ST LE
40 ne faire aucune manifestation, ne tenir aucune réunion publique sans l’autorisation du Gouvernement qui, seul, assure la défense des intérêts des habitants;
70 ne pas porter d’armes et ne pas tirer de coups de feu ;
60 rendre plus intimes les relations entre les communautés égales devant les lois et qui ont les mêmes droits et les mêmes devoirs envers la patrie. »
À ces objurgations de l’Emir Fayçal, le Congrès syrien fit un accueil courtois; dans une séance qu’il tint le 24 octobre 1919, il adopta à l’unanimité un projet de réponse à l’Emir Fayçal préparé par son Comité directeur. La proclamation rappelle les promesses faites en 1917 par les alliés au roi du Hedjaz et s'élève contre les intentions du Conseil suprême de porter atteinte à l'indépendance des pays arabes. Mais cette proclamation s’adresse surtout à Fayçal: le Congrès, après avoir exprimé à l’Emir «sa profonde reconnaissance », affirme une fois de plus son droit de parler au nom de la Nation et demande que les actes du Gouvernement soient contrôlés par le «Conseil de la Nation », qui a été également élu pour donner au pays une Constitution.
EL quelques jours après, le 27 octobre, le Congrès syrien, pour mieux marquer son désir de n'être plus tenu à l'écart, délégua douze de ses membres qui se mirent directement en rapport avec les représentants à Damas de la Grande-Bretagne, de la France, de
ERP
l'Italie, des Etats-Unis d'Amérique et d’Espagne, pour leur faire connaître que la nation veut | «indépendance des pays syriens et leur fusion en un seul Etat. »
Toutes ces manifestations du Congrès furent jugées inopportunes par Fayçal et son Gouvernement.
L’embarras financier était grand et les bailleurs de fonds moins enthousiastes ! Il n'avait servi de rien que le Congrès par une proclamation au « Peuple Syrien Arabe ? ait prescrit à la population de participer à la défense nationale « financièrement et matériellement ». |
L'Emir Fayçal n'avait pas démenti un article du Times (8 octobre) annonçant que la Syrie, sans la Palestine et sans le Liban, serait constituée en un Etat virtuellement indépendant avec un mandat de surveillance confié à la France. L’Angleterre paraissait disposée à consentir à un « partage des influences » en pays arabes.
L'Emir Fayçal, à la fin de l’année 1919 était seul en face de la France; il reconnut alors que la Syrie avait besoin de l’aide d’une puissance étrangère et
1. Voici en quels termes l’Emir Zeid appréciait la situation financière : « Mon cher Colonel Taylor après vous avoir adressé mes salutations et exprimé le désir de vous voir, je vous avise que le retard de l'Emir Fayçal m’a obligé à renvoyer Djeffar Pacha une seconde fois vous trouver, afin que vous examiniez la question des subsides à toucher et de leur envoi à nous par lui. En effet, l’administration sans finances est devenue difficile... » (Lettre du 30-12-19).
2, Séance du 24 octobre 1919,
LTD ae
pour discuter plus librement les clauses du futur mandat, il ajourna le Congrès syrien, notoirement hostile à toute intervention étrangère.
Le 1er décembre 1919, fut lu au Congrès syrien un message de l'Emir Fayçal qui débute par les très longues salutations d'usage et se termine ainsi « Nous nous sommes réjouis des vœux que vous avez exprimés pour la constitution d’un Gouvernement démocratique. Ce sera le Gouvernement futur.
«Mais nous estimons que, présentement et en atterdant que le sort du pays soit définitivement fixé par le Congrès de la Paix,il est désirable de ne rien changer à notre Gouvernement et ce, par mesure d'économie, pour que les règlements en vigueur soient plus strictement observés et pour assurer la sécurité. »
Dans un communiqué qu’il adressa à la population (8 décembre 1919), le Congrès syrien constate, non sans amertume, son échec : « Le Congrès syrien qui n’a pu réussir à faire admettre que le Gouvernement assumât une responsabilité vis-à-vis de la Nation a décidé, dans sa séance du 4 décembre 1919, de suspendre ses séances, conformément au désir exprimé
par Sa Majesté l’Emir, jusqu’à ce que le Gouvernement ou la Nation décide sa réouverture. »
L’'Emir Fayçal fut impuissant à gouverner sans le concours des représentants de la Nation, mais non parce que l’idée démocratique avait fait son chemin.
En Syrie autant que chez les Arabes nomades, ia
Es to
démocratie désirée par Mahomet ne pouvait prévaloir contre une organisation aristocratique que sept siècles de domination ottomane n'avaient pu entamer. « Les hommes sont égaux comme les dents d’un peigne » à dit le Prophète; mais « ceux qui étaient nobles sous le paganisme restent nobl:s sous l’islamisme, pourvu qu'ils rendent hommage à sa véritable sagesse. »
Les nobles Syriens étaient restés les véritables maîtres du pays; chefs de contrées que n'avait pas pénétrées l’administration ottomane : Djebel Druze, Hauran, Alaouites, ils avaient été les intermédiaires indispensables entre le vali turc et les populations ; ils avaient composé les medjless qui discutaient les intérêts des collectivités; eux ou leurs représentants étaient la grande majorité dans le Congrès syrien.
Gouverner sans le Congrès, c'était gouverner contre les seigneurs qui constituaient la seule force agissante de la nation. Fayçal sentit le danger et dut bientôt, pour fortifier son autorité médiocre, laisser aux membres du Congrès en qui se réveillait le vieil esprit
d'émancipation, le soin de construire «leur Etat ».