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CHAPITRE X

IT-S njMtKAILLKS.

C'était le jour des obsèques du marquis de Fontana. La grand(^ porte de l'hôtel était tendue de noir, et de tous côtés arrivaient des voitures de deuil qui se rangeaient à la lile.

La cour était pleine de monde : tous les visaj2[es exprimaient h consternation, et de ton

250 II\ (illAND d'eSPAGISE.

les pîirls on s'entrelenait avec un mélange de douleur et d'effroi du terrible événement dont l'hôtel Fontana venait d'être le théâtre.

Le cercueil, revêtu de larges draperies noires à franges d'argent, était placé dans une antichambre, sur un catafalque magnifique environné d'une multitude de cierges. Antonio, assis près du cercueil, immobile et le front dans ses mains, avait l'air d'une statue qui pleure; et si de temps à autre les mouvements de sa poitrine n'eussent indiqué la vie, on aurait pu croire que le vieux serviteur était hi, mort, près de son vieux maître mort.

Cependant la police continuait ses investigations, et plusieurs de ses émissaires, mêlés aux groupes des amis éplorés, examinaient tous les visages, écoutaient toutes les conversations.

Madame de (iourtalis, habillée de fleuil,

I ?i (.HAM) I» i:si'a<;m: i.">l

élail (ians sa clKiiubro, à j^enoiix, oaï pririfs, el par iiioinenl on pouvait cnteiulro à Iravois la porte cies pleurs et des sanglots entrocoiipés.

Un pompeux corbillard , attelé de six chevaux aux panaches ondoyants, stationnait dans la cour, et d'un instant à l'autre le convoi allait se niettre en marche^

Tout-à-coup il se fait dans la Coule une grande rumeur. Un jeune homme pâle et les traits bouleversés, les habits en désordre, entre en courant et traverse les groupes étonnés. Il parle, il questionne; son langage est vague et incohérent, ses yeux expriment le délire, et dans tous ses mouvements il y a quelquie chose de convulsif et de fou.

Plusieurs voix §'élévent dans la loule : — C'est lui! — c'e&t Mf Raphaël! le secrélaiiv du uiarquis de Fonlana.

Raphaël est déjà dans la cliambie où se trouve le cercueil; il pousse un cri terrible et s'élance vers le calafalque , il tombe à genoux. Il se frappe la poitrine; il demande pardon au vieillard, et crie d'une voix lamentable et pi^^otbnde : '

— Je veux If voir encore.... Oh! rien qu'un instant I que je contemple son visage auguste et vénérable, que je baise ses cheveux blancs! Oh ! mon Dieu ! mon Dieu !

Antonio, réveillé de sa torpeur, a reconnu Raphaël.

— Vous ici! vous, Monsieurl dit-il en joignant les mains. Ah! quel malheur!... mon pauvre maître.

— 11 est mort ! il est mort ! s'écrie Raphaël en se tordant les mains, et je n'ai pu l'embrasser à son dernier soupir... Je n'ai pu lui demander pardon.

— Hc'lns! hélas! M. Kapliaël, dit Antonio cl une voix rniuc, je suis comme vous, moi!... je n'ai i)u le voir, ce hon maître, à son dernier moment 1... il ne lii'a pas appelé. Oh ! je serais venu tout de suite; mais sa voix peutêtre, sa voix élail trop l'aible... les misérables ! ils ont bien su étouffer les cris d'un vieillard.

— Que dites-vous, Antonio?

— La vérité, Monsieur Rapliaël, répond le vieux domestique en posaqt une main sur son cœur; ils l'ont assassiné!...

— Dieu !

— Mais vous ne savez pas , malheureux jeune homme; c'est vous-même qu'on accuse! Non, non, vous n'êtes pas coupable, je l'ai dit loul de suite , moi, car je vous connais; vous êles un noble cœur... Vous r,aindoz, ce

9r»i IN (îHAM) |)'ksi»a<;m<:.

vieillard, comme un père! et vous n'auriez

jamais

Antonio n'apas la force d'achever. Raphaël venait de tomber presque sans connaissance, sur les degrés du catafalque. Mais soudain le jeune homme se relève avec énergie.

— Quoi! se pourrait-il?.. Antonio, est-ce bien vrai ce que vous dites? Le marquis de Fontana est mort assassiné.

— Oui, oui, je le jure! je le jure devant Dieu, devant ce cercueil... Oh! s'il pouvait revivre un instant, mon pauvre maître, et dire ce qui est!., ce serait horrible.

