CHAPITRE VI
Le Congrès Syrien et le Régime de l'occupation militaire
Le Congrès syrien tint une première session qui dura cinq mois.
L'Emir Fayçal avait espéré lui confier un long programme de travaux législatifs et les délégués avaient été avertis officieusement qu'ils auraient :
19° à se prononcer à titre consultatif sur la forme de constitution à donner au pays; |
2° à déterminer la forme du concours à demander, le cas échéant, à une puissance étrangère;
30 à examiner la conduite à tenir dans le cas où la Conférence de la Paix déciderait que certaines régions, Palestine, Liban ou autres, seraient détachées de l’ensemble de la Syrie.
Les attributions de cette Assemblée n’avaient pas été autrement définies; 1l en résulta une grande confusion; le Congrès, s’en tenant aux promesses faites par Fayçal, prétendait imaugurer ses travaux en élaborant le statut politique et administratif de la:
Syrie: le Gouvernement militaire, qui avait reçu des instructions précises du Haut Commandement britannique, s’opposa aux prétentions du Congrès et lui enjoignit de limiter son action à la rédaction d’une déclaration à présenter à la Commission américaine. |
Toute cette première session fut emplie par la lutte des deux pouvoirs, civil et militaire, qui se termina au début de décembre 1919 par l’ajournement sine die de « l'Assemblée élue par la Nation ».
Lorsqu'il eut nommé son bureau, composé d’un président, de vice-présidents, de secrétaires et d’un Comité directeur, le Congrès entra en relations avec la Commission américaine qui venait d'arriver à Damas et le saisit de ia motion suivante
« Nous soussignés, membres du Congrès général syrien réuni à Damas, le mercredi ? juillet 1919, et,composé des représentants des trois zones Sud, Est et Ouest, munis de mandats et de pleins pouvoirs par les habitants musulmans, chrétiens et juifs de nos différents districts, avons décidé de rédiger l’exposé ci-dessous des vœux des populations indigènes qui nous ont élus, en vue de le présenter à la section américaine de la Commission internationale.
1° Nous demandons l’immédiate et complète indépendance politique, sans protection ni tutelle, “pour la Syrie ainsi délimitée :
Au Nord, le système Taurique ;
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Au Sud, Rajeh et une ligne partant, dans la Syrie méridionale, de El-Juf à Akabah et au Hedjaz;
A l'Est, l’'Euphrate et la rivière Khabour, puis une ligne tracée à l'Est d'Abou-Kémal et de Al-Juf;
A l'Ouest, la Méditerranée.
2° Nous demandons que le gouvernement de ce pays syrien soit une monarchie constitutionnelle civile, avec le principe d’une large décentralisation, et sauvegardant le droit des minorités; que le roi en soit l’émir Fayçal, qui combattit glorieusement pour notre libération et mérita notre pleine et entière confiance.
3° Attendu que les Arabes habitant la Syrie ne sont pas naturellement moins doués que d’autres races plus avancées, et qu’ils ne sont à aucun degré moins développés que les Bulgares, Serbes, Grecs et Roumains aux débuts de leur indépendance, nous protestons contre l’article 22 du Pacte de la Société des Nations, qui nous place au rang des nations dont le développement, encore à sa période moyenne, nécessite une autorité directrice.
49 Au cas où la conférence de la paix passerait outre à cette juste protestation, pour des motifs qui nous échappent, nous nous en remettons aux déclarations du président Wilson suivant lesquelles, en faisant la guerre, il poursuivait le but de mettre un terme à l’ambition de conquête et de colonisation,
et considérons seulement de ce fait le mandat men-
tionné dans la convention de la Ligue des Nations comme l'expression d’une assistance économique et technique qui ne porte pas préjudice à notre complète indépendance.
Souhaitant que notre pays ne devienne pas une proie à la colonisation, et regardant la nation américaine comme la plus éloignée d'aucune pensée de colonisation et dénuée d’ambitions politiques sur notre pays, nous solliciterons l'assistance technique et économique des Etats-Unis d'Amérique, à la condition que cette assistance n’altérera n1 la complète indépendance politique, ni l’unité du pays, et que sa durée ne sera pas supérieure à vingt ans.
