UN GRA.M) D I£SFA6ML
demain... loiil ce (|ue vous voudrez., mais pas aujourd'liui.
— Aujourd'imi ! à l'instant même. H no s'agit plus d'attendre ; j'ai trop attendu. Vous allez écrire, vous dis-je!.. et soyez tranquille, Monsieur le marquis, si la force vous manque je serai là , moi; je vous conduirai la main. Allons, commençons par la date, c'est la chose importante, et je l'oubliais.
— « Ce jourd'luii , vingt-cinq de mai, dix huit cent \ingt-huit , à Imit heures du matin (( (vous étiez seule alors , et vous avez écrit , « je le sais), moi, Don Juan, marquis de Fon- « tana, comte d'Olivarès et grand d'Espagne, « jouissant de ! ou tes mes facultés intellec- « tuelles, bien que malade de corps , j'écris « ces lignes, qui sont mon seul et unique tes- « ta ment. »
Le marquis de Fontana , f|ui prêtait ton-
jours l'oreille avec angoisse au moindre hruii, espérait toujours qu'on viendrait le délivrer à temps; aussi ne fit-il que peu de résistance pour écrire les premiers mots dictés par madame de Courtalis. Mais à mesure qu'il avançait, la pâleur de son visage devenait plus profonde, sa main plus tremblante; c'est au point que madame de Courtalis , voyant que récriture du marquis serait illisible, si elle ne lui dirigeait la main , se pencha plus encore vers lui, pour l'aider à écrire.
— » Je donne et lègue tous mes biens , <^ continua madame de Courtalis, tous mes « biens meubles et immeubles, à madame Eu- <( doxie Renaudeau , née de Courtalis : en il reconnaissance des services nombreux et <( dévoués qu'elle m'a rendus, pendant huit « années d'abnégation o\ de sin( ère allaclie-
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« meiil, je l'institue ma légataire univer- « selle. »
— Oh I je n'écrirai jamais cela... dit le niarrjuis en se renversant en arrière.
Elle reprit avec un air de calme terrible : « Je l'institue ma légataire universelle, à « l'exclusion de tous autres amis ou parents.»
— Moi! moi! déshériter la fille de mon frère, Loi ença ! s'écrie M. de Fontana en reprenant quelque énergie. Oh ! ne l'espérez pas, Madame.
Et il fait un mouvement comme pour déchirer le papier déjà couvert de quelques lignes.
— Ah! Monsieur, vous voulez donc me pousser à bout? (îit madame de Courtalis en lui étreignant la main avec plus de force. Vous êtes opiniâtre, mais il faudra bien céder.
— Eudoxie, vous îne faites mal!* dif le vieil-
lard, dont les tempes ruisselaient d une siicui froide; j'écrirai, mais làciiez ma main, .h' souffre!
— Je ne lâcherai pas votie main qu«' vous n'ayez écrit jusqu'au dernier mot, répond-elle les dents serrées.
Cependant le bruit, qui venait de se faire entendre tout-à-l'heure dans une chambre voisine, recommençait plus distinct et moins éloigné. Madame de Courtalis, sérieusement inquiète, écoute un moment sans dire une parole; mais convaincue enfin que c'est Melchior qui attend, elle se hâte d'en finir.
— Allons, maintenant signez. Monsieur le marquis, dit-elle impérieusement.
— Pas encore... Un instant, de grâce! dit le vieillard, qui espère toujours (fu'on viendra le délivrer.
— Pms 1111 insUiiU, pas une secondel Ecrivez donc.
Et comme M. de Fontana, prêtant l'oreille avec angoisse, refuse obstinément designer, elle lui serre la main comme celle d'un automate qui tiendrait cette plume, et elle signe : (( Don Juan, marquis de Fontana. »
Le marquis veut retenir le papier qu'elle s'efforce d'enlever, mais il est trop faible; elle lui arrache des mains la feuille tachée d'encre et toute froissée.
Le bruit continuait toujours au-dehors; on marchait derrière une porte.
Madame de Courtalis s'approche tout doucement de cette porte; elle y colle son oreille, et sa physionomie rayonne d'unejoie sombre.
— C'est Melchior! murmure-telle.
Le marquis, brisé par lant d'émotions,
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ïwail perdu connaissance : il élait sans mouvement sur son lit.
Madame do Conrlalis détache vivement le ruban de sonnette, (jui retombe dans sa position perpendiculaire; puis, bien cerlaincî que iM. de Fonlana est évanoui, elle enlève brusquement le pupitre, et fait disparaître en un clin-d'œil toutes les traces de violences qui auraient pu la dénoncer.
Elle mçt un moment une main sur son cœur, qui bondissait dans sa poitrine avec force; elle attend qu'elle soit un peu moins pâle, un peu moins troublée, puis elle ouvre la porte derrière laquelle élait Melcliior.