- Parlez , Antonio ; moi je ne sais rien, dit Raphaël éperdu. Depuis plusieurs jours, voyez-vous, je ne sais plus ce qui se passe.... et lout-à-l'heure seulement j'ai appris la mort (le M. de Fontana. Je venais pour le voir encore, pour lui dire

UN (;UAM) I) KSI» A (i M*. '2.'» 5

— Mais j'y pense, Monsicui' Ha|)liaol, ajonlr Antonio d'un air sombre. Il y a plusieurs jours (jue vous êtes absent. Oui, oui , c'esl la nuit même de la mort de mon maître... vous avez disparu de la maison... Pourquoi, Mousieur, pourquoi? Vous devez le savoir, et Dieu le sait aussi... toujours est il qu<' vous étiez dans lacjjambre du marquis deFontana, peu d'instants avant sa mort. Et vous n'avez rien vu, Monsieur Raphaël? vous ne savez rien?

Depuis un moment Raphaël était comme frappé de la foudre. Une iJée soudaine , une idée horrible vient d'éclore dans son cerveau.

— Vous ne dites rien, Monsieur Raphaël, reprend le vieux domestique avec un étonnemenl mêlé de défiance. Je voudrais pourtant que vous eussiez la force de parler. Que\

2jG l.> UKA>(!J b LSPALiMi.

qiies mots de votre bouche éclairciraient les ciioses... car on vous accuse.

— iMoi! moi! s'écrie Rapliaël avec indignation.

— Vous, Monsieur, vous-même, et je vous ai tout d'abord défendu : il y a une autre bouche qui a parlé pour vous, c'est celle d'une bonne et candide jeune lilie, Lorença.,.

— Ah! je la reconnais bien, dit Raphaël ; cette idée infernale n'a jauiais pu entrer dans son esprit. Mais c'est affreux, mais c'est infâme!., qui donc m'accuse? moi qui donne rais tout ce qui me reste encore d'existence pour rendre la vie à ce calavre, seulement pour une heure. Antonio, pour un instant!.. Parlez, parlez, qui donc m'accuse?

— Hélas'. Monsieur, tout le monde répond le vieux «lomestiquR avec tristesse; tout le rnonile, excepté moi! Il y a ici même une

L'> «.HA.NU l> t>IVV(i>lL. 2ii7

femme que je ne veux |);»s nommer, mais que Dieu la juge! ! !... Celte femme, vous aviez pour elle boaiieouj) d'indulgeiice. Monsieur, vous l'écoutiez souvent, et elle avait sur vous un grand empire... Voilà ce qui vous perd; voilà ce qui pourrait faire croire...

— Antonio, dit Raphaël avec plus de calme, mais d'une voix morne et profonde, vous parlez de madame de Coui talis.

— Oui, oui, je parle d'elle.

En ce moment la suile lunéraire était vide encore de monde; Antonio seul et Raphaël se tenaientprèsdu catafalque; maisd'uneseconde à l'autre, on allait enlever le cercueil : le maître des cérémonies et les employés des pompes funèbres attendaient silencieusement aux portes que l'heure eût sonné.

Antonio, le vieux et (idèle serviteur, avait T. u. 17

25S L.> UKA>D D tSFAGMi.

clcmniidé, les mains jointes, qu'on le laissai quelque lemps seul auprès du cercueil de son maître.

Soudain un bruit de voix se fait entendre, des voix fortes et impérieuses.

Antonio prèle Toreilie avec inquiétude.

— Monsieur, dit-il vivement à Raphaël, fuyez, fuyez à l'instant môme!., on vient vous arrêter.

— Moi? Je ne suis pas coupable, je ne suis pas un assassin!

— Non, Monsieur Raphaël, je neveux pas le croire; mai.i n'importe, vous êtes gravement compromis, fuyez ! Moi qui vous parle, je connais les auteurs du crime, je pourrai les nommer. . . mais en temps et lieu. 11 vous faut d'abord prendre la fuite.

— Non! je ne fuirai pas, dit Raphaël. Un

seul mot do ma houdio prouvera mon innocence.

— Fuyez ! /iiyoz donc, ils viennenl!. . Gagnez le jardin, traversez le parc . Voici la clé de la petiie grille.

Une révolu (ion complèle vient de s'opérer dans l'esprit de Raphaël.

— On esl madame de Courtalis? dit il d'une voix sombre.

— Là-haut, dans sa chambre.

— J'y vais, Anlonio, merci.

Et il presse entre ses deux moins avec effusion la main froide et tremblante du pauvre domestique.

Déjà Raphaël frappe à la porte de madame de Courtalis. Aucune voix ne lui répond , tout demeure immobile. Alors il appelle cl se f lit connaîtie.

•260 t> (iUA^CI) l) tSPAUMi.

Presque aussitôt la porte s'ouvre ; inadaine de Courtalis pousse un cri en voyant Rapliaël.

— Vous, Raphaël, vous! Oh! comme jo vous atlendais.

El cette femme ^ qui lout-à-l'heure encore faisait entenJre des plaintes funèbres, enlace et presse contre son cœur Raphaël éperdu.

— Laissez moi, s'écrie-t-il en s'arrachant à cette amoureuse étreinte. Oh! ne me touchez pas, Madame.

