‹ Un grand Américain, Abraham LincolnChapitre 7 sur 21 · LINCOLN RÉPUBLICAIN · texte numérisé non relu

LINCOLN RÉPUBLICAIN

nouvelle loi, le nègre ne pouvait trouver d'abri nulle part; où qu'il fût, son maître ou ses agents, ou certains fonctionnaires du gouvernement pouvaient le réclamer, et tout citoyen était tenu d'aider la force publique à s'emparer des fuyards. Ce fut une loi honteuse, inhumaine ; les citoyens partisans de l'abolition devaient souvent violer leur conscience pour s'associer à la capture des fugitifs. S'ils ne le faisaient pas, la prison les guettait.

Les Sudistes poussèrent le cynisme jusqu'à forcer les puritains de la Nouvelle-Angleterre à coopérer plus souvent que d'autres à la poursuite des fugitifs. Les citoyens de Boston, la honte et la rage au cœur, devenaient les complices de leurs pires adversaires ; ils voyaient les nègres repris et enchaînés traverser leurs rues sous la conduite des soldats qui les acheminaient vers le port où des négriers les attendaient.

Cette loi et ses funestes effets éveillèrent l'attention des citoyens du Nord qui, jusque-là, semble-t-il, avaient ignoré la nature vraie de l'esclavage et l'étendue des desseins des Sudistes. Ce fut à ce moment que M"'"' Beecher-Stowe publia, dans „ National Era ", un journal de Washington, en 1851, puis en librairie à Boston, en 1852, son fameux livre La Case de l'oncle Tout, qui souleva contre la cruauté des planteurs les protestations du monde entier et qui réunit en un faisceau plus vivant tous les abolitionnistes du Nord.

Le Sud, enhardi par la loi des esclaves fugitifs, ne tint aucun compte du réveil de ses adversaires. Aveuglé, il demanda d'autres avantages. Il se fit adjuger une portion du Mexique qui prit le nom de territoire de l'Arizona et où, naturellement, l'esclavage eut force de loi. Une bande de flibustiers, stipendiés par le Sud, essaya d'enlever Cuba à l'Espagne ; une autre fit une semblable tentative contre le Nicaragua.

En janvier 1854, Douglas, qui était président de la commission des territoires au Sénat, fit adopter un bill organisant deux nouveaux territoires, le Kansas et le Nébraska. Ils comprenaient, outre les Etats actuels de ces

go CHAPITRE IX

mêmes noms, ceux du Montana, les deux Dakota et une partie du Colorado et du Wyoming. Mais ces régions se trouvaient au nord et à l'ouest du Missouri et, d'après le compromis, l'esclavage ne devait pas y être introduit.

Cela contrariait le Sud qui, au lieu de souffrir cet obstacle à son expansion ou de le tourner par quelque injustice, l'abattit : injustice plus monstrueuse. Douglas fut l'instrument de cette besogne déloyale. Il désirait depuis longtemps la candidature à la présidence de l'Union; pour y parvenir, il lui fallait l'appui des esclavagistes. Il devint après quelque hésitation, le champion de leur cause et, avec le concours des démocrates et de l'administration fédérale, il fit abroger le compromis du Missouri. Le 4 mars 1854, le canon du capitole de Washington tonna pour annoncer cette nouvelle iniquité.

Pour masquer leur hypocrisie, les auteurs de ce petit coup d'Etat invoquèrent leur désir de ne point froisser la souveraineté populaire dans les nouveaux territoires. Les citoyens devaient être libres d'introduire ou d'interdire l'esclavage chez eux.

C'était bien. Mais les Sudistes allaient essayer d'influencer les décisions des futurs législateurs du Kansas et du Nébraska. Dès que ces territoires furent organisés, les émigrants y affluèrent en foules, et le Sud dépensa des sommes considérables pour y envoyer de ses ressortissants. Le Nord en fit autant. Bientôt ces nouvelles régions se peuplèrent de colons ennemis qui y transportèrent les haines nationales. La guerre civile se déchaîna et dura environ cinq ans ; elle fut meurtrière ; on pilla et on incendia des villes naissantes, et les femmes des blancs furent obligées de demander asile auprès des Indiens pour elles et leurs enfants.

Cette émeute nuisit à la renommée de Douglas, qui raconta qu'à son retour de Washington il eût pu s'éclairer, la nuit, à la lueur des feux qui le brûlaient en effigie. A Chicago, il fut sifflé. Mais, homme habile, il sut tout de même reconquérir la confiance de ses électeurs.

Page 1