saluer.
Fayçal fit à Beyrouth des déclarations qui eurent dans tout l’Orient arabe, attentif à sa voix , un grand retentissement ; mais c’est à Damas qu’il précisa plus complètement sa pensée dans un discours qu’il prononça, le 7 mai 1919, au Palais du Gouvernement.
Fayçal bégaie 1: ses premiers mots furent pour s’excuser de cette infirmité auprès de ses auditeurs qui,
“en bons arabes, sont gens épris d’éloquence.
Après voir rappelé les origines et le développement du « mouvement révolutionnaire hedjazien », le rôle primordial joué dans la lutte pour la libération des peuples arabes par la famille Hachimite et rendu un discret hommage au patriotisme des Syriens « que la.
Providence avait placés dans une situation quineleur
1. Les Bédouins disent : « La langue &’Abou Razi ne sait exprimer
ce qu’il a dans le œur ». Abou Razi (le père de Razi) est l'appellation familière de Fayçal.
Les AO
permit pas de prêter leur appui aux hedjaziens révoltés », l’'Emir annonça qu'il avait fait admettre par le Congrés de la Paix le principe de l'indépendance arabe, et se justifia du reproche que lui adressaient ses adversaires de vouloir établir sur la Syrie une domina- Lion hedjazienne.
« Bien que la Syrie, le Hedjaz, l'Irak soient des terriboires arabes, il ne peut être question deles fondre en une même nation, dirigée par un gouvernement unique. Ces pays n’ont pas atteint le même degré de civilisation. il faut que la Syrie soit indépendante, ef l’Irak ».
Mais quelle est cette indépendance dont parle PEmir? N’a-t-il pas admis, comme certains le prétendent, le principe d’une «aide européenne »?
« Nous n’accepterons jamais de vendre notre indépendance; la nation syrienne paiera, à son prix et en argent comptant, l’aide dont elle aura besoin au début ». Une Commission internationale doit venir qui se rendra compte des aptitudes des pays arabes à se gouverner eux-mêmes. « Je vous démande de lui faire connaître vos désirs, de n’importe quelle façon.»
L’'Emir Fayçal préférerait cependant que les délégués de la nation, «ceux qui, ici présents, ne la représentent pas officiellement », soient, pour comparaître devant la Commission internationale, légalement mandatés.
L'Enuir annonce la réunion prochaine d’un Congrès
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syrien, qui sera la représentation légale du pays: mais, en attendant la réunion de cette assemblée, il veut être sûr de l’appui de la nation.
« La nabkion ratifie-t-elle tous mes actes, tant à
l’intérieur qu’à l'extérieur? Me prêtera-t-elle ou non son concours en me donnant, sans condition, tout ce dont j'aurai besoin?
Réponse : Oui, oui; vous avez tous pouvoirs.»
Lorsqu’éclata la Révolution jeune-turque, la Syrie, intellectuelle surtout, acclama le régime nouveau. Au cours de la guerre, alors que le Gouvernement jeuneturc revenait aux méthodes barbares du régime hamidien, la Syrie martyre, qui n’avait d'espoir que dans l'intervention des puissances alliées, resta fidèle à ses croyances politiques: dans l’inaction de l’attente son nationalisme s’exaspéra, sans que son libéralisme s’affaiblit.
Les plus éclairés des partisans de Fayçal avaient été de fervents adeptes du Comité Union et Progrès. Quelques-uns furent,à la Chambre des Députés de Constantinople,les collègues de Fayçal, député du Hedjaz et siégeaient en sa compagnie sur les bancs unionistes. L’'Emir Fayçal ne pouvait pas ignorer les tendances démocratiques de la classe éclairée, la plus agissante. Au cours de son discours, parlant de la Constitution future de la Syrie, il avait, sans trop insister, promis
à ses auditeursla fin prochaine du Gouvernement mili-
taire. Une série d'articles parus dans Al Acimat, Île journal officiel du Gouvernement de Damas, vint préciser ses intentions.
La Syrie n’a été divisée en trois territoires que pour l'exécution de plans militaires, dans l’avenir, elle doit être une, ne former qu’un seul Etat; mais comme il importe de donner satisfaction aux tendances particularistes des populations et de sauvegarder lesdroits des minorités religieuses, cet Etat sera fédéral, avec, à sa tête, un Gouvernement constitutionnel. « La différence qui existera entre le gouvernement américain et le gouvernement arabe tiendra en ceci : le premier est constitutionnel républicain; le second sera constitutionnel monarchique.»
« Cest une Xssemblée, dont les membres seront choisis par le pays, qui élaborera la Constitution future. peut-être même cette assemblée sera-t-elle le Congrès syrien dont lFEmir a annoncé la réunion prochaine.»
Un congrès où seraient admis, sur un pied d'égalité, des représentants de tous les territoires syriens, à quelque religion qu'ils appartiennent, était apparu à l’Emir Fayçal comme le seul moyen de convaincre la Commission internationale de la légitimité des revendications du parti chérifien et d'obtenir des grandes puissances la reconnaissance d’un royaume syrienarabe, dont il serait le roi.
Le Congrès syrien est né de cettte nécessité.
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D'abord réduite à jouer un rôle modeste auprès de la Commission américaine, cette assemblée, qui prétendait être l’émanation de toute la nation syrienne, ne barda pas à exercer sur les actes du Gouvernement