— Quoi! Raphaël, est-ce que tu ne m'aimes pas?

— Non, non, je vous maudis!...

— Mon ami, quel délire?

— Oh! dil-il amèrement; mon délire a été bien plus déplorable encore il y a quelques jours. Vous rappelez-vous. Madame, ce que Yous avez fait, ce que j'ai fait, moi !

UJ1 tiRAM) I)'eSPAG>L. 20 1

— Roplmël, f)arlcz moins liaul, je vous en conjui'c! (lit iiiadunie de Couiialis avec épouvante, on pourrait vous entendre. WallKUrcux! vous ne savez donc pas ce qui se passe, ce qu'on dit de vous?

— Je le sais , Madame, Antonio m'a tout appris. Ainsi donc, vous en êtes venue à vos fins? Il est mort; ce bon \icil!:irdl et de (luelle mort. Madame!...

— Raphaël, que voulez-vous dire? quel regard terrible vous me lancez.

— Oh! vous me comprenez, Madame. De grâce, é|)argnez-moila douleur de vous en dire davantage. Il est mort, cet homme généreux

et vénérable, il est mort assassiné! el

c'est moi maintenant qu'on accuse.

— Mais c'est une folle et misérable accusa tion , Raphaël. QueFques mots vont sufiire

pour te dicciilper. D'aiU'^urs maintenant les uîé .'ceins ont changé (i'avis, ils dcclarenl que la mort peut bien être naturelle. En eifet, quoi déplus simple! un vieillard déjà malade... qui meui t presque subitement.

— Oui, bien subitement, madame! dit Raphaël avec des sanglots.

— Il sulfit (!e réfléchir, mon ami, continue mnilame de Gourtalis, pour qu'on ne t'accuse pas (l'avantage. Que pouvais-tu gagner à cette mort? tu n'avais qu'à perdre. Maintenant te voilà seul au monde, obscur et sans ressource... et moi je suis riche.

— Vous, madame ! dit Raphaël avec une Ijornur involontaire, en voyant le sourire étrange et sinistre qui agit» les lèvres de madame de Gourtalis. Vous êtes riche, ditesvou s ? . . . vou s h éri tez .

IN GRAND D E^PAdMi. îiCJ

— Oui, mon Raphaël, murmure madame ilc Coui'h'.lis (Tum; voix basse cl |)assioruic'e. Toule l'iniiueiise forUme du mai(juis de Vi>nlana est à piébenl la mienne; lien ne peut m'écliapper , sois Iranquille. Je ne suis pas une ingrate, va; je n'ouI)lierai jatnais , mon Rajihaël, ee (pu; lu as iWil j)onr njoi.

— Vous me failes horreur! s'éeri(> Raphaël en repoussafil loin tle lui madame de Courtalis, (]ui \eut le retenir dans ses briîs. Ah! mainlefKiiit je comprends lout. Oui, le marquis de Fonlana est mort assassiné! ! I

— Folie! folie! dit madame de Courtalis avec un sourire é(juivo(jue, de pareilles idées ne peuvent Ncnii^ qu à ce \ieux imbécile d'Antonio. Il m'en \cut; il vou. irait me [ferdic, et prcn(is-y bien garde, Ra|liaël, si jamais cet homme enlcndait (C que tu viens de dire , il ferait croire que nous sommes tousiieiix eom-

2G4 U!V GRAM) 1) KSPAGMJ.

plices!.. que tu as ogi, toi, à mon instigation Alors... alors... 0 Raphaël, nous serions perdus l'un cl l'autre!

— Nous sommes perdus, Madame ! s'écrie lîaj)haël avec une véhémence inexprimable. Pour vous plus de grâce, pour moi plus de grâce! Il faut mourir tous deux, mourir déshonorés. Madame, madame, continue-t-il avec une sauvage exaltation, je vois ce que vous êtes; le ciel est dans vos yeux ^ l'enfer dans votre cœur!.. Vous êtes mon ange fatal! Vous m'avez d'abord montré le bonheur dans un horizon magnifique et lointain; vous m'avez attiré peu à peu , misérable victime, et puis fjuand je vous étais livré, seul , faible et sans défense, vous m'avez jeté dans le gouffre! Madame, entendez vous bien, vous ne jouirez pas de votre crime, de votre infernal triomphe!

Jesnisîout maintenant, mes yeux sont ouverts. . vous avez précipité les derniers jours de ce vieillard, pour accaparer sa furlune. II y avait contre vous un testament, je lésais; j'en étais le dépositaire, et vous me l'avez extorqué, Madame, vous l'avez anéanti! INJaintenant vous en avez un autre dans les mains, sans doute, un autre que vous avez arraché par quehjuc violence, et vous èlos riche! iMais non, non, cela ne sera point; on n'aura point éj^'orgé mon bienfaiteur sans châtiment, sans vengeance!... iMadame, préparez-vous, Fheurea sonné, vous allez mourir!!!...