70 Dans l'hypothèse où l’Amérique ne serait pas en condition d’accéder à notre demande d’assistance, nous solliciterons celle de la Grande-Bretagne, sous réserve pareillement qu’une assistance de cette sorte ne porte pas atteinte à la complète indépendance et à l’unité de notre pays, et n’excède pas la durée indiquée dans l’article précédent.
6° Nous ne reconnaissons aucun des droits réclamés par le gouvernement français sur une part quelconque de notre pays syrien et refusons en tout temps d’accepter l’assistance de la France.
7° Nous nous opposons aux prétentions des sionistes de créer une république juive dans la partie sud de la Syrie connue sous le nom de Palestine
ainsi qu’à leur immigration en quelque partie que ce
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soit de notre pays, car nous ne reconnaissons pas leurs droits, mais les considérons comme un grave péril au point de vue national, économique eb politique.
Nos compatriotes juifs jouiront en commun avec nous des mêmes droits et assumeront les mêmes responsabilités.
80 Nous demandons que ne soient séparées de la patrie syrienne ni la partie sud de la Syrie dénommée Palestine, ni la zone côtière occidentale qui renferme le Liban.
Nous désirons que l’unité du pays soit garantie du partage, quelles que soient les circonstances.
9o Nous demandons la complète indépendance pour la Mésopotamie émancipée, sans barrières économiques entre les deux pays.
100 Ces principes fondamentaux formulés par le président Wilson condamnant les traités secrets nous induisent à protester de la façon Ia plus énergique contre tout traité stipulant le partage de notre pays de Syrie et contre tout engagement particulier tendant à établir le sionisme dans la partie sud de la Syrie. Nous réclamons en conséquence l’annulation absolue de ces conventions ou accords.
Les nobles principes énoncés par le président Wilson nous donnent le ferme espoir de voir nos désirs émanés du fond de nos cœurs constituer Îles
facteurs décisifs et déterminés de notre avenir.
Nous attendons du président Wilson et du libre peuple américain un appui pour la réalisation de nos espérances ; ils témoigneront par là de leur intérêt et de leur noble sympathie en faveur des aspirations des nations plus faibles en général et de notre peuple arabe en particulier.
Nous avons aussi la plus entière confiance en la Conférence de la Paix. Celle-ci appréciera que nous nous sommes levés contre les Turcs, avec lesquels nous participions à tous les privilèges civils, politiques et représentatifs seulement parce qu’ils ont violé nos droits nationaux. Elle satisfera complètement pos vœux en veillant à ce que nos droits politiques ne soient pas après la guerre moindres qu'ils ne l’étaient auparavant alors que nous avons répandu tant de sang pour la cause de notre liberté et de notre indépendance.
Nous requérons l’autorisation d'envoyer une délégation pour nous représenter à la Conférence de la Paix afin d'assurer la défense de nos droits et la réalisation de nos aspirations. »
Les résultats des tractations entre la Commission américaine et le Congrès syrien n’ont pas été très concluants ; la Commission d'enquête, dont cependant la sympathie pour la cause de l’indépendance absolue, sans assistance ni mandat, était évidente, ne put pas tenir le Congrès pour la seule représentation
légale de la nation syrienne; à Damas même, elle
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consulta les représentants des groupements politiques et des communautés religieuses et elle mena son enquête à travers toute la Syrie. Beyrouth, la zone littorale, la plaine de la Bekaa qui, aux termes de la loi ottomane interprétée par Fayçal, n'étaient représentées au (Congrès que par des membres du parti chérifien, se prononcèrent presque unanimement en faveur de l’indépendance du Grand Liban, avec le mandat de la France.
La procédure adoptée par la Commission d'enquête fut pour le Gouvernement arabo-syrien un retentissant échec, puisqu'elle devait consacrer l'influence française dans des régions indispensables au développement du futur Etat syrien.
Lorsque la Commission américaine eut achevé ses travaux, le Gouvernement militaire de Damas aurait voulu déclarer terminée la mission du Congrès.
Mais il était à craindre que la dissolution ou l’ajournement de cette assemblée ne soulevât de vives protestations.
Le Congrès avait l’appui des partis nationalistes : le parti de l’indépendance arabe, le plus influent en zone Est, qui demandait l’indépendance de la Syrie, de l’Irak, du Hedjaz, du Nejd et la réunion de ces Etats en un vaste Empire ayant à sa tête le roi
du Hedjaz; le parti de l’union syrienne, dont les