‹ Un grand Américain, Abraham LincolnChapitre 8 sur 21 · LINCOLN REPUBLICAIN 9I · texte numérisé non relu

LINCOLN REPUBLICAIN 9I

Tous ces événements engagèrent Lincoln à entreprendre la grande lutte contre le grand mal. Il prononça à Peoria, le i6 octobre 1854, un important discours où il retraça toute l'histoire de l'esclavage aux Etats-Unis ; puis il essaya de convaincre ses auditeurs de l'illégalité de la traite. „ Si A., dit-il, peut prouver qu'il a le droit d'acheter ou de vendre B., qu'est-ce qui empêche B. d'enlever sa liberté à A. ? Vous dites que A. est blanc et que B. est noir. C'est une affaire de couleur alors ; celui qui a la peau la plus claire a donc le droit de rendre esclave celui qui a la peau plus foncée? Prenez garde. En raisonnant ainsi, vous risquez de devenir la propriété de quiconque aura le teint plus foncé que le vôtre. Vous pensez que la couleur n'y est pour rien ? Vous croyez que les blancs sont intellectuellement supérieurs aux noirs et qu'ils peuvent par conséquent se les assujettir ? Prenez garde encore. Vous vous exposez à devenir l'esclave de quiconque est plus intelligent que vous. Mais, dites-vous, il y a aussi une question d'intérêt : alors si les noirs y voient aussi leur intérêt, ils pourraient faire de vous des esclaves... Vous dites aussi que ces hommes sont trop ignorants et trop vicieux pour prendre part comme vous au gouvernement du pays. Nous admettons que cela soit, mais, par votre système, vous les maintiendrez toujours dans l'ignorance et le vice. Nous nous proposons de donner à tous les mêmes droits et nous veillerons à ce que les faibles deviennent forts et les ignorants plus instruits ; nous voulons que tous deviennent plus heureux et meilleurs. L'expérience est possible et le fruit est à notre portée. "

Ailleurs, il disait : « Quand un homme blanc se gouverne lui-même, il pratique le « self-government ••>, mais si, se gouvernant lui-même, il veut en même temps conduire un autre homme, cela, c'est plus que du «self-government», c'est du despotisme... Personne n'est assez parfait pour gouverner son semblable sans son consentement... Abrogez toutes les lois, tous les compromis, la déclaration d'indépendance, tout notre passé, vous ne pouvez anéantir la

nature humaine... Notre manteau républicain a traîné dans la boue; il est souillé. Rendons-le net. Purifions-le dans l'esprit sinon dans le sang de la Révolution. »

Ces paroles étaient nouvelles; elles marquaient une empreinte tenace dans tous les esprits et devenaient le germe de saines réflexions. Elles étaient le prélude aux grandes batailles qui allaient agiter tout le peuple américain. Elles étaient comme ,1a voix d'un prophète prêt désormais à conduire son peuple vers de nouvelles destinées.

Shields étant arrivé au terme de son mandat de sénateur de riUinois, quelques citoyens eussent voulu le remplacer par un autre partisan de l'esclavage, par un émule digne de Douglas. D'autres, qui désiraient un ami de la liberté, pressèrent Lincoln d'accepter une candidature ; il refusa, mais, estimant qu'il était prudent de contrebalancer l'influence de Douglas, il invita ses concitoyens à voter pour le juge Trumbull, qui fut élu. Ainsi l'Illinois avait manifesté son intention de soutenir plus efficacement, à Washington, la cause des abolitionnistes.

Peu de temps après, on offrit à Lincoln la charge de gouverneur de l'Illinois; il refusa encore cet honneur.

Les deux partis politiques, les whigs et les démocrates, se désagrégeaient lentement. Leurs programmes avaient vieilli. La question de l'esclavage émergeait toujours plus au-dessus des autres préoccupations nationales; elle devint prépondérante. Comme il y avait dans chaque parti des amis et des adversaires de l'abolition, ces partis ne pouvaient subsister. Leurs membres, comme les molécules qui se dissocient pour se recombiner sous l'action d'une force nouvelle, brisèrent les anciens cadres ; les esclavagistes demeurèrent fidèles au parti de Douglas; les abolitionnistes, whigs et démocrates d'hier, fondèrent un nouveau parti, le parti républicain.

La campagne qui s'ouvrit en 1856 pour la réélection du président de l'Union fut, dans l'Illinois du moins, le prétexte de cette évolution politique. Les républicains unirent

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