En parlant ainsi. Raphaël tire de sa poche un poignard triangulaire, et, saisissant madame de Counalis dans ses bras avec une élreinie «onvulsive, il va la frapper :

— An secours! an secours! s'écrie l-clle , à demi nioi'le d'épouvanle.

Personne !ie vien; ; elle lulle, elle se débat, elle clierclie, mais vainement , à se dégager des bras qui l'emprisonnent. Lui ; Raphaël, pendant ce temps-la, brandit toujours son poignard et lui repousse une main pour atteindre le cœur.

— ri(ié! pitié! Rapiiaël , s'écrio madame de Courtalis en tombant à genoux. Oli! vous n'aurez pas celle barbarie! Tuer une femme, une femme qui vous aime.., ce serait lâche, ce serait horrible!

— Avouez donc. Madame , que vous l'avez fait tuer! dit Raphaël, qui n'est plus maître de lui.

— Eh bien! eh bien! j'avouerai tout. Mais

UN GRAM) :» L.M» u..\r,. -joy

grnco,munnnrc t cll('onlon:!;>iit!(îs mnijisa\oc désespoir. Nod, Rai)hiiël, lu no seras p !s iinpiloyable à ce point; ui ne veux pas ma mort, car jel'itinie, vois-tu, mon Raplmël. Et toi, je suis sur (jiie tu es bon, que lu paidonnrsl...

— Je ne pardonne pas! dit Raphaël d'une voi\ inflexible et ereuse , en eherehant toujours la j)lace du eojur, avec la pointe de son poignard. Vous m'a\ez fait eomnieltre quelque chose d'atroce! c'est à cause de vous Madame, que la pure et noble Lorença , (pie la nièce du vieilinn: est maintenant deshéritée et pauvre. C'est moi qui la ruine... Mais non, mais non, je la venge!

— Oh! pitié, Raphaël.

— Vous voulez vivrcj dit-il a\ec une poignante ironie. Oui, I existence est belle cncme

■2{)S l> »,RAM) I) ISPAGNB.

I^our vous. Eh bien ! je vous la laisse; je vous penncls de vivre, mais à une condition, à une seule.

— Laquelle? .

— Vous avez entre les mains, j'en suis sûr, un leslamcnt qui vous fait légalaire universelle et qui dépouille Lorença. Vous allez me le rendre sur-le-champ. A ce prix, Madame, je vous laisse la vie,

— Mais jion, mon Raphaël, je t'assure que lu es dans l'erreur. Ce testament, dont tu me parles, est une pure chimère... je ne l'ai pas.

— Vous Tavez, Madame, et je l'exige! Oh! je vous le conseille, je vous en supplie... décidez-vous bien vite. Pas un moment d'hésiiation, ce sérail la mort !

i y uKA>u I) »-;sPA<;Mi. 269

Madame de Courlalis essaye encore rie s'arraclicr aux hras (jni l'étreignent; elle vient d'entendre un grand bruit dans l'escalier, elle espère des libérateurs.

Kaphaël, le visage blanc comme un linceul, les prunelles flamboyantes, agite son poignard et s'écrie :

— Ah! lu veux donc mourir? Je t'offrais la vie, mais tu refuses.,. Eh bien, meurs!

— Au secours! au meurtre! à l'assassin! crie madame de Courlalis en redoublant d'efforts pour rompre les liens vivants qui l'emprisonnent.

En ce moment on frappe à la porte; madame de Courlalis continue ti'appeler au secours.

On ébranle violemment la porte, et comme elle ne s'ouvre pas, on la brise.

270 UIH GRAND d' ESPAGNE.

Plusieurs lioînmes mirent prcci| itamment dans la (hanibre.

— A moi ! ù moi ! s'écrie madame de Courtalis presque évanouie.

On se précipite sur Raphaël, on le saisit à bras le corps, on le désarnîe, et un des hommes qui \iennent d'entrer dit à haute voix :

— Voici l'assassin!...

On s'empare de Raphaël; il cherche inutilement à se débattre, on le garotte.

— Oh laissez-moi! dit-il en luttant contre les mains qui le retiennent, rien qu'un instant, que je la punisse! Il faut qu'elle meure!

Madame de Courtalis, qui venait de tomber sur un fauteuil, se relève à demi avec une

IN GRA.Mj U tSPAGNK. '271

ôpoiivnnto indicible, cl trop f;ii!)lo pour s'enfuir, elle sV'crio :

— Gardez bicii ccl homme, c'est l'assassin du marquis de Fonlana !!!...

