‹ Un grand Américain, Abraham LincolnChapitre 6 sur 21 · A SON FOYER · texte numérisé non relu

A SON FOYER

Le fils de sa seconde mère, Johnston, lui procura pas mal de tourment. C'était un paresseux, un mauvais sujet qui buvait le peu qu'il gagnait et qui réclamait souvent de l'argent à Abraham. A une demande de quatre-vingts dollars, ce dernier répondit par une lettre sévère mais bienveillante. Lincoln l'encourageait à travailler, à ensemencer ses champs et lui promettait un dollar pour chaque dollar que son labeur lui procurerait.

Thomas Lincoln mourut en 1851, à l'âge de 73 ans, en sa ferme du comté de Coles, dans l'Illinois. Johnston, qui n'en était pas à son coup d'essai, profita de la vieillesse et de l'isolement de sa mère pour lui enlever le peu qu'elle possédait. Il voulut vendre les terres et s'en aller au Missouri. Abraham lui déconseilla ce départ en lui faisant comprendre qu'il ne serait ni meilleur ni plus heureux dans un autre pays. Il lui reprocha de n'avoir fait aucune récolte cette année-là et déclara à Johnston que, ne pouvant pas même vivre avec la terre, il ne pourrait pas vivre sans la terre. De plus, Lincoln s'opposa vivement à la vente totale du domaine paternel; il voulait en réserver une part assez grande pour que la mère pût vivre sans souci jusqu'à la fin de ses jours.

Cette opiniâtreté à vouloir conserver le domaine de famille est assez curieuse chez Lincoln, qui, par ailleurs, ne montra jamais d'empressement à s'attacher à la terre pas plus qu'à y travailler. Il possédait un lot de terrain dans une ville illinoise baptisée Lincoln en son honneur, et un autre lot qui lui avait été remis après la guerre contre les Indiens, mais il ne les cultivait pas lui-même. En défendant le patrimoine de Coles, il songeait davantage à la sécurité et au bien-être de la mère qu'à la terre elle-même.

Lincoln républicain.

Si, pendant les années de son „ circuit", Lincoln se tint à l'écart des luttes politiques, il. ne s'isola point cependant. Lisant les journaux du Sud comme ceux du Nord, il demeurait toujours en contact avec le peuple, dont il suivait avec soin les opinions et les aspirations. Dans ses voyages, il ne cessait de discuter avec les juges et les avocats la question toujours plus passionnante de l'abolition. Un soir, il dormit dans la même chambre que le juge Dickey, un partisan de l'esclavage. La controverse dura très tard dans la nuit. Au réveil, Lincoln, assis sur son lit, s'écria :

— Dickey, je vous dis que cette nation ne peut pas subsister étant moitié esclave, moitié libre.

Ces paroles devinrent le thème d'un grand nombre de ses discours. Bientôt les événements forcèrent Lincoln à sortir de son isolement et à rentrer dans la lice.

Vers 1850,1e Sud, insatiable, réclama de nouvelles garanties pour l'exploitation et la propriété des nègres. Agitant sans cesse la menace de la rupture de l'Union, les esclavagistes maintenaient les Etats du Nord sous leur tutelle et obtenaient sans trop de peine les actes législatifs dont ils avaient besoin.

C'est ainsi que Douglas, Clay et Webster firent voter la loi des esclaves fugitifs, qui enlevait toute liberté individuelle aux habitants des Etats du Nord. Les blancs comme les nègres devaient en souffrir. Auparavant, tout esclave qui s'enfuyait de chez son maître et qui réussissait à entrer dans un Etat libre, était affranchi. Mais, sous la

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