LA CLEMENCE ROYALE
Deux mois s'étaient écoulés depuis la mort du marquis de Fontana. Raphaël, accablé par d'innombrables témoignages, n'avait pu victorieusement repousser l'accusation d'assassinat. Tout faisait croire que des motifs d'intérêt <*t d'amour lui avaient inspiré ce crime
horrible; loul faisail croire qu'il avait anéanti le véritable testament de M. de Fontana, pour complaire à madame de Courtalis, qu'il aimait frénétiquement. Madame de Courtalis ellemême venait d'être impliquée dans le procès. D'abord les charges n'avait ni point semblé suffisantes contre elle pour qu'on procédât à son arrestation; mais les déclarations de Renaudeau, et peu de temps après celles de Melchior, ne laissèrent aucun doute. Madame de Courtalis, éprise follement de Raphaël, avait voulu tout ensemble se délivrer de son mari et d'un vieillard qui la gênait. Elle était l'ame du crime; Raphaël en était l'instrument.
Le procès de Raphaël était presque terminé, lorsque madame de Courtalis, atteinte et convaincue de complicité dans l'assassinat
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fut décroléo fin prestation. Mais elle n'avait point nlloiuki rexécution dn mandat décerné contre clic : après avoir emporte tons ses bijoux cl de fortes sommes, elle avait pris la fuite. Le lieu de sa rclraite demeundt coio plétement inconnji.
Raphaël, que ses antécédents honorables auraient <{ii défetidre , ne put néanmoins,se disculper. D'ailleurs, trop noble et trop pur pour mentir, il avouait hautement sa faute, et la manière dont le testament avait été détruit. 11 n'en fallut point davantage pour le faire condamner, et le jury, d'une voix unanime, le déclara coupable.
Raphaél, dévoré de remords et fatigué de la vie, ne s'était point | ourvu en cassation troisjours Calais venaientd'expirer/L'aumonier T. II. -20
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des prisons avait annoncé au pauvre condamné à mort qu'il ne devait plus avoir d'espérance qu'en Dieu.
Le jour de Texéculion était fixé pour le lendemain.
Raphaël, sombre et pensif, demeurait immobile, la tête penchée, les mains jointes.
La porte du cachot s'ouvre.
C'eât Puymorel, son ami d'enfance.
Alors les deux jeunes gens tombent dans les bras l'un de l'autre! c'est un mélange de pleurs et de sanglots.
— Non! tu n'es pas coupable, s'écrie Puymorel, je lésais bien, moi!...
— Armand! Armand! tu me connais, et
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c'est niio consolalion bien douce pour mou cœur de savoir ciu'nn hoiniue du uioins iiic rend justice!
Alors Rapliaël lui raconte dans les plus grands détails tout ce qui s'est passer
— Armand, dil-il en i<' pressant contre son
cœur, je vais mourir. Tu l vois, rien ne peut me sauver, mais, je t'en conjure, \enge ma mémoire. Hélas! hélas! c'est bien horrible! mourir si jeune et déshonoré. I.a justice d(îs hommes est souvent bien injuste, mais que faire? tout m'accuse. A ieui' place, moi je dirais pcut-èlre comme eux, cl je ferais tomber la lête d'un innocent!
— Ah! Kaphaël: Kaphaël ! dilAi'mand iou L en larmes, poiiiqnoi n'as-lu pas voulu nie
croire !.. je te disais bien que cette femme te serait fatale.
Et les deux amis pleuraient ensemble , et leurs mains convulsives ne se quittaient plus.
— Raphaël, dit Armand avec énergie, non! c'est impossible, tu ne dois pas mourir! tu ne mourras pas. il y a un homme qui peut te sauver... c'est le roi de France, et je vais tout lui direî... Il m'entendra peut-être.
- — Pauvre ami, répond Baphaël en souriant avec tristesse, ton amitié t' égare... oui, oui, je te reconnais, c'est bien là ta fougue et ta chaleur d'ameî Mais que veux-tu faire? il faut nous soumettre : je suis condamne. C'est quelque chose d'inflexible que la loi, Armand 1 c\si comme ie iér de la guillotine.
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Raphaël parlait encore, lors(ju'un bruil de serrures et d<' verroux se lait cntent'ire; la porte s'ouvre, une l'enime jeune et belle et souriante s'élance dans le cachot.
— Lorença ! ! ! s'écrie Raphaël avec une surprise indicible.
— Oui, nîoi, Raphaël! dit Lorença toute émue. J'arrive bien'tard, n'est-ce pas? niais je ne voulais \enir qu'avec des paroles conso lantes.
— Lorença, en est-il pour l'honinne qui va mourir?
— INon, vous ne mourrez pas; non, Raphaël! Votre innocence est reconnue... le roi NOUS fait grâce!
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- Dieu! se poil ri ait-il?
Fa Hapliaël lunibe à genoux devant Lu reijça.
Armand pleurait (ie joie et de bonheur. Lui inerédule, lui athée, il remerciait Dieu , il croyait pour la première fois.
Le silence régnait dans la cellule, interrompu seulement de temps à autre par les sanglots et les prières de Raphaël et de Lorença.
La porte de chêne grince sur ses gonds 5 un homme habillé de noir entre avec un papier i\ la main.
— Raphaël, dit-il d'une voix grave et emphatique ; la clémence royale s'est étendue
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sur VOUS : le roi commue votre peine en celle des travaux forcés ù perpétuité.
Lorença et Raphaël poussent un cri déchirant: ils tombent évanouis.