CHAPITRR XI.

r>E nÉCHAiiu

Renaudeau habitait toujours la rue du Chantre , mais depuis la visite mystérieuse de sa femme, il n'était pas sorti une seule fois de son appartement. C'était pour lui une chose fort dure, une cruelle privation , car Renaudeau, enfant de Paris et bon viveur, aimait

270 LN GRAÎSD DKSPAGNK.

les distractions du soir dans les galeries et le jardin du Palais-Royal. Oh ! comme il était heureux et fier, lorsqu'il avait seulement une pièce de cinq francs dans sa poche , et qu'il pouvait aller prendre un glor'ia dans quelque estaminet, en lisant le jouinal de la veille. Mais ces beaux jours étaient passés! Renau- (ieau, condamné à la retraite par ordre supérieur, n'avait plus qu'un seul passe-temps, c'était de se mettre à sa fenêtre et de regarder les personnes dans la rue.

Jamais encore Renaudeau n'avait souffert une sen>blable réclusion, mais en revanche et par un système de compensation bien digne du professeur Aznïs , il menait dans sa chambre une existence de Sardanapale, ou plutôt de Gargantua. Chaque jour, à heure fixe, on lui apportait un large panier de comestibles : c'é-

rN (;i<\Nn i)'i:si'A(;Mi. l»77

Iai( ni dos jambons, des paies, des homards, forée bouleilles de vieux rhum de l\ Jamaïque il (î'eau-de-\ie de Cognac; mais Renaudeau n'avait point d'autre eonversation, et la parole humaine, cette ineffable musique, qui n'esl comparable à aucune autre, ne sonnait plus à ses oreilles.

Pour se distraire, le prisonnier faisait bombance cl mangeait comme dix. Les homards et les jàlés de foie gras ne faisaient que paraître et disparaître; les jambons s'aj^lalissaient à vue d'œil, et les bouteilles de vieux rhum devenaient singulièrement transjiarentes dans l'esiDace de quelques minutes : aussi Renaudeau était-il toujours dans une exaltation gastronomique des plus admirables; les yeux lui sortaient de la tète et flambaienl comme des charbons ardents. Sa langue

épaisse et pâteuse se promenait autour de ses lèvres, et à chaque instant une petite toux sèche, un hoquet bachique, annonçaient rembarras (le la poitrine et de l'estomac.

Certes une pareille existence avait bien son charme, et jadis Renaudeaii, lorsqu'il bâtissait des châteaux en Espagne, n'aurait rien désiré de plus sensuel, de plus voluptueux; Mahomet, avec son paradis plein de fées et de houris déUcieuses, n'aurait pu rien offrir au brave Renaudeau qui fût capable d'entrer en concurrence avec les Ijomards el les pâtés de foie gras.

Mais on se lasse de tout à la (in, les meilleures choses ont leur dégoût et leur satiété: Renaudeau s'ennuyait.

(l'est en vain que du matin au soir et du

UN GRAND D'KSPAr.NE. 279

soir au matin, il avalait une multitude de petits verres : kirsel), rhum, eau-de-vie, curaçao. Toutes ces liqueurs enivrantes et pleines de flamme ne lui paraissent plus que de l'eau claire, de l'eau de vaisselle, et il voulait !rèssérieusemenl faire une pétition à la Chambre des députés, pour empêcher la fldsilication des liquides, et punir des peines les plus sévères, du bagne et de la marque, les industriels indélicats qui baptiseraient d'une façon sacrilège les alcools, ces doux consolate'urs de l'aflligé.

Renaudeau savait une foule de chansons bachiques, de chansons merveilleuses et tnirobolantes. qui auraient fait cioûler le Caveau sous les applaudissements. C'était bien là , pour 1( reclus, une espèce de ressource, un passe-temps; mais bientôt le répertoire gri-

vois fut consommé, et Renaudeau, presque hébété par la solitude et par l'ivresse, ne connaissait plus qu'un refrain. Le voici :

Si je meurs que l'on m'enterre Dans la cave où est le vin, Les deux pieds sur la muraille Et le nez sous le robin.

Il chantait cela d'une façon terrible et frénétique, sur tous les tons, sur toutes les gammes, avec des fioritures et des points d'orgue qui eussent émerveillé Rossini lui-même.

Tout frissonnait dans la chambre aux rudes éclats de celte grosse voix de basse-taille; les meubles tremblaient comme au passage des charetles; les vitres bruissaient fortement. Quant aux chiens et aux chats, ils aboyaient et miaulaient de toutes les manières, ilstournovaienl en courant de chambre en chambre,

UN (iRAM> h r.SPAC.NL. 281

se mordaient la queue les uns des autres avec mille convulsions démoniaques.

C'était l'ivresse et la Trénésie de Renaudeau qui posaient comme par enclianlement dans le corps de ces pauvres bêles. Une fois, dans un moment d'exallalion gastronomique, ne voulut-il pas, l'élrange personnage, faire avaler une bouteille de vieux rlium à son grand chien de Terre-Neuve 1 L'animal, bien longtemps rebelle , linit enfin par boire avec une docilité angélique et douloureuse, comme ces malheureux accusés qu'on torturait jadis en leur fourrant dans la gorge un immense entonnoir où l'eau tiède coulait incessamment.

Le chien de Terre-Neuve, après cet acte admirable de docilité, (Hait soudainement eiilré

282 UN r.RAM) 0 ESPAGNE.

dans un accès de fureur formidable : c'est au point que les autres chiens et les chats s'étaient blottis sous les meubles, et que Renaudeau, Renaudeau le maître, avait failli luimême être dévoré.

Il y avait ciéjà quelques jours que Renaudeau ne savait plus ou donner de la tête; la captivité lui devenait horrible, et il avait une soif incommensurable d'air et de promenade. Les homards étaient déjà plus froidement accueillis, la queue seule était mangée; les pat tes demeuraient presque intactes. Quant aux bouteilles de rhum et de Cognac, Renaudeau les vidait pêle-mêle dans une grande cuvette de faïence , où il mettait le feu pour faire un puncli Babylonien, suivant son expression.

C'était un soir, Renaudeau n'avait plus

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d'appôlil; il ne savait que faire, et pour se donner un peu de distraction, il fouaiilait ses chiens et ses chats avec un grand l'ouet de poste : enfin il s'arrête épuisé de fatigue.

— C'en est assez, dit-il en s'appliquant un grand coup de |)oing dans la poitrine, je ne peux plus vivre comme ça; il faut que ça finisse! Madame Renaudeau se moque de moi, que diantre! elle m'enferme, elle m'embastille. Eh! eh! c'est un peu fort. Sous le régime de la (]harte, après la révolution de 89, lorsque les lettres de cachet sont abolies! Je m'insurge, moi; je ne veux pas être plus longtemps la victime impassible d'un pouvoir despotique et ombrageux? Vivre dans une chambre comme dans une cage ! est-ce (|ue, par hasard, jesuis un animal féroce, pour qu'on m'enferme? Non , 1:011, Madame, soyez tran-

284 UN GRAM) d'cspagnf,

(juille, je ne mangerai personne, mais je \en\ être libre; je veux descendre mon escalier, je veux patauger dans la boue de mon ruisseau, moi. Dieu! Dieu! continue-t-il en avalant un grand verre de rhum machinalement, dire que je suis tout près du Palais-Uoyal, que je pourrais aller faire un tour î;)rès du bassin, dans 'es galeries de pierre, el voir toutes sortes de belles ci]Oses! les trésors du luxe, les homards de Chevet, des femmes charmantes et légèrement velues! Oh! oh !

Et tout en parlant de la sorte , Renaudeau s'exaltait d'avantage; il buvait à chaque instant un nouveau verre tout plein de rhum et de kirsch, et ses yeux flamboyaient dans l'obscurité comme des yeux de panthère.

— Ah ça, dit-il en prenant sa petite badine

L'N GHAM) d'kSPAGNK, 285

(le jonc , et brossaiU lo poil él)oiiiirf<'' de son chapeau gris, je ne veux pas croupir en chartre privée. C'est une position intolérable \ voilà des siècles que je suis privé du soleil du bon Dieu! je veux voir le soleil. Sortons, décidément sortons pour voir le soleil.

Et Renaudeau oubliait en parlant ainsi qu'il était dix heures du soir , et que les réverbères enfumés ou le gaz des boutiques formaient pour le moment l'unique soleil visible à Paris.

— Elle m'ennuie à la fin, cette madame Renaudeau! dit-il en s'entortillant le cou d'une énorme cravate de laine, rouge et sanguinolente, elle voudrùht, je crois, me mettre dans une boîte! Mais c'en est fait, mon jour est venu, le Palais-Royal ne doit pas être plus longtemps

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veuf iUt Reiiaudeau. Allons, allons, que dian- Irc! on est libre après tout : on paie ses impositions. Je vais faire un petit tour.

Et Renaudeau, emporté par un désir irrésistible, ne songe pas même a passer un pantalon; il va pour sortir avec sa robe de chambre et son caleçon de futaine.

Mais à peine a-t-il ouvert la porte qu'il se trouve face à face avec un personnage qu'il a vu déjà, mais dont il ne connaît point le nom.

Ce personnage est suivi de trois garçons de cuisine qui portent des comestibles.

— Bonjour, Monsieur Renaudeau, dit l'inconnu.

— Bonjour, Monsiciir : ;i (jjioi ilois-jc Thoniicur do votrt' visite?

— A ces homards, Monsieur, à ce pâté de cannetons : ils sont d'une fraîi^lieurdélii ieiis<\

— Ah! ah! dit Rcnaudeau, qui voit briller sous une serviette les serres écarlates et les longues antennes des gigantesques écrevisses, vous me prenez par mon faible. Des homards ; ah Monsieur, il fut un temps où, pour une queue de homard à la rémoulade, j'aurais trahi la France, ma belle France! Malheureusèment vous arrivez quand je n'ai plus faim ; j'allais sortir.

— Eh bien! Monsieur Kenaudeau^ vous remettrez à un autre jour votre promenade, dit l'inconnu du ton le plus engageant. Je vous apporte de la part que vous savei une muiti-

înde do cliosos excellentes. Daignez regarder seulement : l'odeur réveillerait un mort.

Les garçons de cuisine étaient entrés dans la pr^^mière pièce , et ils étalaient sans rien dire tous leurs comestibles sur des planches accrochées aux murs.

Renaudeau, les narines écarquillées, les les yeux tout grands ouverts, aspirait avec délice et béatitude ces parfums gastronomiques, qui le plongeaient dans une espèce de volupté indicible, comparable seulement aux sensations voluptueuses que procure l'abus (Je l'opium.

L'inconnu fait un signe aux marmitons , qui se retirent à l'instant.

— Maintenant, mon cher Monsieur Renau-

UN GKA.ND i) espagm: . 289

deau, (lit-il av(H un ^tos rire tout pantagruélique, à nous deux, à nous deux! Je vous apporte un dîner connue S. M. Charles X n'en a jamais digéré. Vous allez voir, tonnerre!

— Tonnerre? dit Rcnaudeau, j'aime fort celte expression dans votre bouehe. Vous êtes un bon garçon, un viveur, nous allons rire et croquer. Mais qui diable êles-vous donc ?

— Un ami , mon cher Monsietu^ Kenaudeau.

— Oui, je comprends, vous êtes l'eunuque du sérail, dit Renaudeau en lui tapant sur le dos avec familiarité. C'est la grande sultane qui vous envoie; mais n'in)porlr , n'imporle ! je la bénis la grande sultarje, elle et S(N homards. Allons, en besogne!

— Buvons, morbleu! dit l'inconnu.

ï. n. ly

El déjà les différents comestibles, les bouteilles de vin, les flacons de liqueur, sont rangés pompeusement sur une table boiteuse; les doux convives viennent de s'asseoir en face l'un de l'autre, et Renaudeau, qui tout à l'heure n'avait pas le moindre appétit, fait sonner bruyamment ses mâchoires et lève continuellement le coude.

Il y avait déjà près d'une heure que ce repas homérique durait sans interruption : les chiens et les chats rôdaient autour de la table, avec des gueules ouvertes et des yeux pleins de flamme; ils mendiaient les bons morceaux qui, du reste, ne se faisaient pas attendre et pleuvaient sur eux comme une bénédiction.

L'inconnu excilait à chaque instant Renaudeau.

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— Uu(««liahle'I V(.ijs ne buvez pas, disiiii-il en avalant force verres d'eau-de-vie. Ksl-ce donc là ce Monsieur Renaudeau, ce buveur à tous crins qui aurait vidé à lui seul toutes les caves de Bercy? On m'a trompé , tonnerre! vous n'êtes qu'un buveur d'eau.

— Ah ! vous croyez ça, vous, l'ami? Allons, allons! une, deux! chacun notre flacon de rhum. Nous parions pour l'honneur : qui est-ce qui boira le plus vite?

A peine Renaudeau avait-il ainsi parlé, que déjà sa bouteille était vide.

Mais bientôt ses idées s'embrouillentj sa langue devient péteuse, ses )eux appesantis se ferment : il tombe la lèlc en arriére (huis son fauteuil, la bouche ouverte, les bras pendants.

Aussitôt l'inconnu se lève; il s'approche de

Renautlcaii et l'oxamine quelque temps avec une extrême attention.

Renaufîeau , toujours immobile, tlormait profondément; il ronflait à faire trembler les vitres .

L'inconnu passe rapidement dans !a chambre à coucher de Renaudeau; il y reste plusieurs minutes Enfin, il reparaît, marchant sur la pointe du pied, et tenant un réchaud plein de charbon qui pétille. Il pose le réchaud près du dormeur , éteint les bougies, et se retire dans une autre pièce, après avoir fermé toutes les portes, bouché toutes les issues.

Il y avait déjà dix minutes que Renaudeau dormait dans l'obscurité; on aurait pu entendre sa respiration rauquc et pénible, qui

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par moments avait l'air d'iine espèce de râle. L'inconnu demeurait immobile et muet dans la pièce voisine.

Tout-à-coup un grand bruit se fait en tendre dans l'escalier. On frappe vigoureusement à la porte; on appelle Renaudeau. Ce sont des voix enrouées et vineuses, des chansons bachiques cl gutturales.

— Ohé! ohé! l'ami Renaudeau , criait-on du dehors; qu'est-ce que tu fais donc? Voilà dix ans qu'on ne t'a vu! est-ce que tu t'es fait empailler?

Et comme be silence était profond, comme toutes ces voix ignobles demeuraient sans réponse, les interlocuteurs reprenant de plus belle :

— Ouvriras-tu , farceur? — nous allons

briser la porte. — Que diable! parce que lu es riche maintenant, ce n'est pas une raison pour oublier les amis . —- Le bruit court, scélérat, que tu manges les homards à la douzaine, et que tu as chez toi des tonneaux d'eau-de-vie. — Allons , allons, gouliafre, ouvriras-tu aux bons enfants? — Une, deux! je casse ta porte quand je dirai trois. — Allons, allons, camara les, une, deux 1 Tu ne veux pas repondre; une, deux, tu fais le sourd! une, deux trois! 1

Et a peine ce dernier mot a-t il retenti, que la porte vole en éclats.

Cin(j ou six chenapans, ce {|u'on appelle des piliers d'estaminet , se ruent pêle-mêle dans l'antichambre. Comme les lumières étaient éleiiitcs, ils se jettent sur la table et la

renversent. Le réchaud tombe par terre, cl les charbons roulent tout alUimés.

— liens, tiens, dit le chef de h» bande, (luelle odeur I la lôte me tourne...

Eu même temps il prend des allumettes qu'il av;:i( toujours dans sa poche, et il allume une espèce de rat <Ie cave.

Un cri d'effroi s'échappe de toutes les bouches... Renaudeau ! il est mort!

En effet, le pauvre Renaudeau ne donnait plus signe de vie; il ouvrait une bouche énorme, d'où ne sortait plus aucun souffle.

— Le malheureux ! s'écrie un des chenapans, il s^ est péri avec du charbon!...

En parlant ainsi , le drôle applique un vi-

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goureux de poing au milieu d'une vitre, el les vapeurs délétères s'échappent aussitôt.

On ouvre les croisées^ on jette de l'eau fraîche à la figure de Renaudeau ; on le frotte, on le secoue, on lui crie dans l'oreille.

Après cinq ou six minutes de convulsions et de délire, Renaudeau, qui vient d'ouvrir les yeux, commence à reprendre le cours de ses idées.

Alors Crochard, le chef de ces mauvais sujels , annonce à Reuaudeau que le moment est mal c'.oisi poui- se jeter dans les brasdu suicide : M. le sîiarquis de Foniana vient de mourir; toute sa fortune échoit par iiéritage à madame Renaudeau.

— Est-il bien vrai? dit Renaudeau, frappe

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(l'une ulée lumineuse. Aliî ah! je comprends uiaintenaiil, je sais loulc la malice; lesscélélats, ils voulaient m'asphyxier , rien (\\\e ça, mes amis. Madame Kenaudeau a toujours eu beaucoup de propension pour le veuvage. Mais j'y pense, elle ui'a en\oyé tout à l'heure un mauvais coquin, un farceur quim'a fait boire avant de m'asphyxier. Ah! l'infâme Robespierre ! le gueux ! si je pouvais le dénicher.

Et Henaudeau, appelant ses chiens, les excite, et leur crie : Pille! pille I

Il traverse en courant les trois pièces et la chambre à coucher; ses amis le suivent. Voihà que soudain le chien de Terre-Neuve , se ruant contre la porte vitrée du cabinet de toiletté , pousse lies aboiements épouvantables.

On ouvre cette porte, et l'on trouve le personnage mystérieux dont parlait Renaudeau, accroupi et caché derrière un las de chemises sales et de vieilles nippes.

— Gredinî dit Crochard en le tirant avec fureur au milieu de la chambre, tu \as nous expliquer les choses, et pourquoi tu attentes aux jours et à l'existence du meilleur des bons enfants!

L'inconnu ( c'était Melchior ) demeurait frappé de terreur; il était pâle et claquait des dents.

Enfin les questions se multiplient, les coups tombent comme la grêle; Melchior sanglote et pleure; ilprieà mains jointes, maistouslesamis de Renaudeau, et Renaudeau à leur tête, veulent faire un exemple. Melchior est immédiate-

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mont (]é|)oiiillé de ses liahils, on lui aniulie sa chemise, et voilà tons ces diables incarnés qui le poursuivent à travers l'appartement, à coups de vieux souliers, de bouteilles et d'assiettes. Les chiens et les chats s'en nièlent, ils saulent comme des furieux aux trousses de Mehîhior et le couvrent de morsures.

Heureusement pour Melchior les voisins, attirés par le vacarme , arrivent en foule sur le théâtre de cette effroyable exécution. Le patient est arraché des mains de ces bandits; mais bientôt , lorsqu'on sait le crime dont suivant toute apparence il vient de se rendre coupable, on l'arrête, on lui attache les pieds et les mains; et Melchior est envoyé sur-lechamp dans un iiacie à la préfecture de